Régions côtières menacées
La fonte du «glacier de l’Apocalypse» a atteint le point de non-retour

Le glacier Thwaites, en Antarctique occidental, pourrait fondre bien plus vite que prévu. Sa disparition complète ferait monter le niveau des mers de plusieurs dizaines de centimètres, avec des conséquences majeures pour les régions côtières.
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Le glacier Thwaites, dans l’Antarctique occidental, fond plus vite que prévu.
Photo: AP
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Sophie Ofer

Une menace à ne pas sous-estimer. Le glacier Thwaites, en Antarctique occidental, est l’un des plus grands glaciers du monde. Mais il est surtout l’un de ceux qui fondent le plus rapidement. Avec des conséquences inquiétantes: s’il venait à disparaître complètement, le niveau des mers pourrait monter de 65 centimètres. C’est la conclusion à laquelle sont parvenus des chercheurs américains. Son surnom sinistre n’est donc pas totalement usurpé: ce gigantesque massif de glace est aujourd’hui souvent présenté comme le «glacier de l’Apocalypse».

Une nouvelle étude publiée dans la revue «Nature Communications» montre que sa fonte pourrait s’accélérer bien davantage au XXIe siècle qu’on ne le pensait jusqu’ici. Des scientifiques de l’Université de Californie à Irvine et du Jet Propulsion Laboratory de la NASA ont mis au point un nouveau modèle informatique afin d’analyser plus précisément les mécanismes à l’œuvre au sein du glacier Thwaites.

«C’est inéluctable»

Le principal problème réside dans la topographie de la roche située sous le glacier. Sa plateforme de glace, vaste masse flottante qui s’étend sur l’océan, est rongée par-dessous par des eaux profondes plus chaudes. «Cette plateforme de glace agit comme une barrière qui freine l’écoulement du glacier vers l’océan», explique Klaus Marquardt, expert chez MeteoNews. Si cette barrière venait à fondre, davantage de glace pourrait alors s’écouler du continent vers la mer.

Les chercheurs américains estiment que la fonte du glacier Thwaites pourrait à elle seule faire monter le niveau des mers d’environ trois centimètres d’ici 2100. En cas de disparition complète, la hausse pourrait dépasser 60 centimètres. «Cela ne se produira pas du jour au lendemain», tempère Klaus Marquardt. «Mais au fil des siècles, le glacier continuera de fondre. C’est inéluctable.» Il juge tout à fait réaliste une hausse du niveau des mers de 65 centimètres.

Conséquences sur le très long terme

Une autre étude, publiée dans la revue «Geophysical Research Letters», montre par ailleurs que même un refroidissement important de l’océan ne suffirait pas à stopper la fonte du glacier Thwaites. Klaus Marquardt estime toutefois qu'arrêter ce processus est peu réaliste: «Comment cela serait-il possible? L’océan a déjà accumulé une quantité considérable de chaleur.»

Selon lui, le point de non-retour est atteint depuis longtemps. «C’est déjà irréversible, car le système réagit lentement. Le processus est en cours et va encore s’accélérer.» Il estime également que la difficulté à prendre la mesure du danger tient au fait que ses conséquences les plus graves se feront sentir sur le très long terme.

L’expert juge l’expression «glacier de l’Apocalypse» exagérée, mais reconnaît que la montée des eaux finira par représenter une menace majeure pour les régions côtières. «En Suisse, nous ne verrons pas directement les effets de l’océan, mais les migrations augmenteront. Tous ces habitants des villes côtières devront bien aller quelque part.»

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