Ses injections aux lèvres virent au cauchemar
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«mon visage était difforme»:Ses injections aux lèvres virent au cauchemar

Les signalements augmentent en Suisse
Une Lausannoise frôle la mort après des injections aux lèvres et dénonce des pratiques douteuses

Victime d'un choc anaphylactique après des injections d'hyaluronidase dans les lèvres, une jeune Lausannoise de 27 ans raconte l'incident qui aurait pu lui coûter la vie et dénonce des pratiques douteuses. La médecine esthétique est-elle suffisamment réglementée en Suisse?
Kelly, 27 ans, a subi un choc anaphylactique de stade 2 après des injections d'hyalorunidase réalisées par une personne qui, selon elle, n'était ni médecin, ni infirmière.
Photo: DR
Ellen De Meester - Journaliste Blick
Ellen De MeesterJournaliste Blick

Les événements datent d'il y a plus d'une année, mais le visage de Kelly, jeune Lausannoise de 27 ans, trahit une émotion encore vive. Sa voix tremble, ses yeux s'embuent, tandis qu'elle poursuit courageusement, décidée à éviter que d'autres personnes ne vivent la même chose. «C'était début 2025, je m’étais fixé la résolution de retirer toutes les injections que j’avais au niveau des lèvres, nous raconte la jeune femme. J’avais pris rendez-vous chez une personne qui me paraissait totalement fiable, que j’avais trouvée sur Instagram.» A noter que ce type d'intervention est généralement réalisé au moyen d'hyaluronidase, une enzyme capable de dissoudre l'acide hyaluronique.

Au moment d'entrer dans l'institut, accompagnée de sa cousine, Kelly se sent «anormalement stressée» et devine, «par une sorte d'instinct», que «quelque chose ne joue pas». Elle décide malgré tout de poursuivre le rendez-vous, laissant la personne réaliser un «pricktest» sur son avant-bras, afin de détecter une éventuelle allergie.

«
Quand j'ai demandé à un infirmier pourquoi j’avais des cathéters sur les deux bras, il m’a expliqué que cela lui permettrait de me réanimer plus rapidement, dans l'éventualité où je faisais un arrêt cardiaque.
Kelly, Lausannoise de 27 ans
»

«Sauf qu’elle est très rapidement passée à l’injection, sans attendre les habituelles quinze minutes, poursuit Kelly. Elle a commencé par ma lèvre supérieure et mon visage a directement réagi de manière très intense. J’ai vu dans les yeux de ma cousine que la situation était vraiment inquiétante. Ma lèvre avait doublé, même triplé de volume.»

Choc anaphylactique de stade 2

Le visage douloureux et gonflé «jusqu'au niveau de la gorge», Kelly est renvoyée chez elle avec la recommandation d'appliquer de la glace sur sa peau. Or, une fois à la maison, la situation prend des proportions dramatiques: «Le gonflement avait atteint mes yeux, si bien que ma vue avait baissé de 50%», se souvient la jeune femme. Sans hésiter, elle se précipite aux urgences de l’Hôpital de Morges, où elle se voit poser des cathéters au niveau des deux bras.

«Lorsque j'ai demandé à un infirmier pourquoi j’en avais besoin, il m’a expliqué que cela lui permettrait de me réanimer plus rapidement, dans l'éventualité où je ferais un arrêt cardiaque», souligne-t-elle. Selon le rapport de consultation d'urgence, que nous avons pu consulter, la jeune femme a été victime d'un choc anaphylactique de stade 2. «Un médecin urgentiste m’a expliqué que si j’avais attendu le stade 3, ma gorge aurait pu se comprimer et j’aurais probablement perdu la vie», admet Kelly.

Un cadre légal renforcé petit à petit

Comment une telle réaction allergique a-t-elle pu survenir, malgré le «pricktest» effectué au préalable? Selon Kelly, la personne ayant réalisé les injections serait simplement passée trop rapidement sur cette étape de sécurité pourtant cruciale. «Cette personne n’était ni médecin, ni infirmière confirmée, affirme Kelly. Moi, je n’étais pas vraiment au courant qu’il fallait impérativement détenir une formation médicale pour réaliser ce genre d'injections.»

En effet, le cadre légal de la médecine esthétique, une pratique dont la popularisation reste assez récente, est un brin compliqué. Jusqu'en 2021, les injections de produits de «comblement» comme l'acide hyaluronique étaient réglementées par la Loi fédérale sur les produits thérapeutiques (LPTh), qui pose la base en exhortant «quiconque effectue une opération en rapport avec des produits» à «prendre toutes les mesures requises par l'état de la science» pour protéger la santé de la personne qu'elle traite. Ce dispositif a ensuite été renforcé par l'Ordonnance sur les dispositifs médicaux (Odim), révisée en 2021 pour s'aligner sur le règlement européen, avant que Swissmedic n'annonce un durcissement des règles pour certains produits esthétiques (ou «produits sans destination médicale»), en 2023. L'année suivante, les cantons et Swissmedic ont conjointement renforcé les contrôles relatifs à ces traitements.

«
En Suisse, le cadre réglementaire est solide et nous donne les outils pour agir, tempère notre intervenant. Cependant, cette activité évolue vite, notamment avec sa promotion sur les réseaux sociaux, et nous devons évoluer avec elle.
Un porte-parole du Département vaudois de la santé et de l'action sociale (DSAS)
»

Les signalements sont en augmentation

Actuellement, selon un porte-parole de l'OFSP, la situation pour l'acide hyalorunique est assez claire: les produits qui restent dans l'organisme pendant plus de 30 jours (dont l'acide hyaluronique, qui peut rester dans le corps jusqu'à 6 mois) ne peuvent être administrés que par des médecins ou par des infirmiers diplômés ayant suivi une formation complémentaire appropriée dans le domaine de l'injection de produits à séjour prolongé, sous le contrôle direct d'un médecin. C'est effectivement ce qu'indique l'annexe 6 de l'ODim.

Des pratiques illégales continuent pourtant d'être signalées. Selon Swissmedic, 80% des établissements contrôlés en 2025 par les pharmaciens cantonaux étaient non conformes, en raison de produits illégaux, mal stockés, ou d'un nombre insuffisant de médecins, rappelle la RTS.

D'après un porte-parole du Département vaudois de la santé et de l'action sociale (DSAS), les signalements concernent surtout des esthéticiennes travaillant hors de leurs compétences, avec un nombre de cas en augmentation: en 2025, 12 signalements ont été reçus par la pharmacienne cantonale du canton de Vaud, contre un total de 17, jusqu'ici, pour l'année 2026.

L'activité se déplace vers des lieux privés

«En Suisse, le cadre réglementaire est solide et nous donne les outils pour agir, tempère notre intervenant. Cependant, cette activité évolue vite, notamment avec sa promotion sur les réseaux sociaux, et nous devons évoluer avec elle. On observe, par exemple, un déplacement de l’activité vers des lieux de plus en plus discrets, comme des appartements privés. Ce ne sont plus des établissements qui ont pignon sur rue et qui sont facilement contrôlables.»

Le Canton souligne toutefois que des actions de prévention sont régulièrement assurées dans les milieux concernés.

Comment choisir un bon médecin pour des injections d'acide hyalorunique?

D'après la Dre Véronique Emmenegger, spécialiste FMH en dermatologie et vénéréologie à la Clinic Lémanic de Lausanne, il est important de choisir un médecin spécialiste qui maîtrise la technique, dans un environnement médical adapté. «Le dermatologue, spécialiste de la peau, est particulièrement bien placé pour ce type d’intervention, suggère-t-elle. C’est au patient de vérifier que l’établissement emploie des médecins reconnus, et c’est aujourd’hui facile à faire.» Swissmedic conseille notamment de vérifier le registre des professions médicales (MedReg.)

La médecin ajoute, par ailleurs, qu'une consultation préalable est essentielle: «C’est le moment de rencontrer le spécialiste, qui explique les résultats attendus, les risques et les éventuelles contre-indications. Il faut aussi se poser une question très simple: que se passera-t-il si une complication survient dans les minutes qui suivent l’injection? Un établissement sérieux doit pouvoir y répondre de façon précise et immédiate.»

Mais comment reconnaître les pratiques illégales, parfois difficiles à débusquer, surtout si l'institut ou le profil de la personne, sur les réseaux sociaux, semblent irréprochables? La Dre Emmenegger affirme que «gérer un établissement et avoir le droit d'y pratiquer des actes médicaux» sont deux choses très distinctes. «En Suisse, les injections de toxine botulique sont réservées aux médecins qualifiés, précise-t-elle. Elles ne peuvent pas être faites par des esthéticiennes, même sous la supervision d’un médecin. Dans le canton de Vaud, l’acide hyaluronique peut être injecté par des médecins habilités et, à certaines conditions, par des infirmiers diplômés et spécialement formés, sous la responsabilité et la surveillance directe d’un médecin.»

À noter qu'un certificat obtenu après une formation privée de quelques jours ne donne pas le droit de pratiquer ces injections. «Les établissements doivent aussi respecter les règles cantonales en matière d’autorisation, d’hygiène, de sécurité et de qualifications», ajoute ls spécialiste. Le public doit surtout retenir qu'une formation esthétique ne remplace pas une formation médicale. Injecter un produit dans le visage exige une connaissance précise de l’anatomie et la capacité de gérer une complication.»

D'après la Dre Véronique Emmenegger, spécialiste FMH en dermatologie et vénéréologie à la Clinic Lémanic de Lausanne, il est important de choisir un médecin spécialiste qui maîtrise la technique, dans un environnement médical adapté. «Le dermatologue, spécialiste de la peau, est particulièrement bien placé pour ce type d’intervention, suggère-t-elle. C’est au patient de vérifier que l’établissement emploie des médecins reconnus, et c’est aujourd’hui facile à faire.» Swissmedic conseille notamment de vérifier le registre des professions médicales (MedReg.)

La médecin ajoute, par ailleurs, qu'une consultation préalable est essentielle: «C’est le moment de rencontrer le spécialiste, qui explique les résultats attendus, les risques et les éventuelles contre-indications. Il faut aussi se poser une question très simple: que se passera-t-il si une complication survient dans les minutes qui suivent l’injection? Un établissement sérieux doit pouvoir y répondre de façon précise et immédiate.»

Mais comment reconnaître les pratiques illégales, parfois difficiles à débusquer, surtout si l'institut ou le profil de la personne, sur les réseaux sociaux, semblent irréprochables? La Dre Emmenegger affirme que «gérer un établissement et avoir le droit d'y pratiquer des actes médicaux» sont deux choses très distinctes. «En Suisse, les injections de toxine botulique sont réservées aux médecins qualifiés, précise-t-elle. Elles ne peuvent pas être faites par des esthéticiennes, même sous la supervision d’un médecin. Dans le canton de Vaud, l’acide hyaluronique peut être injecté par des médecins habilités et, à certaines conditions, par des infirmiers diplômés et spécialement formés, sous la responsabilité et la surveillance directe d’un médecin.»

À noter qu'un certificat obtenu après une formation privée de quelques jours ne donne pas le droit de pratiquer ces injections. «Les établissements doivent aussi respecter les règles cantonales en matière d’autorisation, d’hygiène, de sécurité et de qualifications», ajoute ls spécialiste. Le public doit surtout retenir qu'une formation esthétique ne remplace pas une formation médicale. Injecter un produit dans le visage exige une connaissance précise de l’anatomie et la capacité de gérer une complication.»

Risque d'infection ou de nécrose

Car, comme l'illustre le récit de Kelly, les risques pour la santé sont bien plus graves qu'on pourrait le penser: le DSAS cite notamment un risque d'infection («les mesures d'hygiène nécessaires à ce type d’intervention sont cruciales et nécessitent des connaissances médicales»).

Selon la Dre Véronique Emmenegger, spécialiste FMH en dermatologie et vénéréologie à la Clinic Lémanic de Lausanne, le risque principal de l'acide hyaluronique est l’obstruction d’un vaisseau sanguin: «Si celle-ci n’est pas reconnue immédiatement, elle peut entraîner une nécrose de la peau, prévient la médecin. Dans certains cas, l’obstruction d’une artère peut même provoquer une perte de la vue. Quant à la hyaluronidase, utilisée pour dissoudre l’acide hyaluronique, elle peut provoquer des réactions allergiques rares, mais sévères, pouvant aller jusqu’au choc anaphylactique.» Voilà qui évoque précisément l'expérience de Kelly.

«Les cas graves peuvent même aboutir à une hospitalisation, voire une amputation», ajoute encore le porte-parole du DSAS. Sans oublier une déception importante si le résultat esthétique est non-conforme, provoque des cicatrices ou entraîne une asymétrie, voire une déformation à long terme.

«
Ce qui m’inquiète, c’est la banalisation de ces traitements, surtout chez une clientèle de plus en plus jeune.
Dre Véronique Emmenegger, spécialiste FMH en dermatologie et vénéréologie à la Clinic Lémanic de Lausanne
»

Des procédures encore «trop banalisées»

Dans la lutte contre ce phénomène, le DSAS remarque deux problèmes majeurs: l'hétérogénéité de la formation des esthéticiennes, qui n'est pas protégé par un titre professionnel reconnu. Et, surtout, l'influence massive des réseaux sociaux, qui «entretiennent une forme de banalisation de la médecine esthétique».

Même son de cloche pour la Dre Emmenegger: «Ce qui m’inquiète, c’est la banalisation de ces traitements, surtout chez une clientèle de plus en plus jeune, s'alarme-t-elle. Sur les réseaux sociaux, une injection peut passer pour un geste ordinaire, comparable à un soin du visage. Or, une injection mal faite peut avoir des conséquences graves, parfois irréversibles.»

«La meilleure arme est la prise de conscience»

Soulignant qu'une injection esthétique reste un acte médical, la Dre Emmenegger estime que la meilleure arme contre les pratiques illégales est la prise de conscience: «Il ne faut pas sacrifier la qualité et la sécurité du traitement pour économiser de l’argent dans un institut», conseille-t-elle.

Selon le DSAS, les signalements peuvent effectivement faire une vraie différence: provenant typiquement de médecins, de patients lésés, de concurrents au sein de la profession et de la Société suisse de médecine esthétique. «Ces signalements sont précieux, acquiesce notre interlocuteur. Ils nous permettent d'intervenir, en collaboration avec la Police cantonale et le Ministère public.»

Totalement remise, Kelly porte désormais un objectif de prévention: «C'était très compliqué pour moi, au début, partage-t-elle. Il m’a fallu un an et demi pour en parler, car j’ai longtemps eu honte d’avoir fait confiance à la mauvaise personne et de ne pas m’être mieux renseignée sur les risques. Mais j’aimerais désormais partager mon expérience, afin d'éviter que d’autres personnes fassent les mêmes erreurs que moi et tombent entre les mains de potentiels injecteurs et injectrices illégales.»

Comment signaler un cas?

Toute personne ayant subi ou constaté des effets indésirables à la suite d’une injection est priée de signaler le cas aux autorités de son canton. Par exemple, via l'adresse pharmacien.cantonal@vd.ch pour le canton de Vaud, pharmacienne.cantonale@etat.ge.ch pour le canton de Genève ou encore pharmacien.cantonal@fr.ch pour le canton de Fribourg.

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