La gauche vaudoise avait mené une campagne intense contre l'initiative 12%. Aujourd'hui, elle apprend durement la leçon: la population vaudoise n'a rien voulu entendre. Elle veut ces baisses d'impôt, du moins 55% de la population, quoi que cela coûte.
Une campagne à million
Pourquoi les votants n'ont-ils pas été plus sensibles aux arguments de la gauche, notamment ceux du conseiller national Benoit Gaillard (PS/VD) qui dans ses vidéos expliquait à quel point les bénéfices de cette baisse d'impôts seraient mal répartis, allant en majorité aux plus riches du canton? «Je pense d'abord à la disproportion de moyens employés, répond Benoit Gaillard. La campagne de la droite a coûté près de 1 million, un montant jamais vu à l'échelle du canton».
Samuel Bendahan, conseiller national (PS/VD), pointe en outre la situation des Vaudois: «Il y a un élément très clair, c'est qu'on est dans un contexte de crise du pouvoir d'achat. Les gens ont perdu confiance dans la capacité du politique à agir pour améliorer leur pouvoir d'achat, analyse-t-il. Ils se disent, pour 55% d'entre eux, 'je fais mes calculs et je préfère obtenir quelque chose plutôt que rien du tout'».
Une évidence quoi pointe aussi Benoît Gaillard: «Oui, dans la crise du pouvoir d’achat que l'on connaît depuis quelques années, la proposition a de toute évidence séduit un certain nombre de personnes, auxquelles on ne peut pas jeter la pierre».
Une promesse de baisse sans conséquences
Samuel Benahan note que ce qui a été déterminant dans le discours de la droite, c'est d'avoir affirmé qu'il n'y aurait pas de coupes, et que l'Etat disposait d'assez de réserves. «Ils ont dit qu’il n’y aurait pas de conséquences, en quelque sorte. Or si je vous offre 100 francs sans conséquences, vous les prendrez».
Paradoxalement, relève Benoît Gaillard, c'est bien sous la pression de campagne de la gauche, que la droite en est venue à fournir ces engagements fermes qu'il n'y aurait pas de coupes en réponse à cette baisse fiscale. «Ce qui a mené un certain nombre de Vaudois à se dire que l'initiative n'avait pas d'inconvénients».
La gauche a des choses à rattraper
Pour la gauche, la pilule est dure à avaler. «Mais il me reste une fierté, se console Benoit Gaillard: celle d'avoir dénoncé cette baisse d’impôt pour ce qu’elle est, à savoir qu’on arrose en priorité les 10% les plus fortunés, et d'avoir poussé les initiants à dire qu'ils s'opposeraient à des coupes dans les services sociaux».
A présent, les élus socialistes attendent la droite au tournant. «Ce sera à nous de veiller à ce qu’aucune conséquence ne soit portée par les classes moyennes, lance Samuel Bendahan. La droite a fait campagne en disant qu'il n'y aurait pas de coupes qui touchent les ménages moyens, nous les attendons au tournant.»
Les deux élus de gauche tirent les inévitables leçons de ce vote: «Il n'est pas normal que la seule façon qu'ont les Vaudois de gagner du pouvoir d’achat soit de voter une initiative aussi peu équitable et coûteuse», réfléchit Samuel Bendahan. ll nous faudra venir avec des mesures en faveur du pouvoir d’achat. Ce que nous retenons de cet épisode, c'est que si les Vaudois avaient eu d'autres propositions que cette initiative mal calibrée, ils n'auraient pas forcément voté pour. Nous allons nous battre jusqu’au bout pour davantage de réductions de charges pour la classe moyenne.»
Si la gauche prend la droite au mot, cela signifie concrètement qu'elle veillera à ce qu'elle s'en tienne exclusivement à des mesures d'économies indolores pour la classe moyenne. «Les initiants n’ont jamais dit que cela se ferait au prix de moins de professeurs, moins d’investissements dans la santé et dans les transports. Nous en avons pris note, souligne Samuel Bedahan. La droite a parlé de gains d’efficience dans l'administration, de faire la même chose avec des ressources allouées plus efficacement, il faudra faire la preuve de cela.»
L'exécutif en prend pour son grade
Benoit Gaillard aussi, tire les leçons de ce vote: «Cette législature a été perdue pour le pouvoir d’achat, notre gouvernement n'a rien fait dans ce sens. Cette inaction du Conseil d'Etat relève de la responsabilité de la majorité sortante, et c'est pourquoi les Vaudois ont pris la seule chose qu’il y avait à prendre, qui était cette baisse mal conçue».
Benoit Gaillard le reconnaît: pour compenser les quelque 270 millions de francs qui manqueront à l'appel, il «n'y a pas de magie, évidemment. Mais la droite a parlé de mobiliser les réserves pour amortir le choc et éviter les coupes dans services publics. Très bien. Mais nos lignes rouges sont claires. Bref: il n'est pas temps pour nous de poser l’épée et le bouclier, mais de repartir à la bataille pour assurer une mise en oeuvre la moins douloureuse possible».