Une hausse d'impôts pour l'armée
Même le Conseil fédéral ne croit pas au projet de financement de Martin Pfister

Le Conseil fédéral souhaite augmenter la TVA pour financer l'armée. Mais les parlementaires et les conseillers fédéraux savent bien que ce plan n'a aucune chance. Alors pourquoi s'engager malgré tout dans ce champ de mines?
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«Le Conseil fédéral laisse Pfister se fourvoyer», estiment différents parlementaires.
Photo: ANTHONY ANEX
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Daniel Ballmer

«Si le Conseil fédéral pense réellement avoir une chance, il a perdu le sens des réalités», assène le Parlement. Le Conseil fédéral souhaite que la population verse 31 milliards de francs supplémentaires pour la défense nationale. Et pour ce faire, il souhaite augmenter la TVA de 0,8% durant dix ans. 

En fin 2025, le centriste avait déjà tenté cette approche, mais s'était violemment heurté à l'opposition du collège. Son deuxième essai a été fructueux, mais Martin Pfister aurait dû savoir qu'en réalité, son projet était mort dans l'oeuf.

Personne n'y croit

En effet, les partis de tout l'échiquier politique se sont prononcés contre son projet. Les chances du Parlement sont au plus bas. Certains voient déjà en ce projet un «pétard mouillé», un «acte désespéré», une «politique purement symbolique» ou encore de la «naïveté».

Le sondage réalisé par l'institut de recherche Sotomo pour Blick confirme le fiasco à venir: seules 24% des personnes interrogées ont dit «oui» ou «plutôt oui» à une hausse des impôts en faveur de la sécurité. Ils sont 76% à rejeter le projet. 

Même au sein du Conseil fédéral, le projet ne suscite pas l'enthousiasme. D’autant plus que l’origine du chiffre de 31 milliards de francs avancé par Martin Pfister n’a jamais été clairement expliquée. De même, l'utilisation concrète de ces fonds reste floue. Mais pourquoi le gouvernement accepte-t-il d'augmenter la TVA alors qu'il pense que le projet court à sa perte? 

Laisser Pfister se planter

Les départements seraient peu enclins à consentir à de nouvelles mesures d’économie au profit de l’armée, tandis que Martin Pfister est revenu plusieurs fois à la charge au sein du Conseil fédéral. Parallèlement, il aurait accordé des concessions aux autres conseillers fédéraux: des postes supplémentaires seraient ainsi prévus dans d’autres départements.

De plus, le fonds est censé soulager les caisses de l'Etat. C'est sur la base de cet argument que le projet a été imposé, en partant du principe qu’il finirait de toute façon par échouer, soit devant le Parlement, soit plus tard, face au peuple.

«Le Conseil fédéral laisse Martin Pfister se planter», s'accordent à dire différents parlementaires. Face à l'aggravation de la menace, le Conseil fédéral ne peut pas se permettre de rester les bras croisés: «Martin Pfister devra ensuite expliquer lui-même comment il compte faire passer cela au Parlement.» Mais se contenter de proposer une hausse d'impôts sans assumer une part de responsabilité ne sera jamais accepté. «On a l'impression que le Conseil fédéral ne prend pas la situation au sérieux.»

De son côté, le Conseil fédéral tente de reflier la patate chaude au Parlement ou au peuple. Les responsables politiques en charge de la sécurité estiment qu’il pourra ainsi se retrancher derrière l'argument selon lequel une solution a été proposée, mais a été refusée. Et l’un d’eux de glisser, non sans sarcasme: «L'armée est pourtant un très mauvais argument de vente pour faire passer une hausse d’impôts, vu tout l’argent qu’elle engloutit sans résultats visibles.»

Le risque d'un effet boomerang

Martin Pfister est conscient qu'un combat difficile l'attend au Parlement. Jusqu'à maintenant, il n'a pas su apporter de solution convaincante pour le financement de l'armée. «A présent, j'en apporte une susceptible de réunir la majorité, du moins au Conseil fédéral», affirme le ministre de la Défense.

Il ne compte pas lâcher le morceau: «Si les partis ont une meilleure solution, qu'ils la présentent.» Au Parlement, les partisans de l'armée craignent toutefois que la proposition de Martin Pfister ne se retourne contre lui: «Si le peuple la rejette comme prévu, il sera difficile d'allouer d'avantage de moyens pour l'armée.»

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