«Rösti est à côté de la plaque»
Face aux incendies en France, Roger Golay presse la Suisse d'agrandir sa flotte

La Suisse pourrait-elle faire face à un incendie majeur? Le conseiller national genevois Roger Golay critique les moyens actuels et presse le Conseil fédéral d’investir dans une flotte aérienne permanente pour éviter une catastrophe.
1/6
Les avions Dash 8 peuvent transporter jusqu'à 10'000 litres d'eau.
Photo: KEYSTONE

En bref

Généré par l’IA, vérifié par la rédaction
  • La Suisse a envoyé du renfort en France pour aider à combattre les incendies massifs. Le colonel Nicolas Schumacher avertit qu’un incendie d’envergure en Suisse n’est qu’une question de temps.
  • Le conseiller national genevois Roger Golay appelle à la création d'une capacité nationale permanente pour lutter contre les incendies, incluant potentiellement l'achat d'avions Dash 8.
  • La Suisse dispose de 26 hélicoptères Super Puma pouvant transporter 2500 litres d’eau et 20 EC635 avec une capacité de 400 litres, mais seulement une partie est opérationnelle à tout moment.
Blick_Lucie_Fehlbaum.png
Lucie FehlbaumCheffe de la rédaction Actualité de Blick Romandie

Alors que les incendies ravagent une partie de la France, la Suisse a les yeux rivés sur son voisin. De vastes feux ont provoqué l’évacuation de centaines de milliers de personnes et mobilisent d’importants moyens de secours. L’Espagne est elle aussi confrontée à des sinistres majeurs. Face à l’ampleur de la catastrophe, la Suisse a envoyé trois hélicoptères Super Puma de l’armée et des spécialistes en Corse afin d’épauler les secours français. Samedi, 34 sapeurs-pompiers romands ont également quitté Genève en direction de Bordeaux.

A la tête de ce détachement, le colonel Nicolas Schumacher a décrit au micro de la RTS un incendie hors norme. Pour lui, ce que vit actuellement la France doit servir d’avertissement. «Nous devons nous préparer parce qu’un incendie hors norme dans la végétation et les forêts suisses, ce n’est malheureusement qu’une question de temps», affirme-t-il.

Situation intenable pour la Suisse

Mais de quel matériel la Suisse dispose-t-elle pour se protéger? Pas grand-chose, hormis les Super Puma de l’armée et les plus petits hélicoptères EC635. Une situation que le conseiller national genevois Roger Golay juge désormais intenable.

Un hélicoptère Super Puma.
Photo: KEYSTONE

Dans une motion qu’il présente en primeur à Blick, l’élu du Mouvement citoyen genevois (MCG) demande au Conseil fédéral de créer une «capacité nationale permanente de lutte aérienne» contre les incendies de forêts, de champs et d’autres surfaces végétalisées. Les appareils devraient pouvoir être engagés rapidement dans tout le pays, en appui des cantons.

«Nos hélicoptères ne vont pas suffire»

L’armée suisse possède 26 hélicoptères Super Puma et Cougar, capables de transporter environ 2500 litres d’eau chacun. Mais ce chiffre ne correspond pas au nombre d’appareils réellement mobilisables à tout moment. Deux se trouvent actuellement au Kosovo, nous indique le député, et il faut encore tenir compte des opérations de maintenance, des pannes ainsi que des appareils employés pour l’instruction. 

Un hélicoptère EC635.
Photo: KEYSTONE

L’armée dispose également de 20 hélicoptères EC635, qui peuvent participer à la lutte contre les flammes, mais avec une capacité nettement plus réduite, d’environ 400 litres d’eau.

«Ça va pour les petits foyers d’incendie. Mais ils ne sont pas tous disponibles en même temps et il faut encore disposer des équipages», relève Roger Golay. Des entreprises privées comme Air-Glaciers ou Air Zermatt peuvent aussi être engagées rapidement, mais essentiellement pour intervenir sur des départs de feu.

Efficaces jusqu'à quel point?

Ces moyens ont déjà fait leurs preuves. Lors des incendies survenus au Tessin et dans les Grisons entre décembre 2016 et janvier 2017, l’armée avait mobilisé sept Super Puma, qui avaient largué au total 2400 tonnes d’eau. Les différents rapports consacrés à ces opérations concluent que les hélicoptères restent les appareils les plus adaptés au relief montagneux suisse.

Mais pour Roger Golay, cette efficacité ne suffit pas à écarter le risque d’être dépassé par un méga sinistre. «La surface de nos forêts est gigantesque, même en altitude. Nous ne sommes pas à l’abri d’un événement de grande ampleur. Un seul avion Dash équivaut à quatre Super Puma. Tous ces appareils sont complémentaires.»

Des avions Dash pour la Suisse

Un avion Dash 8 en plein largage de retardant de flammes. Un seul de ces avions équivaut à quatre Super Puma.
Photo: KEYSTONE

L’élu estime notamment pertinent d’étudier l’acquisition d’avions de type Dash 8, capables de décoller depuis des aérodromes classiques. Contrairement aux Canadair, qui doivent écoper sur un lac ou en mer, ces appareils sont remplis au sol. La France en possède déjà huit, en complément de ses douze Canadair et de plusieurs avions et hélicoptères plus légers.

«Nos hélicoptères ne vont pas suffire, c’est une question de bon sens, craint l'élu et ancien gendarme. Nous ne pouvons pas continuer à compter sur les autres 'au cas où'. Il semble évident, avec la sécheresse, qu’un incendie similaire à ce que vit la France va arriver chez nous, avertit le conseiller national. Il y aura toujours une solidarité européenne, mais encore faut-il que les autres soient libres pour venir nous aider.»

Le risque, selon lui, est que la Suisse se retrouve privée de renforts au moment où elle en aurait le plus besoin. Lorsque plusieurs pays européens affrontent simultanément des incendies majeurs, chacun mobilise en priorité ses appareils sur son propre territoire.

Des avions utiles toute l’année

L’intérêt des Dash résiderait aussi dans leur polyvalence. Une fois leur dispositif de largage retiré ou adapté, ils peuvent transporter des passagers, du matériel ou du fret, mais aussi participer à des évacuations sanitaires et à des opérations de secours. Ils ne resteraient donc pas cloués au sol en dehors de la saison des incendies.

Dans sa motion, Roger Golay demande ainsi que les moyens retenus pour augmenter la flotte anti-incendie suisse puissent également servir à des missions de transport, de protection de la population ou d’aide en cas de catastrophe, en Suisse comme à l’étranger. «Acheter ces avions, ce n’est pas un mauvais calcul. On a suffisamment de moyens pour se permettre d’avoir du matériel efficace afin de se protéger en cas de crise majeure. Ce n’est pas un luxe», affirme-t-il.

Procédure actuelle jugée trop lente

Le conseiller national critique également le système actuel d’engagement des moyens de l’armée. Lorsqu’un canton estime avoir besoin d’un appui militaire, il doit pour l’heure s’adresser au divisionnaire territorial compétent, qui transmet ensuite la demande au Conseil fédéral.

A Genève, Le Centre veut une flotte anti-incendie romande

A Genève, Le Centre défend une piste différente, davantage régionale que nationale, rapporte «20 minutes». Dans une motion déposée au Grand Conseil, le parti demande au Conseil d’Etat de réunir les cantons romands, la Confédération et les autorités françaises autour d’un projet commun de capacité aérienne permanente contre les feux de forêt. L’objectif serait de disposer d’appareils mobilisables rapidement de part et d’autre de la frontière, plutôt que de continuer à dépendre de moyens privés, militaires ou étrangers dont la disponibilité n’est jamais garantie.

A Genève, Le Centre défend une piste différente, davantage régionale que nationale, rapporte «20 minutes». Dans une motion déposée au Grand Conseil, le parti demande au Conseil d’Etat de réunir les cantons romands, la Confédération et les autorités françaises autour d’un projet commun de capacité aérienne permanente contre les feux de forêt. L’objectif serait de disposer d’appareils mobilisables rapidement de part et d’autre de la frontière, plutôt que de continuer à dépendre de moyens privés, militaires ou étrangers dont la disponibilité n’est jamais garantie.

«Je demande à ce qu’on ait les moyens nécessaires, disponibles en permanence. Aujourd’hui, on est peut-être sur un délai de 24 ou 48 heures», estime Roger Golay.

Un délai potentiellement problématique face à un feu qui se propage rapidement. L’élu souhaite désormais que les capacités suisses et la procédure de mobilisation soient examinées en profondeur. «L’expérience des pompiers romands partis en France sera intéressante. Il faut maintenant que le Conseil fédéral fasse un rapport.»

Albert Rösti «à côté de la plaque»

Roger Golay se montre particulièrement sévère envers la position défendue depuis 2023 par Albert Rösti. Le ministre de l’Environnement et des Transports estime que les moyens actuels, principalement les hélicoptères, sont suffisants. Pour le député genevois, le conseiller fédéral est «à côté de la plaque».

«Ces gens sont devenus des comptables, regrette le député MCG. Il y a urgence, mais on calcule et ne dépense pas. Le taux d’endettement de la Suisse est extrêmement bas et on n’investit pas. Le jour où l’on sera mis devant le fait accompli, que fera-t-on? On doit anticiper les dangers», martèle l’ancien gendarme.

Une réponse cet hiver

Il compare cette future capacité aérienne à un corps de garde. «Il n’est pas mobilisé, la plupart du temps, mais devient essentiel lorsque le besoin se présente», illustre-t-il. Pour l’élu, la Suisse doit donc accepter de financer des moyens qui ne seront pas utilisés quotidiennement, mais qui pourraient devenir décisifs lors d’une crise majeure.

Roger Golay déposera sa motion dès que la cloche de la session parlementaire de septembre retentira sous la coupole. La réponse devrait donc arriver cet hiver.

Articles les plus lus