En bref
- Le 29 novembre 2026, les électeurs suisses voteront sur un projet controversé visant à assouplir la loi sur les exportations d'armes. Actuellement, les sondages montrent une légère avance du camp du «non», soutenu par la gauche et les Vert-e-s
- Un sondage exclusif révèle que 45% rejettent le projet, 34% sont favorables et le reste indécis. Les arguments liés à la neutralité suisse et au conflit au Proche-Orient renforcent le camp opposé
- Les femmes rejettent le projet à 53%, tandis que 48% des hommes sont favorables. Près de 20% des sondés restent indécis, laissant la course complètement ouverte
La guerre menée par la Russie contre l'Ukraine a bouleversé le paysage géopolitique. L'Europe, en particulier, procède dès lors à un réarmement massif; une tendance dont la Suisse pourrait d'ailleurs bénéficier. Le Parlement envisage ainsi d'assouplir la loi sur le matériel de guerre. Celle-ci même qui venait d'être renforcée il y a quelques années. Aujourd’hui, les exportations d’armes vers des pays impliqués dans des conflits internes ou internationaux sont interdites.
Cela pourrait alors changer avec cette votation: les exportations de matériel de guerre vers 36 pays occidentaux – dont de nombreux membres de l’OTAN – seraient en principe autorisées. Le Conseil fédéral ne pouvait auparavant refuser ces exportations que dans certains cas exceptionnels. Par ailleurs, le transfert d’armes serait, en principe, également autorisé, même si l’Ukraine en demeure ostensiblement exclue.
Le camp du «non» est en tête
Alors qu’une alliance de centre-droit milite en faveur de cet assouplissement, la gauche et les Vert-e-s ont lancé un référendum contre ce projet. Le 29 novembre, les électeurs se prononceront aux urnes – et la gauche y voit une opportunité: le «non» est actuellement légèrement en tête, comme le montre un sondage représentatif réalisé par l’institut Feldlabor pour le compte du PS. Blick dispose en exclusivité des résultats de ce sondage.
Différents groupes, totalisant environ 1'600 personnes, ont été interrogés. L'un des groupes a par ailleurs uniquement été questionné sur ses intentions de vote concernant la modification de la loi, sans aucune information supplémentaire sur le projet. Aussi, 45% des personnes le rejettent, 34% y sont favorables et les autres sont indécises.
D’autres groupes ont quant à eux reçu soit des arguments «pour», soit «contre». Il en résulte que des clivages politiques clairs influencent les intentions de vote. Dans ce cas-là, le camp centre-droit gagne du terrain, atteignant 41% de «oui», tandis que l'opposition, composée de la gauche et des Vert-e-s, reste légèrement en tête avec 42% de «non».
La neutralité et le conflit au Proche-Orient font pencher la balance
Le sondage révèle également quels arguments sont les plus convaincants. Du côté des partisans, l’incertitude géopolitique ainsi que la crainte de pertes d’emplois dans l’industrie de l’armement influencent favorablement le soutien au projet.
Du côté des opposants, en revanche, le conflit au Proche-Orient pèse particulièrement lourd. La peur que des armes suisses ne soient livrée à Israël et puissent, tôt ou tard, être utilisées à Gaza ou au Liban, constitue la principale source de rejet au projet de loi. Le fait que l’Ukraine, précisément, soit exclue des livraisons d’armes suscite également de l’étonnement.
Ce qui est frappant, c'est que les préoccupations concernant la neutralité suisse alimentent également le vote «non»: ce qui, compte tenu de la campagne actuelle «Non à la guerre» en faveur de l'initiative de neutralité, est susceptible de trouver un écho particulier chez la droite.
«Dès que les arguments entrent en jeu, le camp du 'non' prend l’avantage», explique Oliver Strijbis, politologue chez Feldlabor. «Bien que les partis bourgeois plaident en faveur du 'oui', les chances de victoire de la gauche au référendum ne sont pas négligeables: plus le débat sera intense, plus le camp du 'non' devrait marquer des points.»
Les partisans de l’UDC, du Centre et des Vert'libéraux sont divisés
Le sondage montre également que 53% des femmes rejettent la proposition, tandis qu’elle bénéficie actuellement d’un soutien relatif des hommes (48% de «oui»). Si l’on ventile les résultats par parti, les partisans des Vert-e-s (58%) et du PS (54%) s'opposent à l’assouplissement des restrictions à l'exportation d'armes, tandis que 61% des partisans du PLR y sont favorables.
Parmi les autres partis, les deux camps sont pratiquement à égalité: les partisans de l'UDC l'emportent de justesse avec 45% (contre 42%), tout comme ceux des Vert'libéraux avec 45% (contre 41%). Au Centre, en revanche, les voix opposées sont légèrement en tête, avec 47% (contre 45%). Néanmoins, près d’un cinquième des personnes interrogées sont encore indécises: le scrutin reste donc totalement ouvert.
Le PS met en garde contre les risques
Compte tenu de la situation actuelle, une victoire de la gauche au référendum est à portée de main. «L’assouplissement massif des restrictions sur les exportations d’armes suisses suscite une forte opposition au sein de la population, de gauche comme de droite», constate Franziska Roth (SO), conseillère aux Etats PS. «Une majorité rejette cette nouvelle loi précisément parce qu'elle ne profite pas à l’Ukraine. Au contraire, elle consacre le principe de 'neutralité' qui consiste à traiter la victime d’une attaque de la même manière que l’agresseur, ce qui est contraire au droit international.»
L'élue est convaincue que cela isolera davantage la Suisse en Europe. «Parallèlement, le risque que des armes suisses puissent terminer au Soudan ou en Israël, où font actuellement rage des guerres sanglantes ou que des grenades suisses réapparaissent entre les mains de groupes terroristes, augmentent.»
Pour le conseiller aux Etats socialiste Carlo Sommaruga, «il y a lieu de convaincre l'électorat encore indécis que pour ramener les voyous qui violent gravement les droits humains, il est indispensable de maintenir l’instrument des sanctions économiques comme le fait de manière ciblée la Suisse». Il serait choquant selon lui que, «au moment où les pays européens commencent à prendre des sanctions contre Israël, la Suisse se lie les mains pour refuser toute sanction.»
L'industrie d'armement suisse est-elle en péril?
Mais les partisans du projet ne comptent pas abandonner facilement. «Si l’assouplissement des restrictions échoue, nous mettons en péril notre industrie d’armement nationale», avertit Heinz Theiler (SZ), conseiller national PLR. Il soutient que l'industrie est déjà soumise à une forte pression en raison des restrictions sur les transferts d'armes. Et cela doit changer selon lui.
«Nos pays partenaires doivent pouvoir compter sur le fait que les composants suisses renforcent leur capacité de défense, sans entrave. C’est la seule façon pour nos entreprises de rester intégrées aux chaînes d’approvisionnement européennes», explique Heinz Theiler. «Un vote 'non', en revanche, risque d’entraîner une fuite des cerveaux, avec des conséquences dramatiques pour notre armée et notre politique de défense.» Il admet toutefois que la campagne référendaire ne sera pas facile. «Mais si les partis de centre-droit font front commun, nous pouvons gagner.»