«J'ai les compétences»
Thomas Aeschi, poids lourd de l'UDC, vise à son tour le Conseil fédéral

Le chef du groupe parlementaire UDC Thomas Aeschi se lance dans la course à la succession de Guy Parmelin au Conseil fédéral. Le Zougois dit avoir pris le temps de consulter et se dit prêt à reprendre n’importe quel département, y compris le DFJP.
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«Ma priorité serait la politique intérieure», dit le conseiller national Thomas Aeschi.
Photo: Linda Käsbohrer
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Reza Rafi

Monsieur Aeschi, vous souvenez-vous du 9 décembre 2015?

Oui, très bien.

A l’époque, vous étiez candidat au Conseil fédéral.

J’ai marché de l’hôtel jusqu'au Palais fédéral. Bien sûr, j’étais un peu nerveux, mais c'était positif. C’était une expérience très intense d'être candidat, si jeune, à une élection au Conseil fédéral.

Vous aviez alors perdu face à Guy Parmelin, à qui il faut aujourd’hui trouver un successeur. Vous vous lancez donc une deuxième fois. Pourquoi?

La motivation est la même: la Suisse me tient beaucoup à cœur. Nous sommes certes un petit pays, mais très prospère. Nous devons préserver nos atouts. La Suisse est bien moins bureaucratique que l’UE. Nous avons des salaires plus élevés et des impôts plus bas. La France et l’Italie sont totalement surendettées, nous avons le frein à l’endettement. Nous voyons les problèmes chez nos voisins. Voulons-nous cela chez nous aussi? Je ne le pense pas.

Nous avons une démocratie unique. Nous avons plus de libertés. Chez nous, ce sont les citoyennes et citoyens qui décident – non pas une présidente de commission ou une cour de justice. Je suis favorable à de bonnes relations avec les pays voisins, mais la Suisse doit continuer à pouvoir décider elle-même de ce qui est bon pour elle. C’est pour cela que je m’engage.

Pourquoi avez-vous mis autant de temps à vous décider à vous porter candidat?

Se mettre à disposition du Conseil fédéral est une décision personnelle qu’on ne prend pas à la légère. L’UDC zougois m’a désigné au dernier jour du délai. Ce soutien me fait très plaisir. Je voulais prendre plus de temps pour réfléchir et discuter de cette décision calmement avec ma famille, mes amis, mais surtout aussi avec des membres du groupe et des représentants d’autres partis, avant de l’annoncer publiquement.

Les autres ont respecté le délai d’inscription. Votre attente n’était-elle pas une stratégie du parti pour vous amener au Conseil fédéral?

J'ai pris la décision moi-même. Bien sûr, l'avis des autres comptait aussi pour moi.

Avez-vous informé Christoph Blocher de votre candidature?

Non, je n'en ai pas parlé avec lui.

Etes-vous un partisan de la ligne dure à l'UDC?

Nous avons différents partis en Suisse, et chacun aimerait imposer sa politique. Mais ce n'est pas possible. Il faut imaginer le processus politique comme une grande toile: à chaque coin, il y a des personnes différentes, et chacune essaie de tirer la toile dans sa direction. Même l'UDC sait qu'elle ne peut pas faire passer toutes ses revendications telles quelles. Mais notre combat constant pour une Suisse meilleure, contre les abus en matière d'asile, pour moins d'immigration et contre la hausse continue des impôts et des taxes en vaut la peine, car cela fait avancer la Suisse un peu plus dans notre direction.

En tant que chef de groupe, vous êtes l'une des figures clivantes de votre parti. Cela pourrait devenir un handicap pour vous le jour de l'élection.

Chaque membre de l'Assemblée fédérale va se poser la même question: de quelles compétences et de quelles qualités notre gouvernement a-t-il besoin? Qui saura s'intégrer dans ce collège qu'est le Conseil fédéral? De mon côté, je pense avoir prouvé que je participe activement à la réflexion, que j'apporte mes propres idées et que je sais me battre pour elles, tout en étant capable de soutenir des compromis. Le projet de financement de l'armée, qui sera débattu dès la première semaine de la session d'hiver, en est un excellent exemple. En coulisses, l'UDC s'est investie d'arrache-pied pour forger un compromis bourgeois.

Des collègues du Conseil national, y compris dans les autres partis, vous reconnaissent une grande maîtrise des dossiers. D'autres voix estiment en revanche que vous avez une vision en silo: vous seriez focalisé sur un problème à régler coûte que coûte, sans vous soucier des dégâts collatéraux.

Je dirige depuis des années le plus grand groupe parlementaire au Palais fédéral et je me prépare minutieusement aux séances. Je consulte régulièrement nos représentants en commission. Nous élaborons ensemble les prises de position. Justement parce que, en tant que président de groupe, j'interviens sur plusieurs dossiers, je vois les liens entre eux. Cela permet aussi de trouver des compromis entre différents dossiers.

Qu'en est-il de votre capacité à encaisser la contradiction? En septembre, lors d'un débat sur l'Europe dans une école cantonale, vous avez simplement quitté la scène, comme l'a rapporté l'«Aargauer Zeitung».

J'étais vraiment très heureux d'avoir été invité à échanger avec ces élèves. Malheureusement, j'ai très vite dû constater que la modératrice n'avait aucune réelle volonté de mener un débat. Fort heureusement, cela reste un incident isolé.

En savoir plus sur Thomas Aeschi

Thomas Aeschi siège depuis 2011 au Conseil national pour l'UDC zougoise et dirige depuis 2017 le groupe parlementaire de son parti au Palais fédéral. Ce consultant en gestion a étudié à l'Université de Saint-Gall et à l'Université de Harvard aux Eats-Unis. Il vit à Baar (ZG), il est marié et père d'une fille.

Thomas Aeschi siège depuis 2011 au Conseil national pour l'UDC zougoise et dirige depuis 2017 le groupe parlementaire de son parti au Palais fédéral. Ce consultant en gestion a étudié à l'Université de Saint-Gall et à l'Université de Harvard aux Eats-Unis. Il vit à Baar (ZG), il est marié et père d'une fille.

La candidature de votre collègue Céline Amaudruz a soulevé un débat : peut-on concilier un poste de conseiller fédéral avec des enfants en bas âge? Vous êtes vous-même père d'une petite fille. Avez-vous discuté à la maison de la manière d'allier ce mandat et votre rôle de père?

Bien sûr. C'est évidemment un sujet, et il faut une bonne organisation. Mais il ne faut pas oublier qu'il y a beaucoup d'autres mères et pères qui travaillent, ont d'autres obligations et doivent veiller à ce qu'il y ait assez d'argent à la fin du mois. Nous, en tant que politiciens, n'avons pas à nous plaindre. La fonction de conseiller fédéral est certes exigeante. Mais c'est aussi le cas dans d'autres professions.

Le candidat jurassien bernois Pierre Alain Schnegg a 63 ans. Il considère cela comme un avantage et met en avant son expérience. Vous avez 47 ans. Cette expérience vous fait-elle défaut?

J'apporte ma formation, qui comprend deux années à Harvard. S'y ajoute mon expérience de longue date comme consultant en entreprise pour une société internationale. J'ai appris à analyser des problèmes très variés et à élaborer des solutions. Mais ce qui m'a le plus marqué, ce sont certainement les quinze dernières années comme conseiller national et mes neuf années comme président de groupe.

Je suis convaincu d'avoir acquis les compétences nécessaires pour cette fonction gouvernementale. Que le Parlement préfère élire un candidat plus âgé ou quelqu'un d'âge moyen au gouvernement, c'est à l'Assemblée fédérale unie d'en décider.

Vos concurrents Franz Ruppen, Jean-Pierre Gallati et Pierre Alain Schnegg ont une expérience dans un exécutif. Ce n'est pas votre cas.

Guy Parmelin et Albert Rösti sont de bons exemples de personnes qui n'étaient pas auparavant conseillers d'Etat et qui font un excellent travail pour la Suisse au Conseil fédéral. Je me sens capable de faire ce passage du législatif à l'exécutif.

La semaine dernière, vous étiez à Pékin avec une délégation de haut rang. Vous posiez en homme d'Etat aux côtés du président Xi Jinping.

Si je devais être élu au Conseil fédéral, ma priorité serait clairement la politique intérieure. La Suisse fait face à de très grands défis. Dès qu'un nouveau membre du Conseil fédéral prend la tête de son département, il doit d'abord examiner les défis et les problématiques. Mais de cette visite en Chine, j'ai surtout retenu à quel point il est important pour la Suisse d'entretenir de bonnes relations d'égal à égal avec tous les pays. Cela inclut les accords de libre-échange et de partenariat économique que Guy Parmelin a conclus avec succès ces dernières années.

Vous insistez sur la politique intérieure – une allusion au Département de la justice (DFJP)? Le chef Beat Jans est fortement critiqué, certains disent qu'il voudrait changer pour le département de l'Economie qui va se libérer.

En tant que nouveau membre du Conseil fédéral, on est ouvert à chaque département. Bien sûr, les problèmes dans le domaine de l’asile et de la migration restent très importants. De nombreux cantons se plaignent que ces problèmes ne sont pas abordés. Il y a beaucoup à faire au Département de justice.

L’UDC serait donc prête à reprendre le DFJP avec vous?

Bien sûr. Mais je serais heureux dans n’importe quel département.

Même celui du DDPS de votre collègue zougois Martin Pfister?

Bien sûr. En tant qu’ancien premier-lieutenant, le département de la Défense me tient aussi à cœur.

Où voyez-vous les plus grands défis pour le gouvernement fédéral?

L’essentiel est que nous entretenions de bonnes relations avec tous les pays tout en préservant notre souveraineté et la liberté d’action nécessaire. La protection de la démocratie directe me tient également beaucoup à cœur. Chez nous, c’est le peuple qui est souverain. Nous devons aussi prendre soin de notre fédéralisme.

Donc, tous des sujets liés à la politique européenne. En tant que chef du DFJP, vous seriez membre du comité européen du gouvernement.

Cette semaine, nous avons justement tenu une séance de la commission de politique extérieure consacrée au paquet d'accords avec l'UE. C'est un traité monstrueux: si l'on inclut tous les renvois, le document fait plus de 20'000 pages. C'est la conséquence directe de la surréglementation européenne. De nombreux représentants des autres partis réalisent eux aussi à quel point l'accord sur l'électricité, pour ne citer que lui, est problématique.

Imaginez si l'UE se mettait soudainement à décider de notre production électrique, de nos réserves ou du rôle des cantons en tant que propriétaires des centrales. C'est exactement pour cette raison que cet accord a été repoussé. Et ils ont procédé de la même manière avec les accords sur la santé et la sécurité alimentaire. Je trouve cette façon de faire malhonnête.

Malhonnête?

On ne veut pas dire toute la vérité au peuple suisse. Il s'agit pourtant d'une question de principe importante: qui décide en Suisse? Nous ou la Commission européenne et la Cour de justice de l'UE?

Le débat sur la souveraineté est légitime. Cependant, vous venez de Zoug, un canton fortement mondialisé. Un conseiller fédéral Aeschi aurait-il aussi un regard pour les régions du pays moins favorisées, comme le Jura ou les régions de montagne?

Il faut les deux voix au Conseil fédéral. Je crois avoir montré en 15 ans comme conseiller national que je recherche l’équilibre. Bien sûr, il faut des centres économiques forts qui puissent prospérer. Mais il y a aussi des régions rurales et de montagne qui dépendent du soutien de la Confédération.

Si vous êtes sur le ticket le 20 novembre, les auditions suivront. Quel groupe parlementaire redoutez-vous le plus d'affronter?

Les auditions de groupe sont très différentes. En tant que personne curieuse, je me réjouis d’échanger avec les cinq autres groupes parlementaires du Palais fédéral.

Que signifierait pour votre carrière politique le fait de ne pas être élu une nouvelle fois le 9 décembre?

C’est la démocratie. J’exerce avec beaucoup de plaisir ma fonction de président du groupe UDC. Nous avons beaucoup à faire pour la Suisse. Nous devons d’abord veiller à notre propre population. C’est pour cela que je veux continuer à m’engager au Conseil national.

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