En bref
- Les propriétaires qui doivent renouveler leur hypothèque ces prochains mois ne devraient pas compter sur une nette baisse des taux fixes, selon Comparis
- Même si l’inflation reste modérée en Suisse et que la BNS garde une politique monétaire souple, les taux à long terme sont tirés vers le haut par les marchés internationaux, l’endettement public et les risques géopolitiques
- Résultat: les hypothèques à taux fixe devraient rester stables, voire légèrement augmenter, sauf fort ralentissement de l’économie mondiale
Celles et ceux qui espéraient une nette baisse de leur hypothèque devront probablement patienter. Selon Comparis, les hypothèques à taux fixe ne devraient pas devenir beaucoup moins chères dans les prochains mois. Elles pourraient même légèrement augmenter.
La situation peut sembler paradoxale. En Suisse, l’inflation reste modérée. La Banque nationale suisse mène toujours une politique monétaire souple. Et l’économie helvétique tient plutôt bien le choc par rapport à plusieurs pays voisins. En théorie, ces éléments pourraient favoriser des taux plus bas.
Mais dans les faits, le marché hypothécaire suisse ne dépend pas seulement de ce qui se passe en Suisse. Les banques se financent aussi sur les marchés internationaux. Or, ces derniers mois, les taux à long terme ont eu tendance à remonter dans plusieurs pays, notamment à cause de l’endettement public élevé et des tensions géopolitiques.
Pourquoi ça bloque?
Pour comprendre, il faut distinguer deux choses. D’un côté, il y a les taux à court terme, influencés par la Banque nationale suisse. Ceux-ci restent bas. De l’autre, il y a les taux à long terme, qui dépendent davantage de la confiance des investisseurs, des marchés obligataires et de la situation mondiale.
C’est surtout là que le bât blesse. Les investisseurs demandent désormais des rendements plus élevés pour prêter de l’argent sur de longues périodes. Ils s’inquiètent notamment de l’endettement massif de nombreux Etats, en particulier des Etats-Unis, mais aussi de plusieurs pays européens. Cette nervosité se répercute indirectement sur les hypothèques à taux fixe, surtout celles conclues sur de longues durées, comme dix ans.
La Suisse résiste, mais n’est pas seule au monde
La Suisse reste dans une situation plus confortable que beaucoup de ses voisins. Son économie est jugée solide, le chômage reste faible et aucune récession ne se profile pour l’instant. Le franc fort joue aussi un rôle protecteur, car il rend les produits importés moins chers et limite une partie de l’inflation.
Mais cela ne suffit pas à faire baisser nettement les taux hypothécaires. Même si la Suisse reste une valeur refuge, elle ne peut pas complètement échapper aux mouvements des marchés internationaux.
«Celles et ceux qui doivent prolonger une hypothèque ces prochains mois ne devraient pas miser sur des taux nettement plus bas», prévient Dirk Renkert, expert Argent chez Comparis. Selon lui, plusieurs éléments indiquent que la pression à la hausse sur les hypothèques à taux fixe va persister.
Le Moyen-Orient inquiète les marchés
Autre facteur d’incertitude: les tensions au Moyen-Orient. Une nouvelle escalade pourrait faire grimper les prix de l’énergie et perturber certaines routes commerciales. Résultat: les marchés pourraient à nouveau craindre une hausse de l’inflation mondiale.
Pour la Suisse, le scénario de base reste toutefois relativement rassurant. Comparis ne s’attend pas, pour l’instant, à un choc majeur sur l’économie mondiale. Mais si la situation géopolitique devait se détériorer, les taux à long terme pourraient subir une pression supplémentaire.
Pas de baisse miracle en vue
Concrètement, les taux indicatifs des hypothèques fixes sur dix ans s’élèvent actuellement à 1,86%, selon les données de Comparis au 8 juin. C’est légèrement moins qu’au début de l’année, où ils atteignaient 1,93%. Mais cette petite baisse ne signifie pas forcément que le mouvement va continuer.
Pour Comparis, le scénario le plus probable est désormais celui d’une stabilisation, voire d’une légère hausse des taux fixes ces prochains mois. Une baisse marquée ne deviendrait probable que si la conjoncture ralentissait fortement ou si l’économie mondiale entrait en récession.
En clair: les propriétaires qui doivent renouveler leur hypothèque prochainement ne devraient pas attendre une chute spectaculaire des taux. Mieux vaut comparer les offres, négocier et réfléchir au bon équilibre entre sécurité et flexibilité.