En bref
- Le 3 juillet 2026, l’AIEP a rejeté à 8 voix contre 1 la plainte de Noam Yaron contre la RTS, validant l'enquête de l’émission «Vraiment» sur son prétendu record de natation entre Calvi et Monaco en 2025, jamais homologué comme tel.
- L’AIEP a jugé que Noam Yaron n’avait pas collaboré avec les journalistes, malgré leurs sollicitations, ce qui a pesé dans la décision.
- Cependant, l’émission a été critiquée pour des imprécisions mineures sur des documents officiels.
Son record du monde présumé avait été sérieusement remis en cause par la RTS. Noam Yaron avait contesté l’enquête, mais l’Autorité indépendante d’examen des plaintes en matière de radio-télévision (AIEP) lui a largement donné tort à 8 voix contre 1 le 3 juillet dernier. Pas de quoi sabrer le champagne pour autant du côté de la RTS, qui indique très sobrement, par l’intermédiaire de son porte-parole Marco Ferrara, «être satisfaite du résultat», sans souhaiter faire davantage de commentaires.
Pour comprendre l’affaire, il faut remonter à décembre 2025. L’émission de fact-checking «Vraiment» s’était penchée sur la traversée entre Calvi et Monaco réalisée par le nageur vaudois quelques mois plus tôt. Une performance présentée par l’intéressé comme un record du monde, alors même qu’il avait dû s’arrêter à deux kilomètres de l’arrivée.
Selon l’enquête de la RTS, cette traversée n’avait jamais été homologuée comme un record. La World Open Water Swimming Association (WOWSA) avait refusé de la valider en raison de l’assistance reçue par le nageur, qui portait notamment une combinaison et était accompagné d’un bateau. De son côté, la World Open Water Swimming Federation (WOWSF) avait certifié à distance certaines conditions de nage, tout en mentionnant d’autres athlètes ayant effectué des traversées plus longues.
Noam Yaron avait vivement réagi sur LinkedIn. Dans une longue publication, il avait répondu point par point à ce qu’il considérait comme un «récit» destiné à «mettre en doute» ses «réalisations sportives et environnementales». Il s’était également défendu dans les colonnes de Blick. Dans sa plainte, le Vaudois accusait la RTS d’avoir présenté les faits de manière inexacte et erronée. Il estimait également qu’aucun élément contradictoire n’avait été apporté face aux reproches sérieux formulés dans l’enquête.
La rigueur de «Vraiment» saluée
Mais un élément a pesé lourd dans la décision de l’AIEP: «Vraiment» avait bien tenté de donner la parole au Vaudois, sans obtenir de réponse. «Les membres ont également retenu que le nageur n’avait pas réagi aux sollicitations de la rédaction et n’avait pas répondu aux questions qui lui avaient été adressées», souligne l’autorité. Malgré ce silence, les journalistes ont, selon l’AIEP, présenté au mieux son point de vue et intégré des éléments positifs à l’enquête. Cécile Tran-Tien, l’une des journalistes ayant travaillé sur le sujet, a également relevé sur LinkedIn que Noam Yaron n’était pas présent lors de la délibération consacrée à sa plainte.
Contacté par Blick, le nageur n'a pas souhaité donner suite à nos questions. Interrogé en décembre dernier, il avait justifié son refus de répondre à la RTS: «Lorsque aucune preuve ne vient étayer les soupçons avancés, mais que le sujet est tout de même diffusé en s’appuyant sur des doutes et des insinuations, la démarche ne relève plus de l’information factuelle, mais d’une logique de mise en tension et de captation d’attention sur mon image.» Il estimait alors que l’émission avait surtout cherché à «entacher» sa réputation.
Une critique quand même
L’AIEP a toutefois adressé une critique à «Vraiment» concernant son interprétation des documents de l’Office fédéral de l’environnement. Elle estime néanmoins que ces imprécisions portaient sur des éléments secondaires, sans incidence notable sur la compréhension de l’enquête.
La RTS avait révélé que Noam Yaron avait reçu 40’000 francs de subventions fédérales en quatre ans pour son Water Lover Challenge. L’émission avait également remis en cause sa méthode de comptage des mégots, jugée très approximative. L’OFEV a depuis confirmé qu’aucun nouveau financement public ne lui serait accordé après 2025.
Si l’AIEP a relevé quelques imprécisions, elle a donc confirmé l’essentiel de l’enquête de la RTS. Le statut de record du monde revendiqué par Noam Yaron reste, lui, contesté.