L'ancien directeur de la compagnie Interface comparaît lundi à Sion, notamment pour contrainte sexuelle et tentative de viol. Qualifié de «gourou» ou «obsédé sexuel», il aurait créé un environnement fermé où primait son bon vouloir, également dans la sphère sexuelle.
Lundi matin au début de son audition, l'ancien directeur a réfuté les accusations. «Elles n'ont aucun sens. C'est une affabulation», a-t-il déclaré. Interrogé sur la notion de consentement, il a affirmé: «Avant comme maintenant, pour moi, s'il n'y a pas de consentement, aucun rapport n'a de sens.»
De son côté, le premier procureur Olivier Elsig a évoqué «une emprise psychologique sur des personnes épuisées moralement et psychologiquement», laquelle est «au coeur du dossier».
Communauté «sectaire»
Dans son acte d'accusation, le procureur dresse le portrait d'un homme qui «contrôlait tout» et imposait des rites spirituels et sexuels de groupe censés nourrir la création artistique. Celui qui a cofondé, en 1990, l'institution sédunoise – subventionnée par la Ville de Sion – aurait alors instauré, au fil des ans, «une communauté de type sectaire».
Sous sa direction «discrétionnaire», les membres de l'équipe, souvent logés au sein de la compagnie, vivaient, pour beaucoup, dans une forte dépendance, tant financière que professionnelle. L'ancien directeur les poussait aussi à s'ostraciser de leurs proches et de leurs familles.
L'emprise «très forte, voire totale» s'exerçait sur les personnes concernées «jusqu'à ce qu'elles acceptent ses volontés ou quittent la compagnie», affirme encore Olivier Elsig. Plusieurs se sont saisis des mots «gourou», «pacha» ou encore «maître dans son château» pour décrire l'homme aujourd'hui âgé de 62 ans.
Une seule partie plaignante
C'est dans ce contexte que le Sédunois aurait cherché obtenir des faveurs sexuelles, principalement auprès de femmes, et qu'il faisait de la sexualité un élément central de son contrôle, affectant plusieurs membres de son équipe. «La sexualité était omniprésente chez Interface» et «de l'avis quasi unanime» le directeur, «généralement décrit comme un 'obsédé sexuel' ne pensait et ne parlait que de cela.»
Selon l'enquête, plusieurs personnes semblent avoir été victimes du prévenu. Mais seule une ancienne collaboratrice, âgée de 16 ans à son entrée dans la compagnie, s'est portée partie plaignante. Elle témoigne avoir subi des actes et comportements sexuels de sa part en 2013. L'homme lui aurait notamment «infligé contre sa volonté des attouchements lors de trajets en bus ou en van de la compagnie».
Ces faits, qui se sont produit à 20 ou 30 reprises cette année-là, lui valent, parmi d'autres, l'accusation de contrainte sexuelle. A celle-ci s'ajoute celle de tentative de viol ainsi que, dans le cadre d'un second volet de l'affaire, celles de séquestration et d'enlèvement.
Révélations médiatiques en 2021
Ces derniers chefs d'accusation concernent une altercation entre l'ex-directeur et une ancienne collaboratrice survenue en 2011. Il l'aurait cantonnée dans une pièce dont il a fermé la porte et l'aurait empêchée de quitter la pièce durant plusieurs minutes, malgré les appels au secours de la victime.
Très attendu, le procès qui s'est ouvert lundi couvre des faits qui avaient été mis en avant par le Nouvelliste en 2021. Le quotidien valaisan évoquait des «agressions sexuelles», une «emprise psychologique» et une «exploitation financière» à travers huit témoignages d'anciens et anciennes membres de l'équipe d'Interface.
En 2022, le Ministère public valaisan avait classé le pan financier de l'affaire. Selon la justice, la compagnie de danse n'a pas commis d'escroqueries et n'avait pas violé la loi en matière de cotisations sociales ou de subventions publiques.
En outre, une partie des faits ont été classés pour prescription ou absence de preuve. L'instruction pénale avait été ouverte en 2021, dans la foulée des révélations médiatiques.