La petite Maëlya est née au CHUV
Pour la première fois en Suisse, un bébé prématuré a pu bénéficier du peau à peau

Dès leur naissance, les bébés prématurés sont généralement emmenés par les médecins, afin d'être soignés. Mais ce printemps, sous l'impulsion de deux expertes, le CHUV est parvenu à soigner la petite Maëlya, née à 32 semaines, en peau-à-peau avec sa maman. Une première.
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Pour la première fois en Suisse, un bébé né prématurément a pu recevoir lds soins cruciaux en peau à peau avec sa maman.
Photo: Julie de Tribolet

En bref

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  • Une première suisse a eu lieu au CHUV de Lausanne en avril 2026: une petite fille née prématurément à 32 semaines a reçu des soins en peau-à-peau sur sa mère. Cette méthode innovante évite la séparation immédiate entre le bébé et sa mère, même en cas de soins vitaux nécessaires.
  • Le protocole, qui demande une coordination complexe entre différentes équipes médicales, a été inspiré par des pratiques scandinaves, sous l'impulsion de deux expertes du CHUV.
  • Des études montrent que le peau-à-peau réalisé dès la naissance peut réduire la mortalité néonatale de 25%. Le petite Maëlya a passé 25 jours en néonatologie avant de rentrer chez elle en bonne santé avec ses parents.
  • Quelques semaines plus tard, une seconde famille a pu bénéficier de ce protocole, après la naissance de leurs jumeaux. L'un des bébés a été réanimé sur la poitrine de sa maman, qui lui a murmuré des encouragements. La jeune femme, tout comme la médecin présente lors de l'accouchement, ont été profondément marqués par ce moment.
Ellen De Meester - Journaliste Blick
Ellen De MeesterJournaliste Blick

On connaît bien la méthode du peau à peau, mondialement réputée pour aider la maman et le bébé à se remettre de l'accouchement. Il peut donc paraître surprenant que cette pratique naturelle et très répandue puisse encore être courronnée d'une «première fois». Or, dans le domaine de la néonatologie, offrir ce contact à un bébé prématuré, dès ses premiers instants, constitue un véritable exploit médical. 

Car les nourrissons nés avant 37 semaines requièrent une quantité impressionnante de soins spécialisés pouvant aller jusqu'à la réanimation. Très vulnérables, ils sont habituellement pris en charge, dès leur premier cri, par les médecins responsables de les stabiliser au plus vite. Ceux-ci les emmènent alors dans une autre pièce, afin de poser les perfusions, la sonde gastrique ou l'aide respiratoire dont ils ont besoin. Or, le CHUV de Lausanne vient de prouver que cette séparation immédiate n'est pas toujours nécessaire: ce printemps, une petite fille née à 32 semaines a pu recevoir les soins requis tout en étant blottie, en peau-à-peau, sur la poitrine de sa maman. Une réussite inédite en Suisse, vécue par un couple romand lors de la naissance de leur petite Maëlya.

Les tout premiers en Suisse

Alors qu'elle vivait sa 32e semaine de grossesse, au mois de mars, Coraline ressent subitement des contractions douloureuses: «Les sensations intervenaient toutes les 3-5 minutes et le bébé bougeait moins que d'habitude, se souvient-elle. On s’est donc précipités au CHUV, où la gynécologue nous a expliqué que l'accouchement avait commencé beaucoup trop tôt, en raison d'une infection. Je me suis effondrée, je ne m'y attendais pas du tout.» Le bébé semblant mal supporter les contractions, la jeune femme reçoit de l'ocytocine, dans le but d'accélérer le travail. Quatre heures plus tard, la petite Maëlya découvre la lumière du jour. 

Naturellement, Coraline s'attendait à ce que sa fille soit directement prise en charge par les médecins pour être soignée. Or, par un pur hasard, cet accouchement précipité tombait dans un timing historique: quelques semaines plus tôt, le CHUV avait officiellement autorisé la stabilisation en peau-à-peau des enfants nés après 32 semaines, à condition que l'état du bébé le permette. 

Mais aucune situation ne s'était prêtée à cette nouvelle pratique, jusque là: «L'équipe nous a précisé, juste après l'accouchement, qu'on était les premiers en Suisse à bénéficier de cette méthode, se réjouit Coraline. On n'était pas au courant, on savait juste qu'il s'agissait d'un programme récent. C’est quand même un honneur de se dire que notre aventure familiale a pu marquer l’histoire et que notre vécu pourra contribuer à aider les suivants.» 

Après une heure de tendresse, Maëlya est transportée dans une salle attenante, aux côtés de son papa, Greg, puis placée dans une couveuse ouverte. «A sa naissance, on a pu lui transmettre un maximum de force, s'émeut Coraline. On se sentait utiles, c’était important pour nous d’être avec elle, dans un tel moment. Je pense que le fait qu’elle n’ait pas été soignée dans une autre salle nous a épargné énormément de stress, ainsi qu’un fort sentiment d’impuissance.» 

Le plus grand chamboulement qu'on puisse vivre

A Lausanne, l'introduction progressive du peau-à-peau dans le cadre de naissances précoces est en marche depuis quelques années. «Minimiser la séparation parent-enfant est une philosophie de soins en néonatologie qui permet de soutenir le développement cérébral du nouveau-né et renforce le lien d’attachement des parents en situation de stress, indique la professeure Charlotte Tscherning, cheffe du Service de néonatologie du CHUV. A Lausanne, nous avons implémenté cela progressivement et en plusieurs étapes: d’abord pour des nouveau-nés sains et à terme, puis pour des enfants plus vulnérables, avant de descendre progressivement dans les âges, jusqu’à actuellement 32 semaines, ce qui équivaut à la limite de la très grande prématurité.»

La Dre Lydie Beauport, médecin associée au Service de néonatologie du CHUV, ajoute par ailleurs que la naissance, le plus grand chamboulement qu’on puisse vivre, représente un cap d’autant plus difficile pour un nouveau-né prématuré: «En effet, son organisme n’est pas adapté sur le plan sensoriel à ce nouvel environnement aérien, pointe l'experte. Le fait d’être arraché à sa mère et placé sur une table de réanimation, entouré de mains étrangères qui lui procurent des soins pourtant vitaux est très stressant pour lui. Des études soulignent que le fait de procurer ces mêmes soins sur sa maman, afin qu’il puisse reconnaître sa chaleur, son odeur et sa voix, aident ces bébés à mieux s’adapter à cette transition» 

La professeure Charlotte Tscherning (à gauche) et la Dre Lydie Beauport, travaillent depuis 2023 à rendre le peau à peau accessible aux bébés prématurés du CHUV.
Photo: Julie de Tribolet

Très compliqué, d'un point de vue technique

La mise en place de ce protocole implique toutefois une procédure très technique, exigeant une collaboration étroite entre des équipes n'ayant pas toujours l'habitude de travailler ensemble: professionnels de l'obsétrique, sages-femmes, anesthésistes, médecins et soignants doivent en effet réaliser des tâches cruciales, alors que le bébé est pelotonné contre sa maman, quelques secondes après sa venue au monde: 

«Cela requiert un énorme travail de mise en place, de communication et de formation, précise la Dre Beauport. Lorsqu’il s’agit de soutenir le nouveau-né dans son adaptation et sa respiration, les soins sont beaucoup plus complexes à réaliser sur la maman que sur une table de réanimation. Sans oublier que le nouveau-né est moins visible dans cette position, et donc plus difficile à ausculter.» Sans oublier que, dans ce type de situation, la température du nouveau-né peut chuter drastiquement: «C'est l'un des principaux défis de ces prises en charge, précise la spécialiste. Nous avons donc mis en place différentes mesures dont des capes en laine mérinos pour éviter cela.»

«
C’était impressionnant, mais aussi profondément beau. J’ai pu parler à mon bébé, lui donner de la force, être là avec lui dès ses premières secondes de vie.
Daphné*, la deuxième maman a bénéficier du protocole de peau à peau pour les bébés prématurés, au CHUV
»

«On a pu lui transmettre de la force»

Malgré la complexité de cette pratique, la professeure Tscherning affirme que cela en vaut largement la peine, autant pour les bébés que pour les parents, heureux d'être présents lors de ces soins: «Des recherches menées dans des pays à revenus faibles ou intermédiaires ont démontré que la mortalité néonatale baisse de 25% lorsque le bébé est pris en charge en peau à peau sur sa maman, dès sa naissance, observe notre intervenante. Il s’agit d’une mesure simple, mais puissante, qui tient compte des besoins sensoriels du nouveau-né. Et c’est aussi bénéfique pour les parents, qui apprennent leur nouveau rôle et créent un lien.»

Car même lorsque le bébé doit être réanimé in extremis, les parents semblent soulagés de pouvoir rester au plus près de lui. C'est effectivement ce qu'a vécu un autre couple de Romands, lors de la naissance prématurée de leurs jumeaux, au mois de mai: «Ce nouveau protocole a changé toute notre expérience, raconte Daphné*. Moi qui étais terrorisée par l’accouchement et par la prématurité, j’ai vécu quelque chose d’incroyablement humain, doux et puissant. Malgré la nécessité d’une réanimation pour l’un de nos bébés, l’équipe est restée calme, rassurante et profondément bienveillante.» 

Pourtant urgente et bouleversante, la procédure a donc pu être réalisée directement sur la poitrine de Daphné, en peau à peau: «C’était impressionnant, mais aussi profondément beau, décrit la jeune femme. J’ai pu parler à mon bébé, lui donner de la force, être là avec lui dès ses premières secondes de vie. J’ai vraiment eu le sentiment que lorsque la médecine et l’amour travaillent ensemble, cela crée quelque chose de magique. Nous avons pu passer trois heures complètes en peau à peau avec nos enfants avant leur transfert en néonatologie. Ces instants ont été inestimables. Je suis persuadée qu’ils ont aidé nos bébés autant que nous, et qu’ils ont créé immédiatement un lien immense entre nous quatre.» 

«Les anciennes pratiques sont inadaptées»

Il s'avère que, par une pure coïncidence, nous avons rencontré la Dre Beauport juste après l'accouchement de Daphné. Emue, la médecin a été particulièrement touchée d'entendre les encouragements formulés par la jeune maman, à l'intention de son bébé: «Je suis persuadée que son soutien, en complément aux soins techniques vitaux, a aidé à l’évolution favorable de ce bébé, estime l'experte. Bien qu’il soit parfois nécessaire de séparer le nouveau-né à la naissance pour assurer certaines procédures urgentes et vitales, qui ne sont pas possibles sur le parent, je pense que les pratiques anciennes, qui consistaient à séparer immédiatement et systématiquent le nouveau-né prématuré de ses parents, sont inadaptées.»

Si le protocole est déjà bien avancé, au sein du CHUV, il n'en est toutefois qu'à ses prémisses, en comparaison avec d'autres pays d'Europe: «Nous avons été inspirées par la prise en charge d’autres services de néonatologie scandinaves, qui ont instauré cette pratique depuis de nombreuses années, note la professeure Tscherning. Leurs taux de mortalité néonatale sont effectivement les plus bas du monde. Etant d’origine suédoise, je connais bien cette philosophie de soin.» 

Alors, pourquoi la méthode n'est-elle pas déjà appliquée partout, dans le monde entier? «Parce que cela demande des changements d’organisation importants et qu’il est plus simple de mettre en place un nouveau médicament que de modifier la pratique, la formation et la collaboration entre les équipes», analyse notre intervenante. 

Or, il est possible. Et il porte ses fruits, ainsi qu'en atteste Coraline, rentrée chez elle avec sa fille, après 25 jours d'hospitalisation en néonatologie: «On est fatigués, forcément, mais on a trouvé un bon équilibre, qui nous permet d’être sereins, sourit-elle. Et aujourd'hui, tout va bien.» 

*Prénom d'emprunt

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