Il craint que les multinationales ne prennent le pouvoir
Inquiet, le fondateur du WEF dénonce l'américanisation du Forum

Klaus Schwab, fondateur du WEF, est inquiet pour le Forum qu'il a créé. Il craint une mainmise des grandes entreprises, alors qu'il était au départ censé rassembler Etats, scientifiques et société civile.
Fondateur du WEF, Klaus Schwab craint aujourd'hui pour l'avenir du forum.
Photo: DAVID BIEDERT
Rolf Cavalli

Pour Klaus Schwab, l'affaire est éminemment personnelle. Il a fondé le Forum économique mondial (WEF) et l'a façonné pendant des décennies. Depuis que lui et sa femme Hilde ont été exclus du siège du Forum l'année dernière, il se bat en coulisses pour défendre l'œuvre de sa vie.

Mardi soir, lors du sommet numérique de digitalswitzerland à Andermatt (UR), Klaus Schwab a affirmé qu'au sein du WEF, des efforts étaient en cours pour réorganiser la gouvernance du forum afin d'en faire une plateforme dominée par les entreprises. Selon lui, cette évolution va à l'encontre de la vision du WEF qu'il a fondé et qu'il décrit comme «un forum ayant la fonction unique d'une organisation internationale de coopération public-privé, incluant toutes les parties prenantes concernées issues du monde scientifique, de la société civile et de la jeunesse».

Klaus Schwab a par la suite précisé sa pensée: «Je crains que des changements de gouvernance ne créent une structure beaucoup plus axée sur les affaires. Cela priverait le Forum de son âme.» Il dit espérer que le WEF ne passe pas d'«une organisation guidée par sa mission à une organisation guidée par sa marque».

D'après lui, le principal problème est l'américanisation du Forum économique mondial et son éloignement progressif de la Suisse. Klaus Schwab a par ailleurs pris contact avec l'Autorité fédérale suisse de surveillance des fondations. S'il refuse d'en dire davantage, il estime clairement que cette autorité doit intervenir pour garantir que le forum reste fidèle à sa vocation caritative.

Un show pour Trump

Les critiques constatent déjà un changement au sein du Forum économique mondial: la réunion annuelle de Davos en janvier, en particulier, a suscité la polémique. Donald Trump a monopolisé l'attention par ses interventions. Par moments, Davos ressemblait davantage à un spectacle trumpien qu'à un forum de débat international.

Klaus Schwab se dit inquiet pour l'avenir du WEF. «En plus de 55 ans, le Forum a acquis un respect et une crédibilité internationaux grâce à son engagement au service de la société et à sa défense constante de valeurs telles que la coopération, le dialogue et la responsabilité à long terme.»

Plus récemment, il a proposé de faire don à la Confédération suisse du bâtiment du WEF situé à Cologny, près de Genève, l'un des biens immobiliers les plus précieux du pays. Son objectif est de renforcer les liens du Forum avec la Suisse et de consolider son ancrage dans son pays hôte.

Christine Lagarde, nouvelle patronne du WEF?

La question de la succession sera également déterminante. Depuis des années, le nom de Christine Lagarde revient régulièrement. A 70 ans, la présidente de la Banque centrale européenne incarne, selon Klaus Schwab, la coopération internationale et la stabilité institutionnelle, des valeurs qui ont fait le succès du Forum.

Klaus Schwab estime en outre que «le Forum a besoin d'un dirigeant indépendant, sans conflit d'intérêts, et qui ait prouvé par son expérience passée qu'il est capable de diriger et de protéger le Forum dans l'esprit de sa mission originelle».

La question de l'IA

Mais le sommet de digitalswitzerland était en réalité consacré à un autre sujet: l'intelligence artificielle. Klaus Schwab a plaidé pour un encadrement plus strict de cette technologie, avec notamment une meilleure protection des enfants et des établissements scolaires, ainsi que des normes internationales visant à garantir la fiabilité de l'IA. Il a déclaré qu'«un label international d'approbation de l'intelligence artificielle» est nécessaire, y voyant «un moyen concret d'instaurer une gouvernance mondiale de l'IA».

Klaus Schwab considère le sommet mondial sur l'IA prévu à Genève en 2027 comme une opportunité pour la Suisse. Selon lui, Genève pourrait devenir un pôle d'excellence pour une IA fiable et la coopération internationale. «Genève ne devrait pas se contenter de discuter d’IA, mais aussi contribuer à définir les règles qui la régissent.»

Au final, Klaus Schwab semble confronté à la même interrogation, que ce soit pour le WEF ou pour l'intelligence artificielle: qui façonne l'avenir et qui en garde le contrôle?

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