En bref
- Swiss a dévié environ 200 fois en 2024 et 150 fois en 2025
- La météo et les problèmes techniques sont les principales causes des atterrissages imprévus
- Le pilote décide, avec le soutien du centre opérationnel de Kloten ZH
Les situations d’urgence en aviation peuvent prendre des formes très différentes. Il y a les cas extrêmement rares et dramatiques – comme la récente attaque dans le cockpit d’un avion de flydubai –, où la maîtrise de l’appareil est directement menacée et où chaque seconde compte. Et puis il y a les situations dans lesquelles l’avion reste parfaitement stable, mais doit atterrir par précaution, en raison d’une urgence médicale ou d’une panne technique.
Si des incidents comme celui de flydubai demeurent exceptionnels, de nombreux déroutements sont gérés selon des procédures de sécurité bien rodées. Chaque changement de cap exige toutefois une coordination précise entre le cockpit et le contrôle aérien au sol.
L’importance de cette coordination a été récemment illustrée par un incident impliquant Swiss. Le vol LX9, qui reliait Chicago à Zurich, survolait l’Atlantique lorsqu’une forte odeur a soudainement été signalée en cabine. L’équipage a immédiatement décidé d’atterrir aux Açores. Pour obtenir la priorité nécessaire dans l’espace aérien, le cockpit a émis le code 7700, qui signale une situation d’urgence générale en vol. L’appareil a pu se poser en toute sécurité à l’aéroport de Terceira peu après.
Comment une telle manœuvre imprévue se déroule-t-elle en arrière-plan? Qui prend la décision finale: le cockpit ou le contrôle aérien? Blick a rencontré Mark Ansems, responsable du pilotage des opérations, et Frank Zuber, pilote en chef long-courrier, au centre des opérations de Swiss à Kloten (ZH).
«On imagine souvent le pire»
Les conditions météorologiques et les problèmes techniques sont les principales causes d’atterrissages imprévus. Swiss a procédé à 200 déroutements en 2024 et à 150 en 2025, sur environ 143’000 vols, selon ses nouvelles statistiques. Les urgences médicales, les fermetures d’espace aérien dues à des défaillances du contrôle aérien et la mauvaise visibilité figurent parmi les autres causes les plus fréquentes.
La grande majorité des déroutements relèvent d’une simple mesure de précaution. «On imagine souvent le pire en cas d’atterrissage imprévu. La réalité est souvent moins spectaculaire: même un problème technique mineur déclenche immédiatement des procédures très précises en coulisses», explique Mark Ansems. De plus, plusieurs aéroports de déroutement sont identifiés à l’avance lors de la planification du vol, afin qu’un atterrissage puisse y être effectué si nécessaire.
Une chose est sûre: au bout du compte, c’est le pilote qui décide. Il est alors activement soutenu par le centre opérationnel au sol. «Pendant que nous communiquons avec le cockpit par téléphone satellite, tout se met déjà en place en coulisses. Des contacts sont établis, le ravitaillement est organisé et l’équipage reçoit des informations sur l’aéroport.»
Ce que signifie le code 7700
Pour les observateurs extérieurs, l’apparition soudaine du code d’urgence 7700 sur les écrans de fournisseurs de données de vol comme Flightradar24 peut paraître impressionnante. En langage technique, on parle de «Squawk 7700», le signal international indiquant une urgence à bord. Lorsque des pilotes de Swiss saisissent ce code, de nombreux passionnés d’aviation s’interrogent sur ce qui se passe à bord.
«Pour nous, le code 7700 signifie avant tout communication et priorité», explique le pilote Frank Zuber. Il signale au contrôle aérien: «Nous avons un problème et avons besoin de la priorité à l’approche.» Qu’un passager soit victime d’un malaise cardiaque ou que l’équipage doive suivre une instruction du contrôle aérien, le code peut s’appliquer. Il garantit aux pilotes une voie dégagée dans les airs.
Si la situation le permet, l’appareil peut rejoindre un aéroport prédéfini. «Une fois l’avion au sol, cela déclenche une réaction en chaîne», explique Mark Ansems. «Il faut organiser le transport des passagers, trouver un appareil de remplacement si le premier est immobilisé, et tout doit être pris en charge. Les heures de travail de l’équipage doivent également être vérifiées. Si un membre d’équipage dépasse la durée maximale autorisée, il ne peut pas poursuivre le vol et nous devons trouver une autre solution.»
Une situation critique au pôle Nord
Outre la priorité accordée à l’aéroport de déroutement, le code 7700 peut aussi signaler des situations dangereuses. «Fumée en cabine, incendie ou, par exemple, passager victime d’un arrêt cardiaque: dans ces moments-là, chaque minute compte», explique Frank Zuber.
Dans ce cas, il peut être nécessaire de se dérouter spontanément vers un aéroport qui n’avait pas été désigné à l’avance. La situation devient particulièrement délicate lors du survol d’une zone où les itinéraires de repli sont rares.
Actuellement, la route aérienne Tokyo-Zurich survole l’Arctique et le pôle Nord. «Un atterrissage d’urgence est difficile dans cette zone», reconnaît Frank Zuber. «En cas d’urgence médicale, nous pouvons contacter Medaire.» Medaire est un réseau mondial de médecins urgentistes qui assure une assistance par satellite 24h/24 et 7j/7 aux équipages. Le personnel de cabine peut ainsi communiquer directement avec des médecins urgentistes par téléphone satellite afin de garantir une prise en charge optimale du patient.