En Iran, le régime des mollahs débranche son pays d’internet lorsque les soulèvements populaires se font trop menaçants. Une méthode que les régimes autoritaires appliquent aux quatre coins du monde pour contrôler l’information, réprimer et isoler la dissidence.
Pour Jean Tschopp, conseiller national socialiste vaudois, la Suisse doit s’y opposer activement en mettant en place des mesures ciblées, annonce-t-il en exclusivité à Blick. L’élu dépose une motion en ce sens, ce vendredi 20 mars, à Berne. Interview.
Jean Tschopp, que demande concrètement votre motion?
Mon texte demande deux choses face au black-out qu’imposent plusieurs autocrates: d’abord, combattre ces coupures d’internet, ces répressions numériques contre les populations, par des mesures ciblées. Puis, deuxièmement, établir des canaux d’information indépendants à destination des populations concernées.
A quelles mesures ciblées pensez-vous?
Par exemple, mettre en place un accès à internet via un VPN (ndlr: un système qui permet une activité en ligne privée et sécurisée, en isolant et en cryptant les données) et faciliter l’accès à des canaux d'information indépendants afin de contourner les brouilleurs mis en place par certains régimes, comme en Iran.
Contourner les brouilleurs, c’est technologiquement possible? L’Iran a réussi à bloquer les satellites Starlink d’Elon Musk.
Absolument. Elon Musk, plus grande fortune au monde, agit opportunément pour servir ses intérêts et se retire quand il n’a plus rien à tirer de la situation. Nous avons besoin d’un système davantage organisé. Le Conseil fédéral assume actuellement la présidence de la Freedom Online Coalition, une organisation composée de 41 gouvernements qui promeut un monde fondé sur des règles, démocratiques et inclusives, où les droits humains et les libertés fondamentales en ligne sont respectés. C’est très bien. Mais il est temps de passer de la parole aux actes.
Désirez-vous que la Suisse, l’Union européenne et ses partenaires se substituent à Elon Musk et développent leur propre technologie pour intervenir en Iran?
Oui. Nous parlons de l’Iran mais il y a également d’autres pays qui sont concernés. Nous pouvons également citer la Russie qui est considérée comme l’un des espaces numériques les plus fermés au monde. L’accès à l’information et à la communication, en particulier en temps de guerre, est essentiel. Nous devons en faire une priorité.
En matière technologique, l’Union européenne et la Suisse ont constamment un, voire deux, trains de retard. N’est-ce pas un vœu pieux que d’imaginer que nous pourrons rivaliser sur ce terrain-là avec les autocrates?
Je ne pense pas, à condition d’y mettre les moyens nécessaires. Nous nous trouvons vraiment dans une guerre de la désinformation. Les brouillages que nous évoquons posent toute une série de problèmes, y compris aux journalistes. Cela empêche le travail de vérification, d’observation et de documentation. Mais cela touche aussi l’entier de la société civile. J’échangeais il y a peu avec une Iranienne installée en Suisse qui me disait que cela faisait plusieurs semaines qu’elle ne pouvait plus joindre ses parents. La Confédération doit agir.
Les mesures que vous mentionnez sont-elles compatibles avec notre neutralité?
Oui. Dans le mandat constitutionnel d’action de la Suisse en matière de politique étrangère, on trouve la promotion de la démocratie et le soulagement des populations dans le besoin. A mes yeux, c’est absolument central.
Pourquoi vouloir mettre en place une organisation interétatique qui risque de se transformer en usine à gaz plutôt que de collaborer avec des privés qui possèdent le savoir et les moyens dont vous parlez?
Le problème principal avec la big tech, c’est la concentration du pouvoir. Elon Musk peut renverser la table sur un coup de tête. Si nous voulons ancrer l’accès à l’information et à la communication pour les populations, il faut que cela soit basé sur des éléments objectivables et pas uniquement sur les désidératas d’un oligarque comme Elon Musk.