Si 2025 nous a appris une chose, c'est ceci: à notre époque, seuls les charlatans osent encore faire des prédictions précises. Les autres reconnaissent que le monde fonctionne d'une manière bien trop incertaine pour cela. Qui sait quels rebondissements nous réserve l'avenir?
Qui aurait cru, il y a un an, qu'en 2025 les Etats-Unis bombarderaient l'Iran, que l'Argentine maîtriserait l'inflation, que le Hamas libérerait tous les otages israéliens, qu'un Américain serait élu pape ou encore que Donald Trump ferait démolir l'aile est de la Maison-Blanche? Il est impossible de prédire l'avenir. Et malgré cela, nous sommes prêts à parier qu'au moins cinq de nos sept prédictions pour 2026 se réaliseront.
Les élections de mi-mandat américaines approchent: elles auront lieu le 3 novembre 2026. Et pour le parti de Trump, la date la plus importante de cette nouvelle année s'annonce particulièrement mouvementée.
D'un côté, les démocrates semblent avoir enfin trouvé un message politique percutant avec leur appel à l'affordability – logements abordables –, grâce au nouveau maire de New York, Zohran Mamdani. De l'autre, chez les républicains, les premières fractures apparaissent.
L'histoire monstrueuse du violeur en série Jeffrey Epstein divise le parti républicain tout comme la question des droits de douane punitifs instaurés par Donald Trump.
Si le parti adepte du slogan «Make America Great Again» venait à perdre la Chambre des représentants – la chambre haute– lors des élections de mi-mandat, alors la majorité démocrate pourrait lancer une nouvelle procédure de destitution contre Trump.
L'éventualité que les deux tiers du Sénat – nécessaire à l'obtention d'une majorité – votent en faveur de la destitution lors de cette procédure n'est plus aussi inconcevable.
L'Allemagne s'apprête à vivre une année électorale cruciale. Cinq Länder (Etats fédérés allemands) appellent leurs électeurs aux urnes: plus de la moitié des Allemands sont inscrits sur les listes électorales.
Deux de ces Etats fédérés (Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et Saxe-Anhalt) seront très probablement gouvernés par des membres du parti d'extrême-droite Alternative für Deutschland (AfD) dès 2026.
Bien que le chancelier Friedrich Merz souhaite maintenir le « pare-feu », c’est-à-dire l’exclusion de toute coopération politique avec l’extrême droite, la progression durable de l’AfD — autour de 25 % dans les sondages nationaux — pose une question de fond: l’Allemagne peut-elle continuer à exclure un parti soutenu par près d’un quart de l’électorat de tout débat politique?
Le nouvel accord européen sur la migration et l'asile devrait entrer en vigueur mi-2026. Il prévoit notamment que les migrants ayant peu de chances d'obtenir l'asile devront attendre la décision relative à leur demande dans des camps situés à l'extérieur des frontières de l'Union européenne (UE) et ne seront pas autorisés à entrer dans l'espace Schengen.
Cette mesure concernerait les réfugiés en provenance de pays dont moins de 20 % de la population peut justifier d'un motif crédible d'asile, notamment les Tunisiens, les Marocains et les Turcs. Les demandeurs d'asile mineurs et non accompagnés pourraient quant à eux continuer à entrer sur le territoire.
Ce durcissement significatif du droit d'asile est vivement critiqué par les organisations non gouvernementales, mais très bien accueilli par les partis de droite.
Le nombre de demandeurs d'asile devrait encore diminuer en 2026. En 2025, il avait déjà chuté de près d'un quart (23%) en Europe. Avec cette diminution, la sensibilité politique de la question devrait s'atténuer.
Vladimir Poutine semble d'être trouvé un nouveau prétexte pour refuser toute concession à son adversaire dans les négociations en cours. Récemment, il annonçait en effet que sa résidence privée avait été la cible d'une attaque ukrainienne. Une affirmation démentie par Kiev.
En réaction, Vladimir Poutine a ordonné à ses généraux de renforcer le contrôle autour de la grande ville de Zaporizhia d'ici la fin de l'année, dans le cadre de ce que Moscou qualifie d’«opération militaire spéciale».
Volodimir Zelensky s'efforce visiblement de rallier Trump à la cause ukrainienne. Mais le président américain reste à la botte de Poutine, comme l'a démontré sa réaction aux entretiens téléphoniques avec le dirigeant du Kremlin cette semaine.
Les tentatives maladroites des Etats-Unis pour amener Poutine à la table des négociations ne suffiront pas. Les Européens, à eux seuls, sont (encore) trop faibles pour exercer une pression significative sur Poutine. Et ni les Ukrainiens ni les Russes n'ont épuisé leurs ressources militaires. La perspective d'un cessez-le-feu est plus sombre que jamais.
Xi Jinping a ordonné à son Armée populaire de libération de clôturer l'année par un exercice militaire de grande envergure intitulé «Mission Justice 2025». La Chine a tiré des missiles dans le détroit séparant la Chine continentale de Taïwan.
Le ministère taïwanais de la Défense nationale a annoncé avoir repéré au moins 130 avions de chasse chinois et quatre navires de guerre à proximité de ses eaux territoriales.
Mais malgré ces nouvelles provocations, Pékin n'osera pas attaquer Taïwan en 2026. La situation mondiale lui est actuellement trop favorable: l’Occident reste divisé, la Russie est dépendante de la Chine, et son propre territoire connaît une relative stabilité.
Une attaque contre Taïwan risquerait de porter préjudice à cette situation. Pour les Etats-Unis, l'île constitue un enjeu stratégique majeur, notamment en raison de son importante production de semi-conducteurs électroniques – elle est le leader mondial dans son domaine. Pourquoi Xi Jinping chercherait-il actuellement la confrontation avec les Américains?
La « moitié inférieure du monde » pourrait subir le même sort que le changement climatique: être oubliée. Ni les mesures face au changement climatique – le monde n'est pas sur la bonne voie pour atteindre les objectifs de l'accord de Paris – ni l'aide au développement ne permettent actuellement de gagner des cœurs, et encore moins des élections.
La souffrance reste immense. Au Soudan, près de 20 millions de personnes souffrent de la faim en raison de la guerre civile en cours. En Éthiopie, le conflit sanglant entre les troupes gouvernementales et les combattants tigréens dans le nord menace de reprendre. La capitale d'Haïti est contrôlée par des bandes criminelles. Au Myanmar, des millions de personnes continuent de souffrir sous le régime militaire.
La suppression de l'aide américaine, conséquence de la baisse du budget de l'United States Agency for International Development (USAID) sous Trump, ne fait qu’exacerber ces crises. En 2026, elles continueront à avoir lieu, en grande partie en dehors de notre champ de perception.
Gaza ne se remettra pas sur pied en 2026. Selon les autorités sanitaires de Gaza, environ 70'000 personnes ont été tuées dans cette étroite bande côtière depuis octobre 2023. Près de 90% de la population a perdu son logement. Et les morts continuent de s'accumuler malgré le fragile cessez-le-feu négocié entre le Hamas et Israël.
De l'autre côté de la frontière, en Cisjordanie, les colons agressifs et les nouveaux projets de construction illégaux des Israéliens rendent la vie difficile aux Palestiniens. Mais malgré tout cela, Benjamin Netanyahu mise sur une nouvelle victoire aux élections, au plus tard d'ici octobre 2026.
Ailleurs, cependant, l'espoir se répand. La Syrie, désignée pays de l'année 2025 par The Economist , s'est affranchie des horreurs du régime de Bachar Al-Assad sous la direction d'Ahmed al-Sharia, ancien commandant d'Al-Qaïda repenti.
Bachar al‑Assad, qui terrorisait son peuple par les armes chimiques, est désormais en exil en Russie. Ahmed Al-Sharia s'emploie pour sa part à nouer des alliances internationales.
De nombreuses sanctions internationales ont déjà été levées et 3,5 millions de réfugiés syriens sont rentrés chez eux. Malgré des récidives violentes, comme les massacres des Druzes et des Alaouites en 2025, la Syrie amène l'espoir que des pays que l'on croyait perdus peuvent se relever.