«C'est la catastrophe!»
Face à la sécheresse, les agriculteurs suisses lancent des appels à l’aide

Les agriculteurs suisses tirent la sonnette d’alarme. La sécheresse assèche les pâturages et raréfie le fourrage. Sur les réseaux sociaux, ils sont toujours plus nombreux à chercher des terres pour nourrir leur bétail, faute de moyens.
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Ces vaches de Bâle n'ont pratiquement plus rien à manger dans leur pâturage.
Photo: DR
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Patrik Berger

La chaleur et la sécheresse maintiennent la Suisse sous pression. La quatrième vague de chaleur de l’été frappe le pays et complique fortement le travail des agriculteurs. Les pâturages où paissent leurs vaches sont desséchés, et le phénomène ne touche plus seulement le Plateau. Sur les réseaux sociaux et les plateformes agricoles spécialisées, les appels d’agriculteurs désespérés à la recherche de pâturages pour leurs animaux se multiplient.

Dans le Jura-Nord vaudois, la situation inquiète les agriculteurs de la région. «Mes bêtes souffrent du chaud et du manque d'herbe à pâturer sur les alpages», confie Yves Siegenthaler qui tient une exploitation agricole à Vallorbe. Même avec son troupeau à l'alpage, il va déjà devoir commencer à fourrager les stocks prévus pour cet hiver. «C'est pas bon car si je dois en acheter, les prix seront à la hausse. Je commence donc à vendre des bêtes bien plus tôt que prévu», ajoute-t-il en espérant chaque jour que la pluie tombe et lui permette de combler le manque pour l'hiver sans puiser dans ses stocks. «Je suis très tendu et tout le monde est dans le même cas de figure par ici.»

«C'est la catastrophe»

Même son de cloche dans la Broye, du côté de Payerne. Des champs brûlés par le soleil, jaunis, assoiffés. «Mes champs d’herbe sont de la même couleur que les champs de blé!» s'écrie Fabian Ney, propriétaire d'un domaine agricole à Vers-chez-Perrin. «Je ne regarde même plus. C’est la catastrophe!» S'il déplore un manque de pluie criant depuis le mois de mai, même un épisode humide ne pourrait pas sauver certaines cultures. Pour le maïs, les betteraves et les pommes de terre, il est déjà trop tard. 

Son seul espoir: l'herbe. «J'ai un tiers du fourrage annuel pour l'instant. S'il pleut, on pourra faucher peut-être fin septembre. Dès qu'on sera certain qu'il pleuve et que les températures baissent, je sèmerai de l'herbe pour l'automne. Mais les normes gouvernementales nous bloquent au niveau des dates et du travail du sol», annonce le Vaudois qui a installé deux énormes ventilateurs pour ses vaches alors qu'il en attend 20 nouvelles. «Je repousse au maximum pour ne pas avoir à les nourrir moi-même.»

Solidarité dans le milieu

Joel Allenbach, originaire de Frutigen, dans le canton de Berne, a lancé un appel sur Facebook afin de trouver un pâturage ou un alpage pour les bovins des parents de sa petite amie. Ces derniers possèdent une ferme dans le canton de Bâle-Campagne. Les photos transmises à Blick témoignent de l’ampleur des dégâts. Les pâturages sont entièrement brûlés et ne produisent plus rien. L’herbe est desséchée jusqu’aux racines, tandis qu’aucune pluie durable ne se profile.

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La grande solidarité des agriculteurs m’a profondément impressionné
Joel Allenbach, éleveur de Frutigen
»

Joel Allenbach s’est donc tourné vers les agriculteurs de l’Oberland bernois. Mais là aussi, la situation est critique. «Les prairies sont encore vertes, mais l’herbe ne pousse plus», explique-t-il. Certains agriculteurs auraient même déjà commencé à redescendre leurs animaux des alpages.

Son appel a toutefois suscité un vaste élan de solidarité. Plus de 30 agriculteurs de tout le pays, du Valais à Lucerne, se sont manifestés. L’histoire connaît ainsi une issue heureuse: les animaux ont été conduits dans le canton de Berne, où ils peuvent de nouveau brouter de l’herbe fraîche. «La grande solidarité des agriculteurs m’a profondément impressionné», se réjouit Joel Allenbach.

Des dizaines d’appels similaires montrent à quel point la situation est préoccupante. «En raison de la sécheresse, je recherche des balles d’ensilage d’herbe pour mes vaches allaitantes. De préférence bio, mais les conventionnelles conviennent aussi», écrit une agricultrice de Langenbruck, dans le canton de Bâle-Campagne.

Un agriculteur du Plateau bernois cherche de son côté un alpage pouvant accueillir cinq bovins bio durant quelques semaines. Dans le canton d’Argovie, une éleveuse tente de trouver un nouvel endroit pour ses moutons à nez noir. «Je n’aurai bientôt plus de pâturages. Quelqu’un aurait-il encore de la place pour mes 15 moutons à nez noir?», demande-t-elle.

«La situation est très tendue»

«Il fait très sec partout, même si la situation n’est pas aussi grave dans toutes les régions», explique Sandra Helfenstein, de l’Union suisse des paysans, à Blick. «La situation est particulièrement difficile dans l’arc jurassien.» Cette vulnérabilité s’explique notamment par la nature légère et calcaire des sols. «C’est également dans cette région qu’il a le moins plu», ajoute Sandra Helfenstein.

En Suisse centrale et orientale, la végétation reste encore un peu plus verte. «Mais là non plus, il ne pousse plus grand-chose», précise-t-elle. Seules certaines régions ont bénéficié d’un répit grâce à de violents orages localisés.

Partout en Suisse, le constat est donc similaire. Le fourrage se fait rare. «Beaucoup tentent désormais de s’en procurer en Suisse et à l’étranger», explique Sandra Helfenstein. L’opération est cependant difficile, puisque toute l’Europe subit les conséquences de la chaleur et de la sécheresse. Les prix sont également élevés. «La situation en Suisse est très tendue», conclut Sandra Helfenstein.

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