Vous connaissez certainement ce sentiment... Celui de devoir inlassablement tourner en rond en ville jusqu'à trouver une place de parc. Vous avez peut-être râlé lorsque les autorités ont annoncé la suppression de rangées entières de places de stationnement dans votre ville. Les Zurichois en savent quelque chose, d'ailleurs: plus de 240 places de parking sur 388 du quartier d'Altstetten-West seront supprimées.
Cette tendance n'est pas près de s'arrêter. D'ici 2040, une place de stationnement sur sept pourrait disparaître au sein des villes. Mais ne vous méprenez pas: ce ne sont pas les politiciens de gauche ni les défenseurs acharnés de la mobilité douce qui en sont responsables, mais bien les automobilistes eux-mêmes.
En cause, des véhicules de plus en plus longs, larges, lourds et hauts. Résultat: on peut caser moins de voitures pour la même surface. C’est ce que révèle une nouvelle étude de l’organisation environnementale européenne Transport & Environment (T&E).
Les voitures gagnent chaque année en centimètres
L’organisation a examiné la taille des voitures neuves vendues dans l'Union européenne (UE) et au Royaume-Uni. Résultat: la longueur moyenne des voitures augmente de 1,2 centimètre par année. Tandis qu'en 2000, une voiture mesurait en moyenne 4,09 mètres de long, elle atteignait 4,38 mètres en 2025. Même constat pour la largeur: les voitures sont passées de 1,69 à 1,82 mètre – soit une hausse d'un demi-centimètre par année. De même, la hauteur des capots a augmenté d’un demi-centimètre par an entre 2010 et 2025, pour atteindre désormais 84 centimètres.
Une évolution qui ne devrait pas épargner la Suisse. En effet, les acheteurs s'orientent de plus en plus vers les SUV. Leur part a grimpé à pas moins de 58% l’année dernière, selon une enquête de Comparis. Une évolution fulgurante, cette part n'atteignant même pas les 30% (28%) en 2015.
Jusqu’à 14% de places en moins
«Si cette évolution continue, la longueur moyenne d’une voiture neuve atteindra, selon les estimations, 4,56 mètres d’ici 2040», estiment les auteurs de l’étude, qui mettent en garde contre les conséquences de cette évolution.
Si la tendance se poursuit, les villes devront se préparer à perdre entre 8,5 et 14% de leurs places de stationnement. Dans le pire des cas, une place de stationnement sur sept disparaît, uniquement à cause de la taille des voitures.
L’organisation T&E s’inquiète des effets négatifs de cette évolution. Selon son étude, «les voitures plus longues et plus larges occupent davantage d’espace public». Elle craint que la suppression de places de stationnement n'entraîne la transformation d’autres espaces urbains en parkings, réduisant encore plus les espaces dédiés aux piétons, aux cyclistes et à la végétation.
L’organisation environnementale plaide pour un retour à une taille de voitures «raisonnable», avec une longueur moyenne de 4,24 mètres, comme en 2015. Elle est même favorable à des mesures politiques pour réguler la taille.
«Un engouement pour la taille»
«Il n’est pas surprenant que des voitures de plus en plus lourdes et hautes soient également plus longues. La Suisse affiche d’ores et déjà une part de SUV comparable à celle des Etats-Unis», déclare à Blick Brenda Tuosto, membre du comité directeur de l'ATE (Association transports et environnement) et conseillère nationale socialiste. Face à ces voitures «excessivement longues», elle relève un paradoxe: «Plus elles sont grandes, moins il est possible de les parquer dans l’espace public, car les autres véhicules surdimensionnés occupent déjà les places disponibles.»
Développer ce modèle de mobilité contribue, selon elle, à accroître la pression sur l’espace public et à accélérer l’urbanisation, un phénomène régulièrement critiqué par les milieux agricoles et la gauche. Il n'est donc pas surprenant que l'ATE milite pour des voitures plus petites.
Mais le problème va au-delà des places de parking. «Cette course à la taille des voitures est un très mauvais signal pour la sécurité routière», relève la Vaudoise. «Les enfants sont plus souvent ignorés face à des pare-chocs très hauts, et les distances de dépassement sont de plus en plus réduites», explique-t-elle. «Si cette tendance se poursuit, nous serons inévitablement confrontés à une augmentation du nombre de victimes de la route.»
Auto-Suisse a une autre vision
L'étude de T&E fait hérisser les poils de l’association des importateurs automobiles Auto-Suisse. «C’est une question secondaire», estime le porte-parole de l'organisation, Frank Keidel. «Les automobilistes souffrent déjà de la suppression massive de places de stationnement pour des raisons idéologiques, alors que la voiture reste le principal moyen de transport de la population.» Les commerces et les personnes à mobilité réduite seraient particulièrement affectés par la réduction du nombre de places de parc.
Pour Frank Keidel, réguler la taille des voitures n'est pas la solution et s'inscrit à l'encontre d'une approche libérale. «Le législateur ne détermine pas non plus la superficie de nos logements», justifie-t-il, estimant que c’est au consommateur de choisir, lors de l’achat, les dimensions de son véhicule.
Il affirme par ailleurs que toute voiture neuve est «plus sûre pour les cyclistes et les piétons qu’un véhicule d’occasion, même de petite taille», en raison des systèmes d’aide au freinage d’urgence et d’aide au recul, rendus obligatoires depuis 2024.