Droits de douanes sur l'acier
Malgré la baisse, les droits de douane étranglent cette entreprise suisse

Kuhn Rikon réalise un cinquième de son chiffre d’affaires aux Etats-Unis. Mais les droits de douane américains pèsent toujours sur l’entreprise zurichoise, en particulier ceux sur l’acier et l’aluminium. Le CEO Tobias Gerfin se confie.
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En raison des droits de douane américains, son équipe a fort à faire, raconte Tobias Gerfin, CEO de Kuhn-Rikon.
Photo: Thomas Meier

L’accord sur les droits de douane américains est conclu. Dans quelques jours seulement, les 15% pourraient entrer en vigueur. De nombreuses PME exportatrices suisses peuvent souffler – mais pas toutes. Car, selon Tobias Gerfin, le problème des droits de douane n’est pas encore résolu. «Les droits de 50% sur l’acier et l’aluminium sont beaucoup plus lourds pour nous», explique le directeur général de Kuhn Rikon dans un entretien avec Blick.

Les Etats-Unis appliquent des droits de 50% sur tous les produits contenant de l’acier, de l’aluminium ou du cuivre. Cela frappe durement l’entreprise zurichoise, qui fabrique depuis 1899 des poêles, des couteaux et autres ustensiles de cuisine. «Il est très important que ces droits de douane ne soient pas oubliés», avertit le CEO.

Les employés de Kuhn Rikon ont donc fort à faire. Pour chaque produit que le fabricant suisse livre aux Etats-Unis, la part d'acier ou d'aluminium doit être calculée séparément. Cette part doit ensuite être dédouanée à hauteur de 50%. «C'est un travail énorme qui ne nous apporte aucun avantage supplémentaire», critique Tobias Gerfin.

Hors de question de délocaliser

85% des articles que Kuhn Rikon vend aux Etats-Unis sont produits en Chine. En principe, les droits de douane sur l'acier et l'aluminium s'appliquent de la même manière à tous les pays. Pour la Chine, différents droits de douane américains viennent encore s'ajouter: les produits en acier en provenance de Chine peuvent donc être 70 à 90% plus chers aux Etats-Unis que dans d'autres pays.

Le CEO Tobias Gerfin travaille depuis plus de 12 ans pour Kuhn Rikon.
Photo: Thomas Meier

Mais pour Tobias Gerfin, il n'est pas question de délocaliser la production aux Etats-Unis: «Nous voulons investir là où nous avons des chances à long terme. Ce n'est pas le cas aux Etats-Unis». Kuhn Rikon exploite également deux usines en Suisse: l'une à Rikon ZH, l'autre à Rheinfelden AG. L'entreprise réalise environ 30% de son chiffre d'affaires avec des marchandises produites en Suisse. Celles-ci portent le logo «Kuhn Rikon Switzerland».

Une équipe américaine à bout de souffle

Aux Etats-Unis, huit personnes au total travaillent pour la filiale de Kuhn Rikon. Elles s'occupent de la commercialisation et de la fixation des prix, difficile en raison des droits de douane. Comme la petite équipe américaine peine à suivre, le travail supplémentaire est assuré par des collaborateurs en Suisse. Kuhn Rikon emploie 270 personnes dans le monde, dont plus des deux tiers en Suisse.

Le moral du personnel en Suisse et en Europe est bon, car les affaires y sont excellentes. Au total, Kuhn Rikon vend ses produits dans 28 pays différents. «Aux Etats-Unis, l'ambiance est un peu plus terne, ce qui est compréhensible, en raison des incertitudes et des changements permanents», explique Tobias Gerfin.

Pour ne pas avoir à supporter ces coûts supplémentaires, Kuhn Rikon a déjà augmenté deux fois ses prix aux Etats-Unis cette année, de 20% au total. Mais cela ne suffit pas. «Nous utilisons une partie de notre marge pour financer les coûts supplémentaires», poursuit Tobias Gerfin. «Tant que les taxes douanières sur l'aluminium demeurent, il n'est pas question de baisser les prix» – droits de douane de 15% ou non.

La part du chiffre d'affaires aux Etats-Unis diminue

Mais en raison de la hausse des prix, Kuhn Rikon vend moins aux Etats-Unis que d’habitude: «La part du chiffre d’affaires réalisée aux Etats-Unis tombera en dessous de 20%», indique Tobias Gerfin. Le directeur général ne peut pas encore estimer l’ampleur exacte de la baisse des ventes. 

A l’échelle suisse, les exportations de l'industrie technologique vers les Etats-Unis ont chuté de plus de 14% au troisième trimestre, selon les chiffres de l’association sectorielle Swissmem. «En seulement sept semaines, les droits de douane ont déjà laissé une véritable 'traînée de sang'», constate le directeur adjoint Jean-Philippe Kohl. 

Près d’un cinquième des exportations des entreprises technologiques suisses vers les Etats-Unis sont directement concernées par les droits sur l’acier, selon les données d’exportation de 2024. Les entreprises réagissent le plus souvent par un gel des embauches, l’ouverture de nouveaux marchés ou le recours au chômage partiel.

Mais le chômage partiel n’est pas d’actualité chez Kuhn Rikon – l’activité se porte très bien en dehors des Etats-Unis. Au final, c’est le client américain qui paie le surcoût. «Après tout, le consommateur a quand même besoin de produits pour la cuisine», explique Tobias Gerfin. Tant que tous les fournisseurs doivent supporter les mêmes surtaxes douanières, son entreprise reste compétitive. «Mais si de nouveaux accords venaient à désavantager la Suisse, cette prévision pourrait rapidement changer.»

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