Dans un contexte concurrentiel très tendu, Genève veut devenir une destination attractive pour les tournages de films et de séries. Le nouveau dispositif d'incitation à la production audiovisuelle, qui comprend un fonds pour rembourser certaines dépenses effectuées par les équipe de production dans le canton, a été détaillé mardi.
Ce projet rassemble des partenaires publics et privés ainsi que l'ensemble des acteurs de la branche, a relevé devant la presse Delphine Bachmann, cheffe du Département de l'économie, de l'emploi et de l'énergie (DEE). Il avait été annoncé il y a une année dans le cadre du Festival international du film de Lorcano.
Rendre Genève attractive
La conseillère d'Etat, qui pilote la promotion économique du canton, est convaincue que ce mécanisme renforcera non seulement le secteur audiovisuel mais aussi l'attractivité de Genève. Le fonds est alimenté pour 2026 à hauteur de 350'000 francs par le canton, 200'000 francs par la Ville de Genève et 500'000 francs par des privés, soit un total de 1,05 million.
«C'est une première pierre», selon Joëlle Bertossa, conseillère administrative de la Ville de Genève. L'élue, qui a longtemps été productrice de films, espère qu'il incitera de grandes productions internationales à revenir à Genève. Interrogées sur le montant du fonds qui semble modeste pour un tel secteur, les autorités cantonales soulignent qu'"il faut bien commencer».
Frais remboursés
Le projet d'incitation à la production audiovisuelle est en gestation depuis une dizaine d'années. Il a notamment fallu convaincre le Grand Conseil, qui a finalement voté à une large majorité en mai dernier les deux projets de loi nécessaires. Parmi les arguments qui ont pesé: l'effet multiplicateur de 3,5 à 4,5 en faveur de l'économie locale pour chaque franc investi.
Le dispositif sera opérationnel dès septembre. A l'instar de ce qui se fait déjà dans d'autres cantons, dont le Valais, le fonds financier fonctionne selon un mécanisme de «cash rebate». Les productions peuvent se faire rembourser des frais engagés notamment auprès d'entreprises locales, autant pour le tournage que la post-production.
Il s'agit par exemple des salaires des équipes de tournage, des nuits d'hôtels ou de la location de matériel. Le remboursement peut atteindre jusqu'à 30% des dépenses, pour un maximum de 500'000 francs par projet. Un seuil volontairement élevé afin de faire la différence et de se démarquer des autres cantons et des autres pays, selon Mme Bachmann.
Une véritable industrie
Les montants seront attribués selon le principe du «premier arrivé, premier servi». Les dossiers, qui peuvent être déposés dès à présent, seront étudiés par la nouvelle Commission cantonale de l'audiovisuel. Le DEE se basera sur son préavis pour la décision finale. A noter que les films publicitaires, les téléréalités, les livestreams ou encore films glorifiant la violence ne peuvent pas bénéficier du «cash rebate».
«Avec ce dispositif de soutien, on est enfin reconnu en tant que véritable industrie qui a un impact sur l'économie», a souligné Max Karli, ex-co-président de l'Association romande pour la production audiovisuelle (AROPA). Le producteur de «Ma vie de courgette» se réjouit que ce projet de longue haleine ait abouti.
Actuellement, Genève avec son Jet d'eau, son quartier des banques ou encore sa belle campagne, attire 50% de la production en Suisse romande. Ces tournages génèrent 733 emplois directs, de la production à la postproduction.
Conciergerie de luxe
Le volet financier est complété par un volet opérationnel assuré par le Geneva Film Offic, hébergé au sein de la Fondation Genève Tourisme & Congrès. A la tête de cette entité depuis le 1er juillet, Antoine Lejoindre accompagnera les équipes de production en leur facilitant les démarches administratives et logistiques, comme «une conciergerie de luxe», a-t-il illustré.