Tags homophobes à Nyon
Marius Diserens: «Je ne m'attendais pas à tant de violence»

Dans la nuit du 6 au 7 mars, l'exposition publique «Voices of EquALLity» a été vandalisée, à Nyon (VD). Le conseiller communal Marius Diserens, dont le portrait a été recouvert de tags homophobes, réagit à ces actes «déshumanisants».
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Dans la nuit du 6 au 7 mars, le portrait de Marius Diserens, conseiller communal écologiste à Nyon (VD), a été criblé de tags homophobes.
Photo: Marius Diserens
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Ellen De MeesterJournaliste Blick

«J’ai appris la nouvelle par message, samedi matin, raconte Marius Diserens. Ma réaction spontanée et instinctive a été de me dissocier de cette violente réalité, pour m’en protéger. Je suis directement passé à l’action: comment réagir? Qui contacter? Faut-il que la photo soit retirée?»

Affiché sur la place du Château de Nyon (VD), dans le cadre de l'expositon publique «Voices of EquALLity», le portrait du conseiller communal écologiste a été recouvert de tags homophobes, dans la nuit du 6 au 7 mars. On peut notamment y lire la phrase «Pas de ça pour nos gosses», alors que des cibles ont été dessinées sur ses yeux. «Je vis déjà une période très difficile, alors sans cette dissociation, je pense que je me serais écroulé», ajoute le Vert, bouleversé par cet incident. 

Parmi les onze autres affiches exposées, la photographie représentant Lucie Steffen a également été vandalisée. La Ville de Nyon et l'association Les Romandes, initiatrices du projet, souhaitent désormais déposer une plainte pénale. En guide de réparation, les portraits remis à neufs seront à nouveau exposés, ce jeudi 12 mars, lors d'une cérémonie de réaffichage tenue à 18h. 

«J'ai été confronté à ce type de violences toute ma vie»

Ce n'est malheureusement pas la première fois que Marius Diserens, personnalité queer suivie par près de 11'000 personnes sur Instagram, affronte ce genre de situation: «Je dois apprendre à ne pas vivre cette souffrance tout seul, admet-il. J’ai été confronté à ce type de violences toute ma vie, ce qui m’a contraint de mettre en place des outils, tout seul de mon côté, sans savoir comment chercher du soutien ou accepter que des gens ont de l’empathie pour moi. J’ai tellement intégré cette réalité que j'ai besoin qu’on me rappelle qu’il n’est pas normal de devoir accepter et digérer ce genre d'actes de violence.»

Très touché par la vague de soutien ayant suivi la dégradation de l'affiche, il perçoit la cérémonie de réaffichage du 12 mars comme un moment cathartique: «J’apprends à me dire que certaines personnes vont pouvoir conscientiser, au travers de ma souffrance, que le droit à la dignité ne va pas de soi, dans cette société.»

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«Cela revient à déshumaniser une personne»

Habitué aux attaques, le Vert avait anticipé que son portrait susciterait des réactions négatives: «Je m’y attendais, oui, mais pas à une telle violence, déplore-t-il. On n’a pas juste taggé ma tête, il s’agissait d’un acte organisé, probablement réalisé par plusieurs personnes: pour être dégradée à ce point, l’affiche a dû être arrachée. Il y avait même des traces de sang à l’arrière, prouvant que les individus impliqués se sont blessés. Au travers d’un tel acte symbolique, on peut déshumaniser une personne et la réduire à un statut d’objet.»

Malgré les obstacles et les difficultés incessantes qu'il décrit, Marius Diserens continue pourtant de s'engager, autant dans la sphère politique que médiatique, estimant qu'il s'agit de sa seule modalité d'action: 

«Je pourrais choisir de disparaître pour me protéger, j’y ai parfois songé, confie-t-il. Mais cela reviendrait à effacer qui je suis et ce pourquoi j’ai lutté. Je me suis battu pour obtenir une légitimité, pour me faire un nom dans la sphère politique et publique. Si j’abandonne maintenant, j’abandonnerai ma valeur cardinale, qui est la lutte contre l’injustice. Au fond, c’est la seule chose qui nous permet d’avoir une forme d’impact, au milieu de la violence du monde.»

Quelques personnes, touchées par l'incident, y ont inscrit des messages de soutien sur le portrait endommagé, recouvert d'un voile noir.
Photo: DR

«La blessure de la société entière»

En attendant d'être réimprimé et réaffiché, le portrait de Marius Diserens a été recouvert d'un voile noir. Quelques personnes, touchées par l'incident, y ont inscrit des messages de soutien, contrebalançant les tags initiaux par une vague d'empathie. «Vous êtes une belle image pour nos enfants», peut-on y lire, en encre blanche. 

Sur Instagram, le post dans lequel Marius partage son émotion face à la dégradation de sa photo a rassemblé plus de 300 commentaires d'encouragement: «J'ai trois enfants et je veux 'de ça' pour eux, écrit notamment une internaute. Un monde où chacun peut être qui il souhaite dans le respect. Merci d'être qui tu es.»

Très ému, Marius Diserens souligne, une fois de plus, l'importance du collectif, face aux actes homophobes: «Je pourrais vivre cette haine fondamentalement seul, mais je choisis de l’utiliser comme outil de changement, affirme-t-il. Et de collectiviser la réponse: car ce n’est pas uniquement ma blessure, c’est celle de la société entière.»

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