«Je me suis effondrée dans la rue, mon téléphone à la main», confie Boglarka Kovacs-Pataki à Blick. C'était le lendemain du 12 mars 2024. Après des heures d'angoisse, elle réussit enfin à joindre la police, qui lui annonce l'effroyable nouvelle: son mari, Krisztian Kovacs, est mort la veille sur l'autoroute A3, près de Richterswil (ZH).
Quelques instants avant le drame, ce père de famille de 39 ans avait envoyé un dernier message vocal à son épouse, restée temporairement en Hongrie, leur pays d'origine, avec leurs deux enfants: «Je vais être un peu plus long que prévu. Il pleut des cordes.» Sa femme, fatiguée, lui avait répondu qu'elle allait se coucher. Elle n'entendra plus jamais sa voix.
Percuté de plein fouet
Vers 22h35, sous une pluie battante, Krisztian Kovacs circulait prudemment à environ 70 km/h sur sa Vespa GTS 300 en direction de Coire. C'est alors qu'il a violemment été percuté par l’arrière, par une voiture roulant à 110 km/h. A son volant se trouvait Philomena J.*, âgée de 19 ans au moment des faits.
Le choc a été d'une violence inouïe. La moto a été projetée en avant. Le corps de la victime n'a pas résisté. Par la suite, il s'est avéré que son aorte s'était rompue à trois endroits et que plusieurs de ses vertèbres thoraciques étaient fracturées. Krisztian Kovacs est décédé sur les lieux de l'accident. L’enquête révélera que la conductrice, positive au THC, n’a tout simplement pas vu le deux-roues, qui était pourtant «correctement éclairé» selon l’acte d’accusation.
Pour Boglarka Kovacs-Pataki, le monde s’est arrêté en mars 2024. Elle pleure un mari «motivé, énergique et adoré de tous». Ce trentenaire, qui travaillait comme vendeur pour des marques de luxe comme Louis Vuitton et Montblanc, débordait de projets pour l'avenir de sa famille en Suisse. «C'était un homme, un frère, un fils et, bien sûr, un père merveilleux.»
«Je ne fonctionnais plus»
Au cours des deux dernières années, Boglarka Kovacs-Pataki a pu faire le deuil de ce qu'il s'est passé. «J'ai toujours l'impression que c'était hier, et en même temps, j'ai aussi le sentiment que ce souvenir provient d'une autre vie.»
«Le temps joue en ma faveur, c'est une bonne chose», confie la veuve. Elle peut désormais être plus présente pour ses deux enfants: «Juste après l'accident, c'était presque impossible. J'étais complètement anéantie. J'avais besoin de beaucoup d'aide. Mais maintenant, je recommence à vivre.»
Elle souhaite ainsi rendre hommage à son défunt mari en s'adressant à la presse. «Il était tout autant fier d'être Suisse que Hongrois», explique-t-elle. C'est pourquoi cet article paraît dans un journal suisse, mais ce n'est pas son unique raison...
Le choc du verdict
La conductrice impliquée dans l'accident, Philomena J., aujourd'hui âgée de 21 ans, a récemment comparu pour homicide involontaire devant le tribunal d'arrondissement de Horgen (ZH). Face aux juges, la jeune femme a écopé d'une peine pécuniaire avec sursis d’environ 11'000 francs. Seule une amende de 700 francs est exigible immédiatement.
La peine prononcée par le tribunal est bien inférieure aux réquisitions du parquet, qui avait requis une peine de prison avec sursis de plus de six mois. Les juges ont estimé que la consommation de cannabis de l'accusée remontait à plusieurs jours et que son taux de THC était bas. Son absence d'antécédents judiciaires et ses «remords sincères» ont également contribué à atténuer la peine, rapporte le «Tages-Anzeiger».
«Déçue» par le système judiciaire
Une clémence qui ne passe pas pour la veuve, qui était présente dans la salle d'audience. Elle ne croit pas aux larmes de la jeune femme, ni à ses remords: «Elle semblait sincèrement concernée, mais uniquement pour elle-même, pas pour notre famille.» Elle regrette aussi que l'accusée ait fui son regard et n'ait jamais cherché à la contacter avant le procès.
Boglarka Kovacs-Pataki estime que la décision du tribunal est «injustifiée». Bien que la jeune conductrice lui ait volontairement versé 5000 francs, la veuve est déçue par le système judiciaire suisse. «Deux jeunes enfants grandiront sans leur père à cause d'elle.»
* Nom modifié