La tension s'intensifie entre la Municipalité lausannoise et la police. L'Association des fonctionnaires de police de Lausanne, l'AFPL, dénonce la gestion politique de la Municipalité dans l'affaire de racisme qui a éclaboussé la police.
Pour rappel, des agents échangeaient des messages racistes, sexistes et homophobes sur plusieurs groupes WhatsApp. La semaine dernière, la Municipalité a présenté la conclusion de deux rapports qui confirment l'existence de «dysfonctionnements persistants» au sein de l'institution, banalisant les discriminations liées à l'origine et la religion, ainsi qu'un climat hostile aux femmes.
Dans une longue lettre ouverte diffusée ce mercredi, l'AFPL estime avoir toujours privilégié le «dialogue» afin que «toute la lumière» soit faite sur l'affaire, soutenant l'ouverture d'enquêtes administratives et pénales contre les agents concernés. Elle affirme qu'afin de ne pas compromettre les relations, elle a volontairement renoncé à réagir publiquement sur le sujet «malgré de nombreuses sollicitations».
Des amalgames et des biais
Le syndicat déplore que la Municipalité n'agisse pas de la sorte, lui reprochant un manque de «réciprocité». Ne se sentant pas écouté, il l'accuse d'avoir adopté une communication «incomplète, partiale, imprudente et précipitée». Il regrette un manque de nuance: il l'accuse notamment de généraliser les comportements pointés du doigt et de perpétrer des «amalgames», laissant entendre que tous les membres des groupes WhatsApp sont des «pommes pourries». Le syndicat rappelle que ces comportements problématiques ne sont pas «innés» chez les policiers.
L'AFPL estime que la Municipalité a été motivée par un choix «politique», faussant ainsi la réalité. Elle ne mâche pas ses mots: «Nos autorités politiques ont fait un choix politique et stratégique, sans enquête, sans audition et sans contexte.» L'association syndicale estime que les autorités ont agi dans l'intérêt de préserver «l'image de la Ville» au lieu d'assurer la sécurité des policiers déployés sur le terrain.
La Municipalité connaissait les dérives
Elle remet aussi en cause le fait que la Municipalité n'était pas informée des dérives potentielles au sein de la police, soulignant que le syndicat et des agents tirent la sonnette d'alarme depuis des années sur l'épuisement et le manque de ressources qui frappent l'institution. Elle dénonce le fait que la police a été délaissée et qu'aucune mesure d'urgence sérieuse n'a été mise en place pour accompagner les agents dans cette crise.
Par ailleurs, elle dénonce le discours à double-vitesse des autorités: elles souhaitent que la police lutte contre les criminels «identifiés et récurrents», sans en assumer la responsabilité politique derrière. L'AFPL refuse d'imputer l'ensemble des responsabilités aux policiers, qui ne sont qu'en bout de chaîne. Elle fait référence au rapport Duvillard, qui a reconnu que la police municipale remplissait sa mission de façon satisfaisante dans la grande majorité des cas.
L'AFPL réclame que la Municipalité reconnaisse les manquements institutionnels ayant entraîné cette situation et s'aligne sur les conclusions de l'organe neutre chargé d'enquête sur l'affaire des groupes WhatsApp.