Esquiver les attaques de Trump
Nos conseillers fédéraux ont tout fait pour sauver les meubles à Davos

Seuls quatre conseillers fédéraux ont participé au WEF cette année. Guy Parmelin a arrondi les angles, Ignazio Cassis a sorti ses griffes et Karin Keller-Sutter a fait le dos rond.
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Nos conseillers fédéraux ont rencontré Donald Trump lors d'une réunion bilatérale au WEF.
Photo: keystone-sda.ch
Céline Zahno

Le président américain Donald Trump a dominé le Forum économique mondial (WEF) de Davos cette année. Entre ses ambitions sur le Groenland, son nouveau Conseil de la paix et sa rencontre inattendue avec Volodymyr Zelensky, il a éclipsé le Forum. 

Trump en a aussi profité pour s'en prendre à la Suisse, pays hôte du Forum. Lors de son discours, il a ridiculisé la ministre des Finances Karin Keller-Sutter devant le monde entier. Comment les conseillers fédéraux ont-ils réagi? Et qu'ont-ils obtenu en coulisses? Analyse.

Guy Parmelin

Guy Parmelin a tenté de désamorcer la polémique avec bonhomie. «Davos ne serait pas Davos sans le président américain», a-t-il déclaré, faisant comme si son discours agressif n'avait jamais eu lieu. «C'est ça, la diplomatie», a-t-il ajouté. Il a voulu se concentrer sur la bonne nouvelle du jour: sa rencontre avec le président américain. En effet, cette dernière était incertaine jusqu'à la dernière minute et son annulation aurait été extrêmement embarrassante.

La réunion n'a duré que 15 minutes et aucun détail n'a été abordé. Mais ce contact direct a été important pour Guy Parmelin, tandis que les négociations sur un accord douanier se poursuivent. Le ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, et Karin Keller-Sutter étaient aussi présents.

Guy Parmelin a rencontré plus d'une douzaine de chefs d'Etat et de gouvernement au WEF, mais sa rencontre avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky a suscité un intérêt particulier. La Suisse prévoit de fournir des produits électriques à l'Ukraine et les modalités, notamment la prise en charge des coûts, restent à préciser.

Ignazio Cassis

Contrairement à Guy Parmelin, le ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, s'est montré beaucoup plus critique à l'égard du discours de Trump. «Il est inacceptable d'être traité de la sorte», a-t-il déclaré. «Nous n'étions pas les seuls visés, mais ce n'est en rien une consolation.» Il a ajouté que les réactions officielles de la Suisse au discours avaient été transmises aux autorités compétentes. Le ton d'Ignazio Cassis à Davos a néanmoins suscité quelques interrogations. Lors de la conférence de presse, il a tenu un discours très global, en passant par la première édition du WEF sans son fondateur Klaus Schwab à un monde en pleine mutation.

L'un des changements les plus importants auxquels Ignazio Cassis et son ministère devront faire face est le fameux Conseil de la paix de Trump. La Suisse est invitée à y participer, mais elle peut difficilement accepter. Qu'adviendra-t-il du futur accord tarifaire avec les Etats-Unis si la Suisse venait à refuser? Trump a déjà menacé d'imposer des droits de douane de 200% sur le vin et le champagne français après le retrait du président Emmanuel Macron. 

Karin Keller-Sutter

Davos a ravivé de douloureux souvenirs à Karin Keller-Sutter. Lors de son discours, Trump a raconté encore une fois leur échange téléphonique catastrophique. Il a affirmé qu'elle l'avait «supplié» de baisser les droits de douane. «Non, non, vous ne pouvez pas faire ça! S'il vous plaît, ne faites pas ça, nous sommes un petit pays», s'est-il moqué. 

Ces moqueries de Trump ne semblent être en réalité qu'une façade. En coulisses, il aurait dit à ses ministres Jamieson Greer et Marco Rubio: «Elle est coriace, mais vous êtes faible.» Karin Keller-Sutter est restée silencieuse et a refusé de commenter ces propos auprès de Blick. Elle a simplement déclaré ne pas les prendre personnellement. Au-delà cet épisode et de la rencontre avec la délégation américaine, elle a profité du Forum pour tenir des réunions bilatérales, notamment avec Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne. 

Rösti, Pfister, Jans et Baume-Schneider

Cette année, le ministre de la Défense Martin Pfister s'est fait discret au WEF. Lundi, il a rendu visite aux troupes et rencontré plusieurs autres ministres de la Défense. Quant au ministre de l'Energie, Albert Rösti, il a annulé sa participation à cause d'une gastro-entérite. Le ministre de la Justice Beat Jans et la ministre de l'Intérieur Elisabeth Baume-Schneider étaient également absents.

Mais les conseillers fédéraux n'échapperont pas au WEF pour autant, car certaines questions restent en suspens, comme l'adhésion au Conseil de la paix ou l'accord douanier. Après la rencontre entre la délégation américaine et Guy Parmelin, un premier cycle de négociations a été annoncé. Il devrait avoir lieu dans les plus brefs délais.

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