En pleine neuvième édition, les Rencontres 7e Art Lausanne sont dans la tourmente. Dans une lettre datée du 7 mars et transmise aux médias, six membres de l’équipe du festival demandent «la cessation des liens de collaboration entre le festival et son fondateur Vincent Perez». Dans le même document, trois des signataires sont caviardés.
Les six collaborateurs, actifs notamment à la billetterie, à la coordination, à la production et à la médiation culturelle, disent prendre la parole après avoir estimé que leurs revendications n’ont pas été entendues, «ou seulement partiellement», par le comité de l’association. Ils affirment avoir d’abord tenté une démarche en interne à la suite d’un entretien tenu vendredi 6 mars au soir.
Vincent Perez, une image «délétère» pour le festival
Dans leur courrier, ils visent directement Vincent Perez, figure historique, fondateur de la manifestation et visage public du festival. Ils estiment que ses prises de position publiques en soutien à des personnalités «condamnées ou accusées pour violences sexistes et sexuelles» ont rendu son association au festival «délétère pour son image, ses équipes et ses valeurs».
Les auteurs de la lettre demandent au comité d’acter «le retrait immédiat de Vincent Perez des activités et de la représentation publiques du festival» pour l’édition en cours. Ils réclament aussi son retrait du comité artistique et programmation, la fin de son rôle d’intermédiaire à l’avenir, ainsi que l’annulation de la projection du film «Hell in Paradise» prévue ce dimanche 8 mars. Le scénario du film est signé par la femme de Vincent Perez, Karine Silla, ex-compagne de Gérard Depardieu avec qui elle a eu une fille. Vincent Perez est ainsi le beau-père de Roxane Depardieu.
L'acteur, «visage» de l'événement
Le malaise dénoncé par une partie de l’équipe intervient alors que Vincent Perez reste bel et bien présent dans l’organigramme officiel du festival. Sur le site des Rencontres 7e Art, il figure toujours au «comité artistique & programmation», aux côtés d’Olivia Weemaes et Thierry Hatier.
Le programme 2026 montre également que l’acteur et réalisateur suisse continue d’incarner publiquement l’événement. Il apparaît notamment à l’affiche d’une lecture en hommage à Michelangelo Antonioni avec Irène Jacob, prévue lundi 9 mars dans le cadre du festival.
La défense publique de Depardieu passe mal
Cette contestation interne ravive une polémique plus ancienne. Fin 2023, Vincent Perez avait signé la tribune de soutien à Gérard Depardieu publiée en France, avant de défendre publiquement sa position au nom de la présomption d’innocence.
En mars 2025, dans un entretien accordé au «Temps» au sujet du procès de Gérard Depardieu à Paris, il disait encore que son soutien relevait d’abord d’un «soutien familial» et déclarait: «N’est-il pas normal d’avoir le courage d’être près des siens dans la difficulté?» Le procès de l’acteur français pour agressions sexuelles s’était tenu en mars 2025 à Paris.
Confiance renouvelée en la directrice
Dans leur lettre, les collaborateurs des Rencontres 7e Art affirment toutefois qu’au-delà du retrait de Vincent Perez de la présidence du comité en 2024, son maintien au sein du dispositif du festival et son retour au premier plan médiatique à l’occasion de l’édition 2026 posent désormais problème en interne. Les signataires disent en revanche renouveler leur confiance à Alexandrine Kol, directrice générale du festival, qu’ils présentent comme «la première touchée par les conséquences des propos de Vincent Perez».
Sollicités, les différents intervenants ont répondu par mail, dimanche en début de soirée, aux questions de Blick. : «Le comité est déçu et regrette que des discussions internes basées sur la confiance soient unilatéralement diffusées publiquement et sorties de leur contexte (...) La programmation du festival, élaborée par la direction et ses équipes, et annoncée depuis plusieurs semaines, est maintenue. Les engagements pris envers les invités, les partenaires et le public ne peuvent être remis en cause à la veille des projections sans motifs sérieux et dûment justifiés, au risque de compromettre l’organisation de l’événement, ainsi que le travail déjà accompli par les équipes.»
Philippe Meylan, Président de l’Association Rencontres du 7e Art de Lausanne, poursuit: «Le comité a proposé aux collaboratrices et collaborateurs concernés d’organiser, à l’issue du festival, une réunion afin de discuter sereinement des points soulevés. Dans le cadre d’un projet collectif tel qu’un festival de cinéma destiné à un large public, le comité rappelle l’importance du respect des responsabilités de chacun et chacune, que l’on soit employé ou membre de comité, ainsi que d’un dialogue fondé sur la loyauté, la mesure et la confiance. Les Rencontres du 7e Art Lausanne demeurent attachées aux valeurs de respect, d’écoute et d’ouverture qui guident leur action depuis leur création.»
Précision: L'article a été modifié le dimanche 8 mars à 19 heures après la réaction écrite du président de l'Association Rendors du 7e Art de Lausanne