En bref
- La Lausanne Pride 2026 se tiendra ce samedi 27 juin, rassemblant entre 15'000 et 30'000 personnes dans une ambiance festive et engagée sous le slogan «le droit d’être soi». Cependant, des critiques internes divisent la communauté LGBTQIA+ sur des thèmes comme le «pinkwashing», les liens avec des multinationales ou encore la politisation de l'événement.
- Logitech, sponsor de l'événement, est accusée par certains militants d'être «complice du génocide à Gaza» en raison de ses liens avec Israël, suscitant des appels au boycott. Cependant, la Lausanne Pride s’est défendue en indiquant que la marque ne figure pas sur les listes officielles du mouvement BDS.
- Entre 15'000 et 30'000 participants sont attendus pour le cortège qui débutera à 14h45 sous le pont Bessières. La journée se poursuivra avec des concerts au parc de Milan et divers événements, comme des tables rondes et un brunch interreligieux, pour célébrer et discuter des droits LGBTQIA+.
Trop anticapitaliste! Non, trop capitaliste! Trop pro-Palestine! Pas du tout: pro-Israël! Très résumées, les critiques principales envers les prides — dont celle de Lausanne — s’articulent ainsi. La réalité est bien sûr plus complexe et aussi diversifiée que nos sexualités et identités de genre. Alors qui sont ces homos et ces bi qui ne défileront pas dans la capitale olympique ce samedi 27 juin? Serait-ce le symptôme d’une époque polarisée?
Une polarisation également présente au sein de la communauté LGBTQIA+ (pour lesbienne, gay, bi, trans, queer, intersexe et agenre), en France au moins. En mars, un sondage donnait Jordan Bardella, président du parti Rassemblement national (extrême droite), et Jean-Luc Mélenchon, à la tête de La France insoumise (extrême gauche), au coude-à-coude dans cet électorat.
Logitech dans le viseur
«Dans notre camp, je crois qu’il y a pas mal de monde qui est saoulé par certains aspects, comme la présence de Logitech en tant que partenaire, observe Seb Zürcher, à l’origine, avec d’autres, de la pride anticapitaliste à Lausanne en 2022. Cette année, je ne m’y retrouve pas politiquement et en plus je mixe à la soirée de soutien à une activiste turque trans à Berlin, où j’habite désormais, le même jour.»
A gauche, les griefs se tressent généralement autour du «pinkwashing». Soit la récupération de la cause arc-en-ciel par des entreprises ou des Etats qui se donnent ainsi une image progressiste dans un but mercantile ou pour des raisons géopolitiques. Cette année, une firme lausannoise cristallise les tensions: Logitech. Ce sponsor est accusé d’être «complice du génocide à Gaza» par divers comptes militants sur les réseaux sociaux.
La Lausanne Pride se défend
Au cœur du problème, «les liens étroits» de la multinationale avec l’Etat d’Israël et son armée. Des joysticks de Logitech «servent pour […] l’utilisation de drones directement [impliqués] dans le génocide du peuple palestinien», a écrit dans une story Instagram La Collective, groupe de DJs queers de Lausanne, le 23 juin, qui descendra tout de même dans la rue ce samedi. Dans une réponse à des appels au boycott de «certains collectifs», la Lausanne Pride s’est défendue sur le même réseau social le 25 juin. «Logitech ne figure toujours pas sur [les] listes [de boycott du mouvement pro-palestinien BDS].» Logitech n’a pas donné suite aux sollicitations de Blick.
Israël et Tsahal sont d’ailleurs régulièrement accusés de draguer les LGBTQIA+ pour servir leurs intérêts. En clair: pour se présenter comme une démocratie libérale combattant la barbarie.
«J’exprime d’abord une déception»
«En soi, je trouve super qu’il y ait une pride et je n’appelle pas du tout à son boycott: ma mère y sera d’ailleurs bénévole, reprend Seb Zürcher, ex-membre du parti Solidarités. J’exprime d’abord une déception. Dans un moment charnière d’acharnement réac et impérialiste, la Lausanne Pride n’arrive pas à proposer une vraie réponse et joue l’apaisement sans nourrir les alliances — avec le sud global, les antifas, les personnes trans et racisées, les pauvres — nécessaires à notre survie future.»
La Lausanne Pride 2026 sera une grande et belle noce. Entre 15'000 et 30’000 âmes joyeuses sont attendues dans les rues de la capitale olympique pour un cortège haut en couleurs, dans une ambiance caniculaire. Danses, excentricités et revendications — pour un droit à la protection, à la reconnaissance, à la bonne santé et de faire famille — se trémousseront sous le parasol du slogan «le droit d’être soi». Départ à 14h45 de la rue Saint-Martin, à l’abri du pont Bessières.
Concerts et afters
La marée humaine s’échouera au parc de Milan, où un petit festival vous attend. Concerts transpirants dès 16 heures et jusqu’à minuit. Le Romandie, Le Bourg, le MAD et l’ABC offriront ensuite l’asile aux couche-tard jusqu’au petit matin. Conseils pour les lève-tôt: ce samedi à 10h30 auront lieu trois tables rondes notamment organisées par l’historien Thierry Delessert. Sujets abordés: le monde associatif, les combats pour les droits et l’avenir du militantisme queer. En parallèle, l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud offrira un brunch éthiopien et suisse à l’église Martin Luther King de Saint-Laurent (sur inscription). Une célébration interreligieuse aura lieu à l’église de Montriond vers 17h.
La Lausanne Pride 2026 sera une grande et belle noce. Entre 15'000 et 30’000 âmes joyeuses sont attendues dans les rues de la capitale olympique pour un cortège haut en couleurs, dans une ambiance caniculaire. Danses, excentricités et revendications — pour un droit à la protection, à la reconnaissance, à la bonne santé et de faire famille — se trémousseront sous le parasol du slogan «le droit d’être soi». Départ à 14h45 de la rue Saint-Martin, à l’abri du pont Bessières.
Concerts et afters
La marée humaine s’échouera au parc de Milan, où un petit festival vous attend. Concerts transpirants dès 16 heures et jusqu’à minuit. Le Romandie, Le Bourg, le MAD et l’ABC offriront ensuite l’asile aux couche-tard jusqu’au petit matin. Conseils pour les lève-tôt: ce samedi à 10h30 auront lieu trois tables rondes notamment organisées par l’historien Thierry Delessert. Sujets abordés: le monde associatif, les combats pour les droits et l’avenir du militantisme queer. En parallèle, l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud offrira un brunch éthiopien et suisse à l’église Martin Luther King de Saint-Laurent (sur inscription). Une célébration interreligieuse aura lieu à l’église de Montriond vers 17h.
Un slogan revient en boucle, en anglais souvent: the first pride was a riot, en référence aux émeutes de Stonewall à New York en juin 1969. Des gays, lesbiennes et trans se soulèvent alors violemment pendant quatre à six jours contre la police et l’ordre établi capitaliste, impérialiste, raciste et patriarcal. La première marche des fiertés a lieu un an plus tard pour commémorer cette révolution.
«Elle dégueulait sur la police»
Mais le monde a changé, rétorquent beaucoup de LGBTQIA+ de droite. «Il y a quelques années, lors de la Geneva Pride, une jeune féministe accroupie avec un micro dégueulait sur la police, qui protégeait pourtant le défilé, tonne Bryan Lo Giudice, homosexuel et encarté au Parti libéral-radical (PLR) du bout du lac. Il faut arrêter les conneries deux minutes!»
Cet ancien membre du comité de Dialogai, association thématique, ne défile donc plus. «Aujourd’hui, tout vient s’y greffer, bouillonne le trentenaire. Certaines parties de cette manifestation génèrent de la haine. Ça n’arrive pas ailleurs, à celle de Madrid, on ne parle ni Palestine, ni anticapitalisme.» Pour lui, l’événement devrait rester festif, positif, avec ses drag queens iconiques. Et surtout se cantonner à lutter contre la transphobie, l’homophobie, «au moment où des gens se font casser la gueule dans la rue à cause de ça, voire en meurent comme encore récemment en France».
Sans mandat électif, le gestionnaire de fortune «souhaite faire porter un projet de motion par des élus de son parti pour que des sanctions puissent être infligées aux bénéficiaires d'argent public en cas d'écart». «Pour le PLR, il est inacceptable que le Canton et la Ville financent des associations prônant la violence ou la haine, de surcroit envers la police.»
Cet élu UDC déplore être «vu comme un traitre»
Egalement gay, Alexandre Chevalier Naranjo «bute aussi sur cette intersectionnalité des luttes»: «On se lève contre l’affreux monde capitaliste, mais ce sont quand même les démocraties occidentales qui font le nécessaire pour défendre nos droits, insiste le vice-président de l’Union démocratique du centre (UDC) du canton de Genève. J’aurais préféré qu’on ait des commentaires plus constructifs, par exemple sur ce qui se passe au Sénégal (ndlr: en mars, la peine de prison pour homosexualité y est passée de 5 à 10 ans).»
A 49 ans, il déplore l’aspect politisé du rassemblement. «Bien sûr, nous sommes des enfants de Stonewall. Mais en 2026, les questions politiques défendues alors se sont déplacées dans le monde institutionnel. La pride devrait être une fête, un moment d’union.» Alexandre Chevalier Naranjo déplore être parfois «vu comme un traitre par la gauche».
Sous le pont Bessières ce samedi au départ de la procession, trois partis seront présents: le Parti socialiste, Les Vert·e·s et les Vert’libéraux. L’UDC a combattu le partenariat enregistré, la norme pénale contre l’homophobie et le mariage pour toutes et tous. Plus récemment au Grand Conseil genevois, le parti de droite dure a tenté de faire interdire les soins de transition de genre aux moins de 18 ans.
«Un aggiornamento est en cours, notamment en ville de Genève, promet le chef de groupe UDC au Conseil municipal. Nous avons soutenu une subvention pour la prévention du suicide des personnes LGBT. Si j’allais à la pride, je n’y irais pas avec ma casquette partisane, mais pour m’amuser.»
«La bisexualité n’est pas prise au sérieux dans la communauté»
Pas engagé politiquement, Vincent ne sera pas non plus à Lausanne. Bisexuel, cet analyste financier neuchâtelois de 28 ans n’a jamais participé à ce grand raout annuel. «Je ne ressens pas le besoin de me catégoriser ou de montrer que je suis différent», confie l’habitant de Zurich, ajoutant que la bisexualité est selon lui «mal comprise» et pas prise au sérieux dans la communauté.
«Je ne me sens pas vraiment représenté. La pride a perdu son sens de base: défendre les droits des gays, lesbiennes, bi et trans. Avec l’ajout de revendications autour de la non-binarité, identité que je respecte totalement, le message s’est brouillé et dans la société beaucoup d’amalgames sont faits.»
Se disant «conscient de ses privilèges», ce grand sportif prône un retour à l’essentiel: moins de paillettes et plus de politique pour «éduquer la population autour des droits des personnes LGBT», pour lutter contre l’homo et la transphobie.