Après l'arrivée de milliers de migrants la semaine dernière, l'enclave espagnole de Ceuta est désormais confrontée à de nouvelles tensions avec l'arrivée d'un groupe d'extrême droite. En effet, une vingtaine de membres du groupe néonazi Núcleo Nacional, arrivés à Ceuta en ferry samedi après-midi, ont été contraints de repartir dès leur arrivée au port. La police, soutenue par des manifestants qui protestaient bruyamment, les a renvoyés chez eux pour désobéissance.
De son côté, Santiago Abascal, chef du parti d'extrême droite Vox, n'a rencontré aucune difficulté pour faire entendre sa voix. Dimanche midi, lors de son apparition sur la Plaza de África, il a tenu un discours sans équivoque: «Ils doivent être expulsés immédiatement! Tous! Par tous les moyens nécessaires! Et si le gouvernement ne le fait pas, le peuple espagnol doit le faire lui-même!»
L'élu d'extrême droite a également remercié les habitants qui avaient «défendu leur terre contre les envahisseurs» et dénoncé une «guerre que le Maroc mène contre l'Espagne». Des propos qui résonnent comme un avertissement alors que 22 gouvernements européens doivent se réunir cette semaine à Bruxelles pour discuter de la gestion de la question migratoire.
Plusieurs habitants se sont barricadés
Le gouvernement espagnol est accusé d'avoir sous-estimé la situation. Selon certains observateurs, il aurait ignoré les alertes des services de renseignement sur l'arrivée de migrants et n'aurait initialement déployé que 55 policiers et gardes-frontières pour faire face à près de 50'000 personnes. Une situation d'autant plus sensible que Ceuta, enclave espagnole entourée par le territoire marocain, a déjà connu plusieurs épisodes similaires.
«Regarde ce que ces étrangers font ici», a lancé un nettoyeur à l'un de nos journalistes sur une plage jonchée de chaussures et de bouées déchirées. Plusieurs habitants de Ceuta partagent ce sentiment de rejet. Certains, qui ont souhaité rester anonymes, expliquent à Blick s'être barricadés chez eux pendant plusieurs jours, par peur.
Toni Estevez, figure connue des réseaux sociaux et proche de l'extrême droite espagnole, assume quant à lui publiquement ses positions. Récemment invité en Suisse par le groupe néonazi Junge Tat, il s'est rendu à Ceuta après un séjour dans les Alpes consacré à la boxe et à la randonnée. Sur la Plaza de África, il dénonce: «L'Espagne ne maîtrise pas ses frontières. Nous sommes la porte d'entrée des migrants en Europe. Cette invasion ne nous touche pas seulement ici, elle touche tout le continent.»
«J'ai peur de la radicalisation qui nous menace aujourd'hui»
Ceuta va-t-elle faire basculer les prochaines élections espagnoles? Vanesa Ajenjo est inquiète. Assise à la table de sa cuisine, entourée de dessins d'enfants accrochés au mur, cette enseignante accueille trois jeunes filles marocaines qu'elle a recueillies dans la rue le matin même. Elle les a ramenées chez elle pour leur offrir une douche et un repas chaud.
«J'ai peur de la radicalisation qui nous menace aujourd'hui, et de ne plus nous considérer les uns les autres comme des êtres humains.» Elle se dit fière des habitants qui ont repoussé les néonazis ce samedi. Quant à Santiago Abascal, elle estime: «Ceuta, il s'en fiche. Il ne cherche qu'à récolter des voix!»
C'est bien possible. Des élections sont prévues en Espagne dans un an, et la position du social-démocrate Pedro Sánchez est fragilisée. Après la crise de Ceuta, elle pourrait l'être encore davantage.