Mauvaise nouvelle pour le ministre de la Défense, Martin Pfister, et la ministre de l'Intérieur, Elisabeth Baume-Schneider: la population suisse s'oppose à une augmentation de la TVA. C'est ce que montre un sondage réalisé par l'institut de recherche Sotomo, mandaté par Blick. Des résultats qui n'arrangent ni Martin Pfister, qui souhaitait davantage de fonds pour la défense, ni Elisabeth Baume-Schneider, qui devait trouver une façon de financer la 13e rente AVS.
Et jusqu'à présent, une hausse de la TVA s'était imposée comme une solution à peu près viable pour remédier aux trous budgétaires. «Quelque chose a changé», résume le géographe politique Michael Hermann, de l'institut de recherche Sotomo. «Il ne sera plus aussi facile de faire passer une hausse de la TVA. Car la population n'y est pas favorable.»
La raison principale est financière: la hausse des loyers ou des primes d'assurance-maladie pousse les ménages à se montrer plus prudents face à toute nouvelle dépense. Le sondage confirme aussi cette tendance: plus le revenu des personnes sondées est bas, plus les personnes se montrent hostiles à une augmentation de la TVA.
Voici les six conclusions à retenir du sondage:
L'armée prend une claque
Presque aucun Suisse n'est favorable à une hausse de la TVA pour augmenter les moyens de l'armée. Pas moins de 76% des personnes interrogées se disent clairement ou plutôt contre. Et cela, indépendamment du parti politique.
A noter toutefois que l'opposition est plus marquée chez les Vert-e-s (90%), tandis qu'elle est nettement plus modérée au Centre, où l'on trouve la plus forte proportion de partisans favorables à cette idée, avec 55% de voix contre.
Pour Martin Pfister, la réalité doit être difficile à accepter: la majorité des personnes interrogées (58%) estime qu'il n'est pas nécessaire d'allouer plus de moyens à l'armée, que ce soit via une hausse de la TVA ou une autre source de financement. Seuls le Parti vert'libéral (PVL), le Centre et le Parti libéral-radical (PLR) comptent une majorité de partisans favorables aux projets du ministre de la Défense, qui entend octroyer 31 milliards supplémentaires à l'armée, comme il l'avait annoncé en janvier.
En revanche, l'augmentation du budget de l'armée à 1% du PIB d'ici à 2032, déjà prévue par le Parlement, est une idée bien acceptée: 56% des sondés considèrent cette hausse comme appropriée, voire même trop faible. Même la base du Parti socialiste (PS) soutient l'idée.
EBS a de mauvaises cartes en main
La conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider aura certainement du mal à faire passer une hausse de la TVA pour financer sa 13e rente AVS. Au total, 66% des personnes interrogées se sont déclarées plutôt ou clairement contre – indépendamment du parti politique. Même dans les propres rangs d'Elisabeth Baume-Schneider, au PS, 59% des sondés se sont prononcés contre.
Le Parlement n'a pas encore pris de décision définitive à ce sujet: le Conseil national et le Conseil fédéral souhaitent augmenter la TVA de 0,7%, tandis que le Conseil des Etats pourrait se rabattre sur une solution mixte, entre cotisations salariales et TVA.
Ce «non» est surprenant car l'électorat suisse a voté en faveur de la 13e rente AVS. Pour l'expert Michael Hermann, cela montre que la population a le sentiment d'être déjà suffisamment sollicitée financièrement.
Les scandales laissent des traces
Au total, 62% des personnes interrogées estiment que l’armée n'utiliserait pas efficacement des moyens financiers supplémentaires. Si la proportion est largement plus élevée chez les Vert-e-s (90%!), la majorité des UDC (Union démocratique du centre) pense de même avec 55% des voix. Il s’agit probablement d'une conséquence directe des scandales et dysfonctionnements révélés au cours des derniers mois et des dernières années.
La gauche est divisée
Le sondage révèle un résultat intéressant: dans le camp de la gauche, il existe un fossé entre le PS et les Vert-e-s en matière de politique de défense. Chez les socialistes, une majorité soutient l'augmentation du budget de l'armée – déjà approuvée par le Parlement: 48% d'entre eux considèrent ce projet comme approprié, tandis que 6% se disent même prêts à allouer des moyens supplémentaires. Chez les Vert-e-s en revanche, 67% pensent que cette hausse est trop importante.
Comment expliquer cette différence? Le pacifisme est une valeur particulièrement ancrée chez les Vert-e-s, explique Michael Hermann. Pour la base du PS, en revanche, il est prioritaire que la Suisse lutte contre les régimes autocratiques agressifs, en particulier après l'invasion russe en Ukraine.
L'UDC n'est plus le parti de la défense
Même l'UDC boude l'armée: 52% d'entre eux se sont déclarés contre l'octroi de moyens supplémentaires. «C'est un changement remarquable par rapport à l'époque précédente, où l'UDC était clairement favorable à l'armée», explique Michael Hermann.
Il voit deux raisons à cela. D’une part, la base de l’UDC se montre réticente à une hausse des dépenses de défense, les préoccupations financières pesant lourdement. D’autre part, la défense est de plus en plus perçue comme une responsabilité européenne commune, une perspective qui suscite justement le scepticisme des électeurs UDC face à toute coopération au-delà des frontières nationales.
Martin Pfister doit faire des choix
Les résultats des sondages sont mauvais pour les projets de réarmement de Martin Pfister. Le ministre de la Défense est-il le grand perdant? Pas selon Michael Hermann. Pour lui, Martin Pfister a «au moins réussi à convaincre le Conseil fédéral de l'augmentation du budget de l'armée, ce que Viola Amherd n'a pas réussi à faire. Cela en dit long sur sa position au sein du Conseil fédéral.»
Dans le même temps, l’expert ne voit pas d’autres alternatives pour dégager de nouvelles sources de financement, même si un sondage montre que la population préférerait des économies sur le budget ordinaire de la Confédération. Le Parlement a en effet déjà démontré ses difficultés à réduire les dépenses.
Michael Hermann estime donc que l'heure de la décision a sonné. «Martin Pfister oblige les autres à jouer cartes sur table», dit-il. Le Parlement et la population doivent décider ce que vaut pour eux la sécurité, si l'on veut agir contre la menace ou si la Suisse veut rester un profiteur en Europe.