Un nouvel épisode Dittli, peut-être plus problématique encore pour la ministre vaudoise, vient de s'ouvrir cette semaine. D'après nos informations, la section Lavaux-Oron du parti du Centre Vaud soupçonne Valérie Dittli d'avoir voulu clôturer le compte sur lequel elle recevait des donations, et d'en transférer le solde ailleurs. Il s'agissait d'un sous-compte entreprise, lié au compte principal entreprise de la section Lavaux-Oron.
Avis de droit demandé
Ce 24 août, la banque où se trouve le compte aurait indiqué qu'elle avait reçu l'instruction de clôturer le compte et de transférer le solde vers un compte inconnu. La présidente de la section, Faustine Tsala, a immédiatement pris des mesures pour bloquer ces démarches.
Le compte a, depuis, été gelé par la banque, et la signature de Valérie Dittli a été révoquée, a appris Blick. Le président du Centre Vaud, Giancarlo Sergi, a demandé un avis de droit rapide, afin de savoir s'il y a lieu de déposer plainte.
Contactée, Valérie Dittli dément fermement être intervenue dans ce but: «Je précise n’avoir pris aucun contact avec la banque afin de demander la fermeture de ce compte ou le transfert de ses avoirs. Les affirmations contraires sont infondées, assure la ministre vaudoise. J’ai demandé que toute pièce bancaire permettant d’établir l’existence d’une telle instruction et d’en identifier l’auteur soit produite.»
Toutefois, Valérie Dittli était la seule à disposer d'une signature individuelle et illimitée sur ce compte, ce qui signifie qu'elle pouvait effectuer des retraits ou des paiements avec sa seule signature. Une demande de clôture du compte nécessitait toutefois une double signature, et les documents seraient de toute façon parvenus à la présidente de la section, Faustine Tsala, afin qu'elle les contre-signe.
Compte de campagne ou de soutien?
En dehors de ce cas, Faustine Tsala ainsi que le trésorier de la section, Héni Saïah, n'avaient qu'un droit de regard sur le sous-compte de Valérie Dittli, sans signature, et assurent qu'ils disposent uniquement d'une signature collective sur le compte principal de la section.
Le compte, ouvert en 2025 au nom de la section Lavaux-Oron du Centre Vaud, était un compte destiné à la campagne 2027 pour le Conseil d'Etat, aux yeux de la section. Même s'il recevait des donations destinées à Valérie Dittli, en tant que membre du Centre rattachée à cette section, il appartenait au parti. Même sur ce point, la ministre et sa section n'ont pas tout à fait le même point de vue: pour la conseillère d'Etat aussi, les fonds appartiennent bien à la section.
Mais elle ajoute qu'il s'agissait d'un compte ouvert pour son comité de soutien, destiné à soutenir son action politique, et non à financer une campagne électorale. «Il a été mis en place, dans un souci de transparence, afin que les personnes souhaitant me soutenir puissent le faire dans un cadre légal et transparent. A cette époque, la question d’une nouvelle campagne au Conseil d’État ne se posait d’ailleurs pas».
Les soupçons de la section Lavaux-Oron étaient nés lorsque Valérie Dittli avait déclaré qu'elle partirait en campagne avec ou sans le Centre Vaud. Les membres ont alors voulu s'assurer que les fonds de campagne resteraient bien en sécurité au sein du parti. Ils ont contacté la banque pour geler préventivement les avoirs. C'est là que cette dernière leur a appris qu'elle avait été instruite de clôturer le compte, et de procéder à un transfert de fonds.
Conflits d'intérêt et soucis éthiques
Contacté, le vice-président du Centre Lavaux-Oron, Didier Schmassmann, se dit choqué de voir que nous disposons de ces informations, «qui auraient dû rester strictement confidentielles». Il souligne: «Tant que nous n'avons pas tous les éléments en main, la présomption de bien-fondé et de bonne foi s'applique. Pour l'heure, nous souhaitons encore vérifier doublement certaines informations, et la priorité pour nous est d'avoir une discussion de fond à l'interne.»
L'affaire a révélé d'autres aspects problématiques. Et en particulier sur l'utilisation de ces fonds par Valérie Dittli depuis l'an dernier. Blick a appris que parmi les donateurs figure une société viticole. Or le secteur viticole relève directement du Département de l'agriculture dirigé par Valérie Dittli. «Une ministre de l'Agriculture payée par un vigneron, n'est-ce pas un confit d'intérêt évident?», s'interroge un membre du Centre Vaud.
En outre, une donatrice régulière sur ce compte s'avère être l'épouse d'un employé de Valérie Dittli au Département de l'agriculture. Des éléments qui soulèvent des questions sérieuses de conflits d'intérêt.
Valérie Dittli réagit: «Je regrette que des informations relatives aux personnes ayant apporté leur soutien puissent être diffusées sur la place publique et assorties de suppositions portant notamment sur leurs motivations ou sur de prétendus comportements problématiques, sans qu’aucun élément concret ne vienne étayer ces accusations.»
Exclusion examinée le 16 septembre
Autre aspect problématique: Valérie Dittli aurait utilisé le compte pour verser sa contribution de fonction de 10'000 francs au Centre Vaud, au lieu de les payer de sa poche. Le paiement de sa contribution pose problème depuis des années, d'après des documents que nous avons consultés et qui font état de factures impayées et de mises en demeure répétées entre 2022 et 2024.
Le compte aurait par ailleurs servi à financer des cocktails de campagne de Valérie Dittli et pour mandater une agence de communication en juin de cette année, alors même que la ministre n'a pas encore été intronisée candidate par son parti et n'est pas censée se servir des fonds de la section pour d'autres buts. C'est l'assemblée des délégués du Centre Vaud qui, ce 2 septembre, doit décider si elle veut investir ou non la candidate.
D'après nos informations, une procédure d’exclusion vise Valérie Dittli. La demande de son exclusion du Centre Vaud avait été déposée déjà avant l'affaire du compte de Lavaux-Oron, et sera soumise le 16 septembre au Comité cantonal.