A 30 ans, Dominique Sellin est une infirmière de bloc opératoire pétillante qui partage sur les réseaux sociaux des anecdotes tirées de son quotidien professionnel. Dans l'une de ses vidéos récentes, elle dresse par exemple la liste des objets que certaines personnes ont tenté d'introduire dans leur rectum. L'inventaire a de quoi surprendre. «Boules de billard, haltères, petites voitures… logique, à sens unique», énumère-t-elle avec humour. La publication a récolté plus de 18'000 likes.
Mais sa présence sur les réseaux sociaux est en réalité née d'un tragique concours de circonstances. A l'âge de 27 ans, elle a reçu un diagnostic qui a bouleversé son existence: une sclérose en plaques, une maladie auto-immune incurable qui touche le système nerveux. «Ma vie a complètement basculé», confie Dominique Sellin à Blick.
Un séjour à l'hôpital au lieu d'une fête d’anniversaire
Cette Bernoise a entamé sa formation de technicienne de bloc opératoire à l'âge de 20 ans. «Je travaillais dans des hôpitaux où il y avait généralement une pénurie de personnel», raconte-t-elle. Les longues journées et les horaires irréguliers faisaient partie du quotidien.
En repensant à la période précédant son diagnostic, elle se souvient: «J'avais constamment une sensation d'oppression dans la poitrine et j'étais souvent épuisée. Mais comme toute l'équipe ressentait la même chose, je n'y ai pas trop prêté attention.»
Puis arrive le 2 décembre 2023. Dominique Sellin fête alors ses 27 ans lorsqu'elle ressent soudain un engourdissement sur le côté droit du visage. Elle se rend à l'hôpital de l'Ile à Berne pour décrire ses symptômes aux médecins. «Je pensais qu'il s'agissait simplement d'un contrôle rapide et que je pourrais rentrer chez moi, où mon gâteau d'anniversaire m'attendait encore», confie-t-elle. Mais au lieu de cela, elle doit passer une IRM. «C'est seulement à ce moment-là que j'ai réalisé la gravité de la situation.»
Maladie incurable
L'IRM révèle une inflammation active au niveau du cerveau et les médecins privilégient alors la piste d'une maladie auto-immune. Dominique Sellin se souvient: «J'étais allongée à l'hôpital et je voulais rédiger mon testament... alors que je n'avais même pas encore vraiment vécu. Je n'avais fait que travailler.»
Trois jours plus tard, les médecins émettent une terrible hypothèse: il pourrait s'agir d'une sclérose en plaques. La Bernoise reste hospitalisée deux jours supplémentaires afin de terminer un traitement à la cortisone destiné à éviter des séquelles permanentes liées à la paralysie faciale.
A peine sortie de la clinique, elle contacte un psychologue. «Je le savais: je ne pouvais pas m'en sortir seule. J'ai commencé à accepter la mort.» Deux mois plus tard, le verdict définitif tombe et confirme les craintes des médecins: il s'agit bien d'une sclérose en plaques.
Malgré cette prise en charge psychologique rapide, l'infirmière de bloc opératoire sombre dans une profonde dépression. Pendant des mois, elle souffre d'anxiété et d'épisodes dépressifs sévères. «Je me demandais sans cesse: pourquoi moi?» Son état psychique se détériore encore: Dominique Sellin est victime de crises d'épilepsie.
Un nouveau départ
Au plus bas, la jeune Bernoise finit par prendre une décision qui marque un tournant dans sa vie: «Soit tu attends misérablement la mort ici, soit tu fais quelque chose de ta vie.»
Elle réduit alors fortement son temps de travail comme infirmière de bloc opératoire et se réoriente vers le secteur informatique, un domaine qui lui permet de travailler depuis chez elle. «Je peux maintenant travailler d'où je veux, tout en préservant mon équilibre vie professionnelle/vie privée», explique-t-elle. Cette nouvelle activité lui offre également la possibilité de faire chaque mois des allers-retours entre la Suisse et l'Espagne, où elle et son mari ont acheté une maison.
Six mois après son diagnostic, un nouvel ami fait son entrée dans sa vie: Taco, un labrador chocolat. «Il me donne de l'énergie, mais il est aussi mon point d'ancrage», confie Dominique Sellin.
Le chemin de la résilience
Depuis mai 2024, Dominique Sellin raconte son quotidien avec la maladie sur les réseaux sociaux, avec l'objectif d'informer et de soutenir d'autres personnes concernées. Au fil du temps, elle a toutefois changé d'approche: «Au début, je parlais de ma sclérose en plaques de manière très sérieuse et triste sur une chaîne, jusqu'à ce que je réalise: je suis pleine de vie et d'humour, et c'est ainsi que je veux me présenter.»
En février, elle a donc relancé sa présence sur les réseaux sociaux avec une nouvelle chaîne, «nikki.undso». Elle y évoque sa sclérose en plaques tout en partageant des anecdotes marquantes de son quotidien au bloc opératoire. Des publications légères mais qui invitent à la réflexion.
Dominique Sellin en tire aujourd'hui cette conclusion: «Ce diagnostic m'a fait prendre conscience de ce qui est important pour moi. C'est à ce moment-là que j'ai commencé à vivre pleinement ma vie.»