La gauche pourrait perdre la majorité
A Yverdon, un même constat mais deux visions pour le centre-ville

L'élection municipale de la seconde ville vaudoise s'annonce comme un duel intense pour le centre-ville. Logement, deal de rue et parkings divisent une droite offensive et l'alliance rose-verte.
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Yverdon souhaite un parking en sous-sol de 1000 places à la place d'Armes, en face de la gare.
Photo: KEYSTONE
Toan Izaguirre

Habituée à balancer de gauche à droite, Yverdon-les-Bains verra-t-elle sa majorité rose-verte renversée? Les élections communales du 8 mars pourraient rebattre les cartes. Logement, deal de rue, violence domestiques: les enjeux sont nombreux dans la deuxième ville du canton de Vaud, mais c'est surtout l'avenir du centre-ville qui attise les convoitises. 

Le scrutin s'annonce périlleux pour la gauche. Elle va perdre son syndic Pierre Dessemontet (Parti socialiste (PS)), qui a annoncé en juin dernier qu'il ne se représenterait pas, dénonçant un climat politique devenu toxique. A cela s'ajoutent deux défaites lancinantes: l'acceptation par la population du méga-parking face à la gare, et le refus du Législatif – à cinq voix près – de planter un platane place Pestalozzi.

«C'est l'arbre qui cache la forêt, sans mauvais jeu de mots», rétorque à ces échecs le municipal socialiste Julien Wicki, qui rappelle que la Ville a «planté plus de 800 arbres durant la législature». «On a rendu la ville plus verte», insiste-t-il, refusant de réduire le bilan de la gauche à ces symboles. Le dernier élu à rejoindre la Municipalité dresse un tableau autrement plus flatteur: ouverture de 160 places d'accueil parascolaire, création de places d’accueil pour les femmes victimes de violences domestiques, fondation d’une maison de quartier pour les associations, ou encore augmentation de l'aide individuelle au logement. 

Une législature compliquée

Depuis 2021, la Municipalité d'Yverdon-les-Bains est dominée par une large majorité de gauche (5 roses-verts contre 2 PLR). Mais la législature n'a pas été de tout repos dans la cité thermale, rythmée par deux élections complémentaires.

En 2022, la démission de Jean-Daniel Carrard contraint la ville à retourner aux urnes: François Armada est élu, maintenant le siège dans le giron du PLR. Trois ans plus tard, le décès de Jean-Claude Ruchet donne lieu à une nouvelle élection complémentaire. A l’issue d'une campagne tendue face à Ruben Ramchurn (UDC), le siège reste socialiste, à la faveur de la victoire de Julien Wicki.

Durant la législature, le climat s'est considérablement dégradé. Un municipal et le syndic socialiste Pierre Dessemontet ont dû être placés sous surveillance policière après avoir reçu des menaces. Ce dernier a finalement renoncé à se représenter, lassé de l'ambiance délétère qui règne dans la deuxième ville du canton. 

Depuis 2021, la Municipalité d'Yverdon-les-Bains est dominée par une large majorité de gauche (5 roses-verts contre 2 PLR). Mais la législature n'a pas été de tout repos dans la cité thermale, rythmée par deux élections complémentaires.

En 2022, la démission de Jean-Daniel Carrard contraint la ville à retourner aux urnes: François Armada est élu, maintenant le siège dans le giron du PLR. Trois ans plus tard, le décès de Jean-Claude Ruchet donne lieu à une nouvelle élection complémentaire. A l’issue d'une campagne tendue face à Ruben Ramchurn (UDC), le siège reste socialiste, à la faveur de la victoire de Julien Wicki.

Durant la législature, le climat s'est considérablement dégradé. Un municipal et le syndic socialiste Pierre Dessemontet ont dû être placés sous surveillance policière après avoir reçu des menaces. Ce dernier a finalement renoncé à se représenter, lassé de l'ambiance délétère qui règne dans la deuxième ville du canton. 

Convivialité du centre-ville

Mais ces sujets à dominante sociale peinent à s'imposer dans la campagne actuelle. Peut-être parce qu'ils sont trop peu «clivants», estime l'élu socialiste. Deal de rue, places de parking et convivialité du centre-ville monopolisent le débat. C'est sur ce terrain que se joue la bataille électorale. «La problématique du deal est sérieuse, explique le municipal socialiste, mais quand quelqu'un ferme les yeux le soir, il pense à ses factures de fin de mois, à ses primes d'assurance, à son logement. C'est surtout sur ces aspects-là que nous devons porter des réponses.» 

Julien Wicki souligne, néanmoins, que le centre-ville était un de «ses axes de campagne» début 2025 dans une élection tendue qui l'opposait à Ruben Ramchurn. Mais aujourd'hui, l'édile socialiste l'assure: «Les vitrines vides sont moins nombreuses qu’il y a un an». Le municipal socialiste s'agace que la droite «hurle à la mort du centre-ville». Un discours qu'il juge «assez méprisant pour les commerçants qui ont pris le risque de se lancer». Cette rhétorique, qu'il juge «misérabiliste», entretiendrait l'image d'un cœur de ville moribond. 

La gauche entend le redynamiser «avec des aides ponctuelles pour des projets et en simplifiant les démarches administratives auprès des privés», peut-on lire dans le programme de l’alliance «Yverdon accessible et attachante». Concrètement, un postulat avait été déposé l'année dernière pour assouplir le travail de la police du commerce et faciliter les démarches des entrepreneurs. 

Le parking toujours l'enjeu central?

Pour l'Entente Yverdonnoise, qui réunit le Parti libéral-radical (PLR), l'Union démocratique du centre (UDC) et les Vert'libéraux et espère reprendre les sièges perdus en 2021, l'accessibilité au centre-ville – en voiture – constitue la priorité absolue. «Aujourd'hui, se parquer est devenu un jeu de piste détestable», critique Christian Weiler, municipal PLR. Sans remettre en cause les évolutions de la mobilité, il plaide pour «faciliter l'accessibilité au centre-ville». Pour lui, un «élément clé» de la revitalisation commerciale.

Pour le municipal libéral-radical, le projet de parking, désormais voté, doit aboutir au plus vite: «On parle de ce parking depuis trop longtemps. Il nous faut un projet concret, réalisable, avec une échéance.»

«
La population a voulu un immense parking, l'enjeu est désormais de le réaliser au plus vite, avec le moins d'impact possible
Julien Wicki, municipal socialiste
»

Sur ce dernier point, son collègue socialiste à la Municipalité ne le désavoue pas, tout en assumant l'échec: «La population a voulu un immense parking, l'enjeu est désormais de le réaliser au plus vite, avec le moins d'impact possible.»

Deux visions pour le logement

Pour la gauche, perdre sa majorité ferait courir un risque bien précis: celui que la droite freine les politiques du logement. «Doubler le nombre de logements à loyer modéré et à loyer abordable», promet le programme du PS – un engagement que Julien Wicki place au cœur de la campagne.

«La majorité de gauche a mis en place tous les outils pour freiner la hausse des loyers – droit de préemption, quotas de logements d'utilité publique, affirme l'édile socialiste, ce sont des instruments reconnus à l'échelle du canton tout entier.» Un acquis que la droite, regrette-t-il, refuserait de préserver: «Elle s’est opposée à l’introduction de ces outils.»

Ne pas «diaboliser» les promoteurs

Le logement ne figurent pas dans le haut des priorités de l'alliance de droite, davantage focalisée sur les finances communales, la sécurité et la question du stationnement. Sur l'habitat, elle prône toutefois davantage de souplesse dans les normes de construction, pour attirer les investisseurs privés. 

Pour la candidate UDC Sophie Pistoia-Grosset, il convient de diversifier les types d'habitation plutôt que de construire uniquement des logements d'utilité publique (LUP) «comme le veut la gauche», notamment afin d'attirer «des contribuables à haute valeur ajoutée». Elle estime par ailleurs que les LUP ne seraient pas «rentables pour les promoteurs». La candidate appelle dès lors à ne pas «diaboliser» ces derniers, qu'elle juge indispensables pour la cité thermale. «La ville n'a pas l'argent pour construire des logements, il faut bien qu'il vienne de quelque part», fait-elle valoir.

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