Les remontées mécaniques sont à l'arrêt depuis 16 ans. Les pylônes abandonnés se dressent vers le ciel, la station aval se dégrade peu à peu, et dans l'ancien restaurant, le crépi s'effrite sur les murs. L'ancienne station de ski du Super Saint-Bernard (VS) est devenue un véritable site fantôme.
Venus de toute la Suisse, les amateurs de lieux abandonnés se pressent pour venir admirer ce décor emblématique. L’ancien restaurant a notamment servi de décor à la série de la SRF «Tschugger».
En 2010, le domaine skiable situé près de Bourg-Saint-Pierre a fermé ses portes. La société des remontées mécaniques aurait dû investir quelque 25 millions de francs pour rénover les installations. Faute de moyens, le projet n'a jamais vu le jour. Depuis, les vestiges marquent le paysage.
A 2775 mètres d’altitude, les télécabines argentées de la station étaient encore alignées en rangs serrés plusieurs années après la fermeture. Aujourd’hui, une partie de cette station fantôme devrait disparaître. Le démontage du restaurant et de la station de départ pourrait débuter prochainement, rapporte le «Nouvelliste».
Une démolition à 3 millions
Pendant des années, la question de savoir qui devait financer la démolition des installations a fait l'objet de nombreuses discussions. Aujourd’hui, la commune veut passer à l’action. En collaboration avec un partenaire privé, elle prévoit de démolir la station aval dans un premier temps, puis l'ancien restaurant. C’est précisément ce restaurant abandonné qui suscite les inquiétudes. Malgré l'installation de barrières, des personnes y pénètrent régulièrement.
Selon le «Nouvelliste», le président de la commune, Gilbert Tornare, espère que les travaux de démolition seront achevés d'ici à l'été 2027. Coûts estimés: entre 300'000 et 400'000 francs. Mais le démantèlement complet de ce domaine skiable fantôme est estimé à trois millions de francs.
En 2022, l’Office fédéral des transports avait dans un premier temps demandé à la commune de Bourg-Saint-Pierre de procéder au démontage des installations. Elle a fait marche arrière par la suite et fait porter la responsabilité à l’ancienne société d’exploitation.
Un domaine unique
Super Saint-Bernard n’était pas un domaine skiable comme les autres. Ouvert en 1963, il se situait au-dessus de Bourg-Saint-Pierre (VS), à proximité de la frontière italienne. Le domaine était situé entre 2000 et 2800 mètres d’altitude, comptait 27 kilomètres de pistes et s’était surtout forgé une réputation auprès des amateurs du freeride. Une piste permettait même de franchir la frontière pour rejoindre l’Italie.
Grâce à son altitude, le domaine bénéficiait d'un enneigement généreux et de saisons relativement longues. Mais les vents violents posaient un sérieux problème: les remontées mécaniques devaient régulièrement être mises à l’arrêt. En 2010, l’autorisation d’exploitation a finalement été retirée.
50 stations de ski ont disparu
En Suisse, les stations de ski disparaissent les unes après les autres. Depuis le début des années 2000, 50 d'entre elles ont cessé leur activité, comme le montre une enquête de Blick. A noter que sont également considérées comme des stations de ski les remontées mécaniques de villages isolés, à condition qu’elles ne soient pas reliées à un domaine comprenant d’autres remonte-pentes, télécabines ou télésièges. L'enquête a révélé qu'au moins 49 de ces domaines ont cessé leur activité depuis le début du millénaire.
En un quart de siècle, la Suisse a ainsi perdu un domaine skiable sur six. Ce recul progressif des sports d’hiver s’explique par l’évolution des habitudes de loisirs de la population, mais aussi par les difficultés financières de nombreux domaines skiables.
Les exploitants sont confrontés à des coûts fixes toujours plus élevés, notamment parce qu'ils doivent investir davantage dans les installations d'enneigement artificiel. Les stations qui ne parviennent pas à accroître leurs recettes peuvent rapidement tomber dans le rouge. Dernièrement, la station de Braunwald (GL) a annoncé qu'elle ne préparerait plus ses pistes cette saison.