Les faits remonteraient à 1993
Béatrice Keul, ex-no 2 de Miss Suisse: «Je veux poursuivre Donald Trump pour viol»

Après avoir gardé le silence pendant des années, Béatrice Keul prend la parole. L'ancienne dauphine de Miss Suisse accuse le président américain de viol. La Maison Blanche nie toutes les accusations.
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Blick publié en exclusivité cette photo, prise en 1993 lors du «Donald J. Trump American Dream Pageant» au Plaza Hotel de New York.
Photo: Archiv Beatrice Keul

En bref

  • Béatrice Keul accuse Donald Trump de l’avoir violée «brutalement» en 1993 à New York; la Maison Blanche nie toutes les accusations
  • L’ancienne dauphine de Miss Suisse veut engager une action civile, malgré la prescription, si New York adopte une loi inspirée de l’Adult Survivors Act
  • Keul dit subir attaques et menaces; son récit reste invérifiable, des conservateurs le contestent et elle explique que le viol avait été omis en 2024
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Robin Bäni

Béatrice Keul, ancienne candidate à Miss Suisse, s’attaque à l’homme le plus puissant du monde libre. Lundi, les membres démocrates de la commission judiciaire de la Chambre des représentants ont publié un rapport explosif. La Bernoise y porte de très graves accusations contre l’actuel président américain Donald Trump, lequel l'aurait violée «brutalement» en 1993.

Cette mise en cause a depuis fait le tour du monde. Le «Time Magazine», le «Telegraph», ou encore «The Independent» s'en sont ainsi fait l'écho. Mais Béatrice Keul n'entend pas en rester aux accusations verbales: «Je vais poursuivre Trump pour viol», confie-t-elle en exclusivité pour Blick.

«Je suis une lionne»

Pendant des années, la Bernoise avait gardé le silence. Et pour cause. Dans les années nonante, les agressions sexuelles étaient un tabou dont on ne parlait pas. «Je ne pouvais même pas me confier à ma famille», raconte Béatrice Keul. «J’étais condamnée à souffrir en silence.»

Cette époque est désormais révolue. «Je veux obtenir justice.» Elle l'assure: tout n'est pas permis, y compris lorsqu'on est milliardaire ou président des Etats-Unis. «Je veux que Trump réponde de ses actes devant la justice.» Elle se dit prête à se battre devant toutes les instances nécessaires: «Je suis une lionne.»

Plusieurs dizaines de femmes accusent Donald Trump de harcèlement sexuel. La Suissesse est entrée en contact avec certaines d’entre elles. Connues sous le nom de «Survivor Sisters», ces femmes ont eu le courage d'évoquer publiquement plusieurs abus, notamment ceux commis par le délinquant sexuel Jeffrey Epstein, décédé en 2019.

Pour mener à bien son combat, Béatrice Keul s’est adjoint les services d’avocats américains, dont elle ne souhaite pas révéler les noms. L'objectif de leur collaboration est simple: traduire Donald Trump en justice à New York.

Pas d’immunité pour Trump

Un obstacle de taille se dresse toutefois sur la route de la Bernoise: le viol présumé est prescrit. A ce titre, Béatrice Keul espère l'instauration d'une loi spéciale sur le modèle de l’Adult Survivors Act. Resté en vigueur à New York de novembre 2022 à novembre 2023, ce texte ouvrait une fenêtre limitée pendant laquelle les victimes d’abus sexuels pouvaient déposer une plainte civile, même si les faits étaient prescrits depuis longtemps.

Aujourd'hui, les groupes américains de protection des victimes font pression en coulisses pour l’adoption d’une nouvelle loi dans l’Etat de New York qui, comme le Survivors Act à l’époque, ouvrirait une fenêtre de plainte pour les cas d’abus prescrits. «Les choses bougent», déclare Béatrice Keul. Ses avocats estiment à 80, voire 90% les chances de succès pour faire adopter une telle loi.

Le cas échéant, Donald Trump ne pourrait pas compter sur son immunité présidentielle pour le protéger: dans un arrêt rendu en 1997, la Cour suprême a établi qu’un président en exercice ne bénéficiait d’aucune immunité lors d'actions civiles liées à des actes privés antérieurs à son mandat.

Cet arrêt avait été rédigé dans le cadre de l'affaire Clinton: en 1994, l’ancienne employée de l’Etat fédéral américain, Paula Jones, avait poursuivi civilement le président américain de l’époque, Bill Clinton, pour harcèlement sexuel. Les deux parties étaient parvenues à un accord extrajudiciaire.

Un appel inquiétant

Les actions civiles servent en premier lieu à obtenir des dommages et intérêts. Elles se soldent par l'imposition d'une compensation financière, et non d’une sanction. En outre, les exigences en matière de preuves étant moins élevées que dans une procédure pénale, la probabilité d’une condamnation est plus importante.

«
Une voix générée par informatique m’a menacée et m’a clairement fait comprendre qu'il valait mieux pour ma famille que je me taise à partir de maintenant
Béatrice Keul, ancienne mannequin
»

Donald Trump et son entourage devraient dès lors se défendre avec véhémence. Des commentateurs conservateurs ont d'ores et déjà mis en doute les déclarations de Béatrice Keul, l'accusant de s'être laissée instrumentaliser par les démocrates pour nuire aux républicains juste avant les élections de mi-mandat. «Je ne vous crois pas, je ne crois aucune femme (qui accuse Trump, ndlr)», a notamment lancé la journaliste de droite Megyn Kelly à l'adresse de la Suissesse.c

Béatrice Keul affirme être la cible de nombreuses attaques, parfois diffamantes, sur les réseaux. «Ils m’insultent en me traitant de menteuse.» Elle assure en outre avoir reçu cette semaine un appel inquiétant en provenance des Etats-Unis. «Une voix générée par ordinateur m’a menacée et m’a clairement fait comprendre qu'il valait mieux pour ma famille que je me taise à partir de maintenant.»

Si la Bernoise a immédiatement porté cette tentative d'intimidation à la connaissance de ses avocats, elle se dit profondément marquée par l'incident. «J’ai peur», confie Béatrice Keul, qui ne souhaite pas révéler le lieu où elle séjourne actuellement. «Ces gens sont capables de beaucoup de choses.»

Une première rencontre, et des promesses

L’histoire que Béatrice Keul est censée taire remonterait à 1993. La Bernoise avait alors 24 ans. Elle venait de décrocher la deuxième place à l’élection de Miss Suisse et s’était même qualifiée pour la finale de Miss Europe. C’est alors que l’entourage de Donald Trump l’aurait contactée.

Une femme nommée Jill Harth l’aurait recrutée pour le «Donald J. Trump American Dream Pageant», un concours de beauté à Atlantic City et à New York. «A l’époque, je menais une vie formidable», raconte Béatrice Keul, dont le quotidien mêlait alors études, emploi dans une banque et mannequinat. Elle a ainsi accepté l’invitation de Donald Trump, synonyme pour elle de tout premier voyage aux Etats-Unis.

Le voyage aurait toutefois viré au cauchemar. Les événements qui se seraient produits chez le milliardaire américain sont relatés au sein du rapport publié récemment par les élus démocrates. Le document repose sur des entretiens menés pendant plusieurs semaines entre des collaborateurs de la commission judiciaire américaine et Béatrice Keul. Blick en cite ici quelques extraits.

«Enfin, nous nous rencontrons, Madame Cool»

La Suissesse aurait éveillé la curiosité de celui qui était alors un magnat de la finance lors d'un concours en novembre 1993. Lors d’un déjeuner au Plaza Hotel de New York, propriété de Donald Trump, ce dernier se serait approché d’elle et lui aurait adressé ces mots: «Enfin, nous nous rencontrons, Madame Keul», en prononçant son nom «Cool».

Tous deux se seraient entretenus «au moins quinze minutes». Le richissime homme d'affaires lui aurait ensuite promis de lui obtenir un visa et de veiller personnellement à ce qu’elle soit admise à l’Université de New York. «Je vais m’occuper de vous», aurait-il déclaré. Béatrice Keul lui aurait répondu qu’elle était en mesure d'obtenir son visa par elle-même.

«
Il lui a déchiré sa robe et lui a infligé des blessures à différentes parties du corps, qui ont entraîné des saignements et des ecchymoses
Rapport des élus démocrates à la Commission judiciaire de la Chambre des représentants
»

Plus tard dans la journée, un représentant de Donald Trump l'aurait approchée et lui aurait demandé de le suivre à l’étage du Plaza Hotel pour une nouvelle rencontre avec l'homme d'affaires. Béatrice Keul aurait accepté, estimant qu'une nouvelle entrevue pourrait servir la suite de sa carrière.

Le récit des événements présumés

Donald Trump aurait accueilli la Suissesse dans une suite. Il l'aurait alors attrapée par-derrière et l’aurait violée. «Il lui a déchiré sa robe et lui a infligé des blessures à différentes parties du corps, qui ont entraîné des saignements et des ecchymoses», indique le rapport. Et d’ajouter: «Béatrice Keul a décrit le viol comme 'brutal'.»

Après les faits, Donald Trump se serait assis sur le bord du lit et aurait répété à Béatrice Keul sa promesse de s’occuper de son visa et de lui trouver une place d’études. Il lui aurait ensuite demandé de garder le silence sur l’incident, déclarant: «The show must go on.»

Les événements relatés par l'ex-mannequin ne peuvent être vérifiés de manière indépendante. «Aucune de ces accusations n’est vraie», avait affirmé la Maison Blanche dans une déclaration aux médias américains. La présomption d’innocence s’applique à toutes les personnes concernées.

Une histoire différente

Il y a deux ans, Béatrice Keul avait livré une version différente de son récit aux médias. En octobre 2024, elle s’était adressée au «Daily Mail» britannique, évoquant pour la première fois publiquement son agression présumée. Elle avait alors déclaré avoir été embrassée et pelotée contre son gré par Donald Trump, sans pour autant faire mention d'un quelconque viol.

Interrogée à ce sujet, Béatrice Keul affirme qu'elle a toujours raconté la même histoire. Les médias auxquels elle s'était confiée à l'époque auraient toutefois eu peur de Donald Trump et de ses avocats. «J’ai donc accepté que l’accusation de viol soit omise des articles.» Aujourd'hui, la situation a changé: maintenant qu’elle ressent le soutien des élus démocrates, elle se sent encouragée à tout rendre public.

La Bernoise dit également faire face à un «tsunami de solidarité». De vieilles connaissances, d'anciens collègues de travail, et même des inconnus l'auraient contactée pour lui apporter leur soutien. Elle ne dormirait que deux heures durant la journée et passerait ses nuits au téléphone avec des journalistes américains, racontant encore et encore la même histoire, sans s'interrompre.

«J’ai l’impression d’être dans un film», déclare Béatrice Keul. Elle, «un petit poisson de Suisse», dans l’œil furieux du grand Donald Trump. Le parcours judiciaire qui l’attend s'annonce long, très long. Et il ne fait que commencer.

Victime ou témoin d’une agression sexuelle?

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