Hausse des prix du carburant
Avis aux conducteurs! Cette célèbre exception allemande pourrait prendre fin

Face à la flambée des prix de l’essence, l’Allemagne débat d’une limitation de vitesse sur ses autoroutes. Une mesure autrefois taboue gagne maintenant du terrain, même parmi les économistes et le public.
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Face à la forte hausse des prix du carburant, le débat sur une limitation de vitesse sur les autoroutes s’intensifie en Allemagne.
Photo: Keystone
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Andreas Engel

En Allemagne, pays de l’automobile, une limitation générale de la vitesse sur les autoroutes était jusqu’à présent considérée comme un sacrilège. Mais face à la forte hausse des prix de l’essence ces dernières semaines, le débat évolue: ce tabou n’est plus totalement intouchable, y compris dans les milieux économiques.

Ce que les partis de gauche et les organisations environnementales réclament depuis longtemps est désormais repris par certains experts. Parmi eux, la célèbre économiste allemande Veronika Grimm, 54 ans, qui déclare au quotidien allemand «Rheinische Post»: «Une limitation de vitesse ne serait pas une mauvaise chose, mais peut-être même un signal intelligent pour que les gens prennent la situation au sérieux.»

Membre du Conseil des experts pour l’évaluation du développement économique global, Veronika Grimm estime que les mesures actuelles du gouvernement allemand, comme un encadrement des hausses de prix dans les stations-service, restent peu efficaces. «Le gouvernement doit laisser les prix jouer leur rôle afin de réduire la demande d’énergie. Les rabais à la pompe et les plafonnements de prix faussent le marché, ce n’est pas la bonne solution. Je ne crois pas non plus à une taxe sur les profits exceptionnels.»

Elle cite en exemple certains «pays du Sud», où des mesures plus radicales sont appliquées, comme le télétravail obligatoire ou des restrictions sur l’utilisation des véhicules. D’autres pays, comme la France, ont déjà annoncé des mesures supplémentaires, notamment le soutien accru aux voitures électriques afin de réduire la dépendance aux importations de pétrole.

Une situation différente en Allemagne

La situation est différente en Allemagne, où une baisse temporaire de 17 centimes par litre sur les carburants vient d’être décidée pour deux mois. Une mesure déjà critiquée, même dans les milieux favorables à l’automobile.

Le problème: pour que les automobilistes en profitent réellement, le gouvernement fédéral dirigé par le chancelier Friedrich Merz dépend de la bonne volonté des groupes pétroliers, chargés de répercuter la baisse sur les prix à la pompe. Une situation déjà observée lors d’une mesure similaire prise sous la coalition précédente dirigée par Olaf Scholz, au début de la guerre en Ukraine, où une grande partie des bénéfices de la baisse fiscale avait finalement été captée par les compagnies pétrolières.

Une majorité d’Allemands ouverte aux limitations

Le coprésident des Verts, Felix Banaszak, estime lui aussi qu’une limitation de vitesse apporterait un soulagement plus rapide. Il a récemment plaidé pour des restrictions temporaires: «Cela réduit immédiatement la consommation de carburant, fait baisser les prix et aide de manière simple et solidaire ceux qui dépendent de leur voiture pour travailler», a-t-il déclaré au Spiegel.

L’opinion publique allemande apparaît également de plus en plus ouverte. Selon un sondage réalisé en 2025 par le club automobile allemand ADAC, 55% des membres se disaient favorables à une limitation générale à 130 km/h sur les autoroutes, contre 41% opposés.

Que fera le chancelier?

Dans un autre sondage représentatif réalisé par Forsa pour Stern et RTL, 51% des Allemands soutiennent même une limitation temporaire plus stricte, à 120 km/h sur les autoroutes et 80 km/h sur les routes nationales. Cette option est particulièrement populaire chez les femmes (63%), les plus de 60 ans (62%) et les sympathisants des Verts et de la gauche (82% chacun).

A l’inverse, le soutien est plus faible chez les hommes (37%), les 30-44 ans (38%) et les électeurs de l’AfD (19%). Au sein de la CDU, parti du chancelier, les avis sont partagés: 50% pour, 49% contre. Reste à savoir si le chancelier Friedrich Merz décidera d’ouvrir ce dossier sensible. Une décision qui pourrait aussi dépendre, en partie, de l’évolution de la situation géopolitique au Moyen-Orient.

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