La Croix-Rouge suisse (CRS) s’est retrouvée bien malgré elle au cœur de la campagne sur l’initiative sur la neutralité. Tout au long des débats politiques, la tradition humanitaire helvétique a en effet été brandie à plusieurs reprises et, avec elle, le nom de la célèbre institution. Mais certains sont allés trop loin: une association genevoise a carrément détourné le logo de l'organisation pour faire campagne en faveur du texte. Maintenant que le verdict des urnes est tombé et après une cuisante défaite devant le peuple suisse, la directrice générale de la CRS, Nora Kronig, a décidé de faire une mise au point ferme.
Il faut dire que le lien entre Croix-Rouge et neutralité a été exploité de toutes parts durant cette campagne. La semaine dernière, l’hebdomadaire «Die Weltwoche» titrait encore en une: «Sans neutralité, pas de Croix-Rouge». Une confusion que réfute catégoriquement Nora Kronig: «La neutralité de la Croix-Rouge n’a rien à voir avec la neutralité suisse.» Pour elle, les deux notions ont été malencontreusement mélangées dans l'arène politique.
Face à cet amalgame, la directrice tient à clarifier la frontière. «La neutralité d’un Etat sert en premier lieu à protéger ses propres intérêts et sa population.» La neutralité de la Croix-Rouge, en revanche, poursuit un objectif humanitaire. Elle permet à l’organisation de dialoguer avec toutes les parties et, ainsi, d’atteindre autant que possible toutes les personnes qui ont besoin d’aide.
La neutralité fait donc partie des principes fondamentaux de la Croix-Rouge. Elle n’a toutefois aucune dimension politique. Le résultat du scrutin d’aujourd’hui n’a donc aucune incidence sur l’action humanitaire de l’organisation.
Utilisation abusive du logo
Pourtant, ces derniers mois, certains militants ont délibérément joué de ces amalgames. «Notre logo a été utilisé à mauvais escient pendant la campagne référendaire», reconnaît la directrice. L’association Souveraineté Suisse a publié sur les réseaux sociaux une photo de l’ambassadrice de la Croix-Rouge, Linda Fäh, portant un t-shirt de l’organisation. A côté, on pouvait lire en lettres capitales: «La Croix-Rouge a besoin d’une neutralité certifiée», accompagné d’un appel explicite à voter «oui» à l’initiative.
Cette action a suscité une vive colère au sein de la Croix-Rouge. «Le fait que le nom et l’emblème de la Croix-Rouge aient été instrumentalisés à des fins politiques est problématique», martèle la directrice, rappelant que de tels agissements menacent directement la crédibilité de l'institution. L’organisation a donc réagi immédiatement et menacé les auteurs de porter plainte.
En règle générale, la Croix-Rouge s’abstient systématiquement de prendre part aux débats référendaires qui ne concernent pas son mandat humanitaire.