En bref
- Malika Favre revient au Montreux Jazz Festival avec Kumkum Fernando pour l’affiche 2027, deuxième création à quatre mains de l’histoire du MJF
- Son affiche de 2017 est la cinquième meilleure vente du Festival, derrière Haring, Glaser, Tinguely et Niki de Saint Phalle, sans chiffres communiqués
- Les affiches alimentent aussi un marché de revente incertain, tandis que le motif 2027 sera décliné en meuble à vinyles produit sur commande
Dessine-moi une affiche qui marche. En la matière, dans le hit-parade du Montreux Jazz Festival, certains noms parlent plus que d’autres. Jean Tinguely y a laissé en 1982 sa trace indélébile, devenue un logo immédiatement reconnaissable. David Bowie s’est prêté au jeu en 1995, comme, plus récemment, Yoann Lemoine, alias Woodkid, Christian Marclay, ou Kévin Germanier.
Keith Haring en signait trois déclinaisons en 1983, avant de partager l’affiche avec Andy Warhol en 1986. C’est dans cet esprit de collaboration que s’inscrit aujourd’hui Malika Favre. Dix ans après sa première création montreusienne, l’illustratrice française revient accompagnée de l’artiste sri-lankais Kumkum Fernando. Leur affiche pour la 61e édition, en 2027, est seulement la deuxième de l’histoire du MJF conçue à quatre mains.
Une place parmi les best-sellers
Le retour de Malika Favre est aussi celui d’une signature qui a trouvé son public. Selon le classement communiqué par le Festival – qui ne souhaite pas communiquer les chiffres – son affiche de 2017 occupe la cinquième place des meilleures ventes. Devant elle, quatre classiques: Keith Haring (1983), Milton Glaser (1976), Jean Tinguely (1982) et Niki de Saint Phalle (1984). Une petite histoire de l’art que les festivaliers continuent d’accrocher à leurs murs, bien après les derniers rappels.
En 2017, Malika Favre offrait une composition épurée, où des silhouettes féminines révélaient des instruments en négatif. «Je savais qu’elle serait difficile à égaler, alors j’ai voulu prendre le contre-pied: créer une œuvre pleine de couleurs, aussi maximaliste que la première était minimaliste», explique-t-elle dans le communiqué du Festival.
Lorsque le MJF lui suggère de suivre l’exemple du tandem Haring-Warhol, elle pense immédiatement à Kumkum Fernando et à son univers rétrofuturiste.
Un jukebox et quelques baisers
«Le déclic est venu quand nous avons remarqué la similarité entre la forme de certains autels religieux et celle d’un jukebox, qui partagent le même sens de la symétrie», raconte Kumkum Fernando. Après les instruments dissimulés entre les danseuses de 2017, voici les fleurs qui évoquent les quais de Montreux autant que le Flower Power des années hippies. Le clin d’œil tombe juste: le Festival est né en 1967, durant le Summer of Love, dont l’été 2027 marquera les soixante ans. «J’ai eu cette vision de la musique qui fleurit à Montreux, cette sensation de toute la ville qui s’éveille durant le Festival», explique l’illustratrice.
Des souvenirs qui rapportent
Ces œuvres ont aussi une vie économique. Dans une interview à «PME» publiée en juillet 2023, Mathieu Jaton expliquait que le merchandising et le franchisage représentaient ensemble 5% des recettes dans le modèle historique du Festival. Une proportion qui ne permet pas d’isoler les affiches, mais rappelle que les souvenirs vendus autour des concerts participent au financement de la manifestation.
A l’échelle mondiale, les produits et services sous licence liés à la musique représentaient quelque 5,1 milliards de dollars de ventes en 2023, selon Licensing International. Cette catégorie a encore progressé de 11,6% en 2024, puis de 3,1% en 2025. Des chiffres qui englobent bien davantage que les posters et ne couvrent pas tout le merchandising vendu directement par les artistes ou les festivals. Aucun montant suffisamment documenté ne permet, dans les sources consultées, d’isoler le seul marché des affiches musicales.
A Montreux, le classement des meilleures ventes donne néanmoins un indice de leur longévité: quatre des cinq créations les plus demandées remontent aux années 1970 et 1980. Une affiche peut donc continuer de séduire des acheteurs plusieurs décennies après l’édition qu’elle annonçait.
Des murs aux plateformes de revente
Cette histoire d’amour connaît aussi ses prolongements hors de la boutique officielle. On trouve par exemple une annonce sur Singulart présentant les trois déclinaisons de Keith Haring de 1983 à 2850 euros. Dans la boutique officielle, chacune est proposée à 189 francs, soit 567 francs pour l’ensemble.
La fiche Singulart décrit une sérigraphie en couleurs, non signée, en édition ouverte, et mentionne l’éditeur Albin Uldry, à Berne. Ces indications ne suffisent toutefois pas à établir que les exemplaires proposés sont identiques à ceux de la boutique: la date du tirage et la provenance restent à préciser. Le montant demandé ne constitue pas davantage la preuve d’une vente à ce prix.
Plus de quarante ans après leur création, les personnages de Haring continuent donc de faire danser le commerce. Aux fleurs de Malika Favre et de Kumkum Fernando de trouver, à leur tour, leur place dans les salons.
L’affiche devient meuble à vinyles
La figure centrale a également été pensée pour quitter le papier. Dans le prolongement du travail de Kumkum Fernando, elle prend la forme d’un meuble à vinyles produit sur commande, avec un maximum de 10 exemplaires, dont le prix n’a pas encore été fixé. Un compartiment accueille la platine, tandis que des tiroirs permettent de ranger les disques. L’univers de l’affiche devient ainsi un objet qui peut, lui aussi, faire vivre la musique.