«Une flatterie inutile»
L'ex-président du Centre fustige l'attitude de Parmelin face à Trump

L'attitude adoptée par Guy Parmelin lors de sa rencontre avec Donald Trump n'a pas plus à Gerhard Pfister. Pour l'ex-président du Centre, la Suisse devrait plutôt suspendre ses négociations tarifaire avec les USA.
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L'ex-président du Centre, Gerhard Pfister, se montre critique vis-à-vis du Conseil fédéral.
Photo: keystone-sda.ch
Reza Rafi

Gerhard Pfister, durant ce Forum économique mondial, l’attention générale s’est largement concentrée sur le président américain Donald Trump. Quelle est votre impression?
Il faut reconnaître une chose à Trump: son attitude nous éclaire sur beaucoup de choses. Grâce à lui, on a assisté à Davos à une pièce de théâtre de cinq jours, qui nous a permis de voir clairement comment le monde fonctionne actuellement et comment les rôles sont répartis.

Quel rôle joue la Suisse en tant que pays hôte?
Nous voulons poursuivre simultanément quatre objectifs. Mais mis ensemble, ils ne tiennent plus. Nous voulons être neutres – c'est le premier point. Deuxièmement, nous voulons toujours être du bon côté sur le plan moral. Troisièmement, nous considérons encore comme un pays prétendument désintéressé et à même de proposer les bons offices, pour les conférences et ainsi de suite. Nous mettons volontiers les hôtels à disposition et estimons que cela nous confère un rôle particulier. Enfin, quatrièmement, nous voulons commercer avec le monde entier, y compris dans l’armement. Tout cela est contradictoire, et ces contradictions apparaissent au grand jour dans des périodes comme celle-ci.

La Confédération est prise dans les remous de la politique mondiale...
Cela a commencé lorsque nous sommes entrés au Conseil de sécurité de l'ONU. Les grandes puissances attendent aussi de nous des décisions, mais nous sommes dépassés. Donald Trump semble se soucier assez peu de la Suisse. Il affirme que nous n’existerions pas sans l’Amérique, alors que nous avions fait preuve d'une grande amabilité envers lui en lui offrant notamment des lingots d’or. Seulement, l'image que nous avions de nous-mêmes a soudainement vacillé: nous pensions être appréciés et nous étions donc persuadés qu'on nous laisserait tranquilles. Mais aujourd'hui, cela n’est plus forcément vrai. Certains milieux réagissent à cette évolution en s’en prenant à l'adversaire qu'ils jugent le plus faible: l’Union européenne.

Au WEF, le président de la Confédération Guy Parmelin a lancé à Donald Trump: «Davos sans vous ne serait pas vraiment Davos.» Depuis, le pays n'a eu de cesse de débattre de cette phrase. Quel est votre avis?
La fonction de président de la Confédération est décidément piégeuse. L’an dernier, Karin Keller-Sutter avait essuyé de vives critiques après avoir salué le discours de J.D. Vance lors de la conférence de Munich sur la sécurité. Ces dernières années, plusieurs présidents ont été exposés et ont suscité la controverse dès leur entrée en fonction: Alain Berset avec son affaire de chantage ayant suivi une liaison extraconjugale, Viola Amherd avec les difficultés liées à l'armée. Aujourd’hui, Guy Parmelin se retrouve lui aussi avec une phrase malheureuse qui risque de lui coller à la peau. D'ailleurs, si ce qu'il a dit à Trump était vrai, cela disqualifierait le Forum économique mondial, que le Conseil fédéral tient pourtant à maintenir à Davos.

Ce n'était en définitive qu'une flatterie...
Une flatterie inutile. Mais c'est facile à dire de l'extérieur. Je trouvais déjà à l'époque que l'on s'était montré très injuste vis-à-vis de Karin Keller-Sutter après sa conversation téléphonique avec Trump. Quand, en Suisse comme aux Etats-Unis, on s'est rendu compte que Trump comptait imposer de lourds droits de douane à la Suisse, on lui a fait porter toute la responsabilité, alors qu’elle s’était retrouvée mise devant le fait accompli. Cela a d'ailleurs bien arrangé les négociateurs des deux pays. A mes yeux, elle a payé injustement le prix de cette affaire, alors qu’elle avait osé défendre la souveraineté et les institutions de la Suisse, y compris face à Trump.

On pourrait voir ce compliment de Guy Parmelin comme une démarche pragmatique, une tentative diplomatique pour préserver un maximum d’options face à une superpuissance. Quelle aurait été l'alternative? Un affrontement direct avec Donald Trump?
Non. Mais ce n'est pas nécessaire non plus de dire que le WEF n'existe que grâce à lui. Je comprends combien il est difficile de réagir à chaud aux propos de Donald Trump, avec tous les projecteurs braqués sur soi. L’essentiel est ce que l’on fait ensuite de ces informations. Je me demande, par exemple, s’il faut vraiment poursuivre les négociations avec lui concernant l'accord tarifaire. 

Une échéance est fixée en mars. Personne ne souhaite le retour de droits de douane de 39%...
Etes-vous certain qu’ils ne seront pas réintroduits, même si Trump obtient gain de cause? On peut aussi voir les choses autrement: nos droits de douane sont déjà plus bas, alors maintenons-les pour l’instant. L'arbitraire ne cessera pas, même si le Parlement et le peuple finissent par donner leur accord. Peut-être devrions-nous tenter une autre tactique pour une fois. Je sais que la pression politique interne est énorme. Mais nous avons une démocratie directe et, si l’on demandait aujourd’hui aux Suisses s’ils veulent un tel accord avec Trump, une majorité répondrait probablement non. Je comprends très bien la position de Nick Hayek, patron de Swatch, et je la partage en grande partie. La pression sur le Conseil fédéral est toutefois immense: l’industrie pousse constamment pour que tout soit entrepris afin de réduire les droits de douane.

Souhaiteriez-vous que le Conseil fédéral fasse preuve de plus de fermeté?
Oui. Il devrait sans cesse rappeler aux Américains que nos institutions sont essentielles et que nous ne céderons pas au chantage.

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