Tragédie de Crans-Montana
Les pratiques managériales des Moretti mises en cause

Brimades, horaires démentiels et épuisement sont rapportés par certains ex-employés du couple Moretti. La serveuse qui aurait mis le feu au Nouvel An aurait été malade ce soir-là, d'autres auraient vécu un calvaire, rapporte «24 heures».
L'avocate Yaël Hayat et ses clients, le couple Moretti, propriétaires du bar «Le Constellation». Ces derniers sont pointés du doigt par d'anciens employés.
Photo: Keystone
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Myret ZakiJournaliste Blick

Une logique de profit poussée à l'extrême se dégage des récits d'anciens employés du bar «Le Constellation» et d'autres établissements gérés par Jacques et Jessica Moretti. Le couple est aujourd'hui prévenu dans le cadre de l'instruction pénale suite à l'incendie du Nouvel An, qui a fait 41 morts et 115 blessés.

D'après une enquête de «24 heures», des «brimades» et des «horaires démentiels», mais aussi un travail «éreintant et mal payé» auraient marqué le quotidien de certains employés qui témoignent aujourd'hui, en direct ou à travers leurs avocats, de cette difficile culture de travail.

Pression et moindre coût

Le dossier d’instruction, auquel a eu accès «24 heures», «montre qu’à au moins trois reprises, des employés du couple se sont plaints des conditions de travail imposées par les tenanciers: salaires bas, horaires épuisants, voire mobbing». Le tout dans une culture de travail «qui privilégiait le moindre coût dans l’achat de denrées ou de matériel».

Le quotidien vaudois évoque le cas de la serveuse Cyane, qui a conduit, le soir tragique du Nouvel An, le défilé de bouteilles de champagne surmontées d'étincelles. La jeune femme était malade le soir de l’incendie, selon son avocate, qui précise que Jessica Moretti lui aurait néanmoins demandé de travailler. C’est elle qui, portée par un collègue, aurait involontairement mis le feu au plafond du bar le soir fatidique.

En 2024, un conflit aurait éclaté entre Cyane et les Moretti, d'après l'enquête. Cyane aurait fait appel aux syndicats pour obtenir un certificat de travail. Elle est ensuite revenue travailler pour le couple. Le soir du 31 décembre, il était prévu qu'elle reste au rez-de-chaussée du bar le Constellation. 

Manque de personnel au Nouvel An

Mais durant la soirée, «la patronne de Cyane est arrivée en panique», témoigne durant les audiences une amie de la serveuse, rapporte «24 heures». «Elle a dit à Cyane qu'il y avait 16 bouteilles d'alcool à envoyer. Elle lui a dit qu'ils étaient en manque de personnel.» Cyane a alors accepté de descendre au sous-sol, avant que le drame ne se produise.

Autre témoignage relayé par le quotidien vaudois, celui d'un employé français qui dit avoir travaillé pour les Moretti «jusqu’à 90 heures par semaine, sans vacances, pendant neuf mois». Son salaire durant cette période dépassait à peine le minimum légal: 18,80 francs de l’heure. 

Au bout du compte, l'employé s'est effondré et a dénoncé sa situation auprès de l’Autorité valaisanne de conciliation en matière de droit du travail. Il a fait état de «pressions et harcèlement moral au travail, burn-out, salaire du mois d’août non payé avec les heures supplémentaires dues». Il s'est vu prescrire 45 jours d’arrêt pour «trouble anxio-dépressif».

Les Moretti auraient réagi en accusant leur employé d’abandon de poste, en mettant en doute son certificat médical et en le menaçant de poursuites, avant que le litige ne trouve une issue.

Contactés par le quotidien vaudois, les avocats du couple Moretti n'ont pas souhaité s’exprimer «sur ces éléments qui ne concernent pas les faits qui font actuellement l’objet de la procédure». Le couple est présumé innocent dans l’enquête pénale sur le drame du Constellation.

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