Quand le soleil cogne sans pitié sur les rues suisses, la chaleur peut devenir mortelle. En 2024, pas moins de 326 décès ont été attribués à la chaleur. Pour le seul mois d’août, on a même compté jusqu'à 20 morts par jour liés aux fortes températures, selon les chiffres de l'Office fédéral de la santé publique. Ce chiffre pourrait augmenter dans les années à venir: le changement climatique entraîne une augmentation du nombre de journées de canicule.
Les personnes âgées sont particulièrement touchées. C'est précisément pour cette raison que les Aînées pour le climat ont porté l'affaire devant la Cour européenne des droits de l'homme en 2024. Le tribunal international leur a donné raison et a condamné la Suisse pour son inaction climatique. A l'époque, le tollé a été immense et bruyant. Pourtant, à peine deux ans plus tard, les effets de ce jugement historique sont presque invisibles.
Le Conseil fédéral a estimé qu'il n'y avait pas lieu d'agir, tandis que le Parlement a refusé que l'on dicte sa politique. Malgré ce blocage, l'arrêt de la Cour pourrait bien avoir des conséquences.
Un «organe national indépendant» réclamé
C’est le Comité des ministres du Conseil de l’Europe qui veille à ce que les arrêts soient appliqués. La Suisse y est également représentée. Le Conseil a recommandé à la Suisse d’étudier la possibilité de «mettre en place un organisme national indépendant chargé de surveiller la politique climatique du pays». Cet organisme devrait notamment être habilité à formuler des recommandations à l’intention des autorités politiques.
Sans surprise, l'organisation de protection de l'environnement Greenpeace soutient activement la création d'une telle autorité. Elle avait d'ailleurs épaulé les Aînées pour le climat dans leur démarche juridique. Aujourd'hui, l'ONG passe à la vitesse supérieure et vient de commander une étude comparant les différents conseils climatiques existant à l'étranger.
En effet, de nombreux Etats européens disposent de tels organismes. Le Royaume-Uni, par exemple, dispose d’un organisme doté d’un budget de six à sept millions de livres sterling, composé de huit membres scientifiques et d’un secrétariat comptant environ 40 collaborateurs. «Le Comité britannique sur le changement climatique façonne la politique climatique nationale depuis 2008 et a influencé les budgets carbone ainsi que l’adoption de l’objectif de zéro émission nette», indique l’étude.
Des pays comme l’Allemagne, la France, l’Irlande, le Danemark, la Suède, la Finlande ou l’UE elle-même disposent également d’experts dans ce domaine. Leur influence varie toutefois d’un pays à l’autre. En Allemagne, le conseil ne fournit que des avis scientifiques.
Pour Georg Klingler, expert en climat chez Greenpeace, une chose est néanmoins claire: «Un tel organisme peut, surtout dans la situation difficile actuelle marquée par un écart important par rapport aux objectifs, aider à faire avancer la politique climatique, à trouver des compromis et à réduire la polarisation.» Georg Klingler souligne que, dans de nombreux pays, les conseils climatiques ont permis, grâce à leurs avis indépendants, d’améliorer la politique climatique au-delà des clivages politiques.
Selon lui, cela ne change rien aux processus politiques. «Cet organe apporte au processus des connaissances adéquates et une vision à long terme, de sorte que la politique climatique puisse réellement s’améliorer.» Il insiste toutefois sur le fait que le conseil climatique doit être indépendant et disposer d’un financement suffisant. En revanche, pas question de lui donner un pouvoir de sanction. Etant donné que la Suisse dispose déjà d’une expérience en matière d’instances indépendantes – dans le domaine de l’électricité ou encore du bruit – et que les conseils climatiques ont une influence positive dans de nombreux pays européens, il estime que cette proposition a de réelles chances d’aboutir.
L’UDC tire à boulets rouges
L'accueil est nettement plus glacial du côté de l'UDC. Le conseiller national Mike Egger rejette catégoriquement l'idée: «Nous n’avons pas besoin d’un groupe d’entraide pour l’alliance climatique gauche-verte.» Selon lui, les processus politiques actuels existent et fonctionnent très bien. «Ce genre de contrôleurs du climat coûte cher et ne fait que créer de la bureaucratie supplémentaire. Il n'apporte strictement rien.»
Le député saint-gallois rappelle qu'il existe déjà 1000 pages de rapports de l’administration et du Conseil fédéral. Leur élaboration s’appuie également sur des comités scientifiques. «De plus, avec le Département fédéral de l’environnement, nous disposons d’une autorité compétente, dirigée par Albert Rösti, qui dispose déjà de moyens suffisants.»
Le Conseil fédéral, sous la houlette du ministre de l’Environnement Albert Rösti, examine actuellement la possibilité pour la Suisse de se doter de tels contrôleurs climatiques. Une décision est attendue au plus tôt à l’automne; le Conseil fédéral devra ensuite répondre officiellement au Comité des Ministres en décembre.