Une affaire hors normes et sordide
Un agresseur en série devant la justice vaudoise

Le procès d'un Vaudois accusé d'avoir agressé une quinzaine de personnes s'est ouvert lundi à Renens. L'affaire porte sur des violences d'une extrême brutalité commises entre 2009 et 2018.
Le procès est prévu sur sept jours dans la salle cantonale de Renens. L'agresseur doit répondre d'une quinzaine de chefs d'accusation. (Image d'archives)
Photo: keystone-sda.ch

Le procès d'un agresseur en série s'est ouvert lundi devant le Tribunal criminel de Lausanne. Ce Vaudois se trouve au coeur d'une affaire hors normes, tant par la cruauté des actes qui lui sont reprochés que par la durée de la procédure pénale entamée en 2018.

Le désormais trentenaire est accusé d'avoir violemment agressé une quinzaine de personnes entre 2009 et 2018, souvent des jeunes femmes avec qui il était en couple, mais aussi des hommes de son entourage.

L'acte d'accusation fait froid dans le dos. Sur plus de 30 pages, il décrit les sévices imaginés par le prévenu, lequel aurait infligé de véritables «séances de torture» à ses victimes: coups en tout genre, tirs de fléchettes avec une sarbacane, électrocutions, brûlures, viols, menaces avec des couteaux, tentatives d'étranglement et de noyade.

Une victime, venue témoigner lundi matin devant la Cour à Renens, a évoqué la «créativité» de son bourreau en matière de cruauté. «Il y a eu tellement de situations différentes que je ne sais pas quoi raconter», a relevé cette femme, âgée de moins de 20 ans aux moments des faits.

Elle a mentionné la «terreur» que faisait régner l'accusé sur «un cercle de proches», où «tout le monde se prenait des coups, surtout les filles». Et où «on se droguait régulièrement», a-t-elle ajouté.

Ange déchu

La «peur des représailles» expliquerait notamment pourquoi elle n'a pas, tout comme d'autres victimes, dénoncé son bourreau et porté plainte. Elle a aussi souligné les «manipulations» de «ce très bon acteur». Ou encore sa «dualité» sachant qu'il savait aussi, entre ses déchaînements de violence, se montrer «agréable et protecteur».

La jeune femme a aussi évoqué le nom que le prévenu s'attribuait parfois, celui de Samaël, un ange déchu dans la tradition juive. «Il disait être habité par cette entité, ce qui justifiait son comportement violent», a-t-elle relevé.

En attendant les auditions des parties plaignantes, et du prévenu lui-même, d'autres témoins ont été entendus lundi. Une mère de victime a notamment raconté «l'emprise» du prévenu sur sa fille. «Je sentais que quelque chose n'allait pas, mais elle ne me disait rien et je n'aurais jamais imaginé tout ça», a-t-elle reconnu.

Le père du prévenu a aussi été interrogé. Il a évoqué le passé de son fils, «livré à lui-même» avec un père alternant «phases de prison et de dépendance» à la drogue. Il a assuré que son fils, «recadré par la prison», n'était aujourd'hui «plus le même».

Trois complices

Enfin, trois experts psychiatriques ont défilé lundi après-midi pour essayer d'éclairer la Cour sur les troubles de la personnalité du prévenu et, surtout, sur leur possible évolution ces prochaines années. La question étant notamment de savoir, le cas échéant, si le prévenu devrait suivre un traitement en institution ou en ambulatoire.

Le procès doit encore durer six jours. A noter que trois autres personnes, deux hommes et une femme, se trouvent aussi sur le banc des accusés. Ils sont soupçonnés d'avoir été les complices du prévenu principal lors de son dernier «coup», quelques jours avant son arrestation. Ce 1er août 2018, le quatuor avait tendu un guet-apens à un homme dans un refuge dans la région d'Oron, avant de le martyriser durant plusieurs heures.

Longue procédure

Depuis son arrestation, le prévenu n'a plus quitté la prison, soit plus de huit ans de détention. Durant cette période, inhabituellement longue avant un jugement, le Vaudois a demandé plusieurs fois une remise en liberté, assortie de mesures de substitution, mais sans jamais l'obtenir.

La durée de la procédure a aussi poussé son avocat à saisir le Tribunal cantonal. Avec succès cette fois-ci, la Chambre des recours pénale estimant que ce retard était «injustifié».

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