Lorsqu'il était enfant, Albert Rösti adorait la télévision. Sa grand-mère était la seule à avoir un poste dans son salon, où toute la famille se réunissait le samedi soir. Exceptionnellement, le petit Albert pouvait veiller jusqu'à 22h, mais le soir du Nouvel An, il pouvait rester encore plus tard, entouré de sa famille pour grignoter des chips et des saucisses de Vienne.
Aujourd'hui encore, Albert Rösti et sa famille perpétuent cette tradition pour le réveillon. Le conseiller fédéral estime qu'«il n'y a jamais eu d'aussi bonnes émissions qu'à l'époque». La télévision était alors un événement. «C'était une porte ouverte sur le vaste monde», se souvient-il.
Avec le temps, ce fils de paysan issu de la commune bernoise de Kandersteg a fait carrière. Il est devenu conseiller fédéral et président de l'Union Démocratique du Centre (UDC). Mais depuis, la télévision suisse a perdu son estime. Pendant des années, Albert Rösti a eu le sentiment que la SSR diffusait des informations subjectives et lorsque l'UDC a encaissé une lourde défaite lors des élections de 2019, le président du parti a vu rouge.
Albert Rösti avait alors affirmé que la «télévision d'Etat» avait «fait de la grève du climat une bataille de propagande sans précédent». Il avait accusé la SSR d'être en partie responsable de la défaite de son parti et menacé de lancer une initiative pour réduire de moitié la redevance audiovisuelle «afin de faire redescendre la SSR sur terre». Et il est passé à l'action: Albert Rösti est devenu co-initiateur de l'initiative «200 francs, ça suffit!»
«La pression est déjà très forte»
Mardi soir, dans son bureau au Conseil fédéral, il allume la télévision et tombe sur un nouvel épisode de sa série policière préférée, «Die Chefin». Aujourd'hui, Albert Rösti et la SSR ont une relation compliquée. Le co-initiateur de l'initiative est devenu responsable du Département fédéral de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication. En d'autres termes, il doit maintenant combattre sa propre initiative.
Albert Rösti a fait adopter un amendement à l'ordonnance réduisant les frais de 335 à 300 francs, ce qui allège la charge pour la plupart des entreprises. «Les initiateurs ont obtenu d'excellents résultats», affirme-t-il. Et avec les modifications déjà initiées par le Conseil fédéral, le SSR devra réaliser des économies considérables, s'élevant à 270 millions de francs. «La pression est déjà très forte. Elle va encore s'accroître», poursuit-il.
Il fait remarquer aux opposants que le programme de démantèlement massif conduirait inévitablement à une centralisation. «Si tout n'est plus produit que dans les villes, je ne sais pas si l'objectif d'un meilleur équilibre, voulu par les initiants, sera atteint.» Mais les économies «doivent permettre à la SSR de continuer à remplir son mandat dans les domaines de l'information et la culture, de manière décentralisée et en quatre langues.»
L'IA brouille les pistes
Mais le conseiller fédéral l'affirme: il y aura d'autres projets après la votation. Le Conseil fédéral doit renouveler la concession. Albert Rösti estime en outre que la SSR doit rendre ses contenus audiovisuels accessibles en ligne, mais juge inutile de diffuser de longs articles d’actualité. «Les chaînes privées peuvent faire pareil», affirme-t-il, ajoutant que les contenus sportifs ou de divertissement n’y ont plus leur place.
Sa fille ne regarde presque plus la télévision, mais elle est tout de même bien informée, affirme Albert Rösti. Elle peut suivre la moindre de ses déclarations via les réseaux sociaux. A présent, il fait partie des personnalités les plus médiatisées de Suisse. Mais le conseiller fédéral n'aime pas trop se voir à la télévision, il est nerveux avant de monter sur scène. Depuis, il a appris à rester zen, même face aux pires critiques.
Albert Rösti insiste sur l'importance d'avoir des canaux d'information fiables, car à l'ère de l'IA, la crédibilité est devenue plus importante que jamais. «Il est très important d'avoir un diffuseur qui offre formation, information et culture à grande échelle, ce que l'on ne retrouve pas forcément ailleurs», affirme-t-il. Selon lui, la SSR constitue un pilier essentiel du paysage médiatique suisse, bénéficiant également aux autres médias.
«C'est ma femme qui commande»
A 19h30, le journal télévisé commence, mais Albert Rösti le regarde rarement, et d'ailleurs, il n'en a pas besoin: en tant que conseiller fédéral, son équipe lui fournit en permanence les nouvelles les plus importantes. Mais après des journées de réunion bien remplies, il aime suivre le journal télévisé ou écouter la radio en voiture ou avant de s'endormir.
Albert Rösti n'a pas Netflix, sa consommation médiatique est plutôt traditionnelle. Mais le week-end, cela lui arrive de regarder un film pour se changer les idées. «Rien de philosophique», reconnait le conseiller fédéral, un bon film ou un polar pour se détendre. La télécommande est souvent entre les mains de son épouse Theres. «C'est ma femme qui commande quand je regarde la télévision», sourit-il.
Le journal télévisé touche à sa fin et Albert Rösti éteint la télévision. Sa journée n'est pas encore terminée et ce soir non plus, il ne pourra pas voir le dernier époside de sa série policière.