Comme tous les agriculteurs, Markus Ritter espère voir la pluie tomber. Dans une interview accordée à CH Media, le président de l'Union suisse des paysans compare la situation à l'été record de 1947. A l'époque, des dizaines de milliers de vaches supplémentaires avaient dû être abattues. Aujourd’hui encore, les chiffres d’abattage sont exceptionnellement élevés: «Au cours des deux derniers mois, 7000 vaches de plus ont déjà été abattues par rapport à l’année dernière.» Markus Ritter affirme n’avoir jamais connu une telle sécheresse. Et cela ne devrait pas s’arrêter là.
La sécheresse affecte durement des cultures telles que la pomme de terre et la betterave sucrière. Celles-ci ne poussent pratiquement plus. Markus Ritter, qui siège également au Conseil national, s’attend à des dégâts plus importants pour l’agriculture que lors de la canicule de 2003. A l’époque, l’Union suisse des paysans avait chiffré les pertes à 500 millions de francs.
Hausse des prix attendue
Cela devrait avoir des répercussions sur notre quotidien. Markus Ritter prépare les consommateurs à une hausse des prix au supermarché, notamment pour les pommes de terre. «Chaque fois que les quantités disponibles en Suisse et à l’étranger diminuent sensiblement, il y a des ajustements de prix», explique le député du Centre. Le numéro un de l’agriculture suisse espère que les détaillants feront preuve de souplesse en matière d’exigences de qualité. Et que, cette année, des pommes de terre plus petites que d’habitude trouveront leur place au rayon des légumes.
Markus Ritter précise toutefois que les agriculteurs ne tireraient aucun profit de la hausse des prix des denrées alimentaires. Les détaillants auraient signalé qu’ils étaient prêts à prendre en compte certains coûts supplémentaires liés à la sécheresse. Des négociations sont attendues. «Si un maraîcher enregistre un tiers de rendement en moins et que les prix à la production augmentent de 10%, il lui restera tout de même nettement moins au final», précise Markus Ritter.
Le Conseil fédéral pointé du doigt
Pourtant, Markus Ritter met en garde contre toute réaction de panique. Contrairement à d’autres agriculteurs, il s’oppose à la proclamation d’un état d’urgence. Il en va de même pour les demandes visant à ce que les agriculteurs réduisent leurs cheptels afin de lutter contre le changement climatique: «Si les consommateurs veulent davantage d’aliments d’origine végétale, nous, les agriculteurs, serons les premiers à suivre le mouvement.» Mais le fait est que les gens aiment aussi manger du poulet ou du porc.
Markus Ritter reconnaît toutefois que des mesures contre le changement climatique sont nécessaires, notamment dans les domaines du bâtiment et des transports. Il estime néanmoins que le comportement de la population n’est pas toujours cohérent avec ces ambitions. «Le souci pour le climat ne peut pas être si grand que ça», lance-t-il, en référence au nombre de personnes qui continuent à prendre régulièrement l’avion. Selon lui, un voyage en avion suffit à réduire à néant les efforts réalisés ailleurs pour limiter son empreinte écologique.
Markus Ritter en profite également pour s’en prendre au Conseil fédéral: «Prenez ces personnes qui ont prononcé cinq discours le 1er août et se sont déplacées en hélicoptère. Quel exemple donnent-elles en pleine période de sécheresse?»