En bref
- Un passage à faune sera construit d'ici fin 2026 sur l'autoroute A9 entre Aigle et Villeneuve (VD), près de Roche et Yvorne, pour sécuriser la traversée des animaux sauvages. Cette infrastructure en forme de pont vise à restaurer un important corridor faunistique interrompu par l'autoroute.
- Le projet, financé entre 12 et 15 millions de francs par la Confédération, inclut des haies, arbres indigènes et structures pour guider la faune. Il minimisera les nuisances visuelles et sonores pour encourager son utilisation par diverses espèces animales.
- Chaque année, 21'000 animaux de taille moyenne à grande meurent sur les routes suisses. Long de 45 à 50 mètres, le pont profitera aussi aux petits animaux comme les hérissons et les reptiles, contribuant à reconnecter les populations d'espèces séparées par l'A9.
Si, enfant, vous pleuriez devant les mésaventures des animaux du «Bois de Quat'sous» (et que la mélodie du générique résonne désormais dans votre tête), cette histoire devrait s'avérer aussi réjouissante que nostalgique, pour vous. Car dès la fin de l'année 2026, les majestueux lynx, habiles cerfs et rusés renards pourront traverser l'A9 en toute sécurité, sans bondir d'effroi devant les phares aveuglants d'une voiture. L'Office fédéral de l'environnement a effectivement validé la construction d'un immense passage à faune entre Aigle et Villeneuve (VD), à proximité des communes de Roche et d'Yvorne, où l'autoroute interrompt un important corridor faunistique.
Ainsi que le précisait Radio Chablais, fin avril, la structure principale de l'ouvrage vient tout juste d'être posée, offrant au chantier l'allure prometteuse d'un gigantesque pont de forme bombée. Le passage, qui devrait foisonner de verdure d'ici peu, «enjambe» donc l'autoroute dans un secteur stratégique reliant la plaine du Rhône aux Préalpes. Le coût du projet, financé par la Confédération, est estimé entre 12 et 15 millions francs.
«Une fois terminé, le passage à faune des Grands Marais doit fonctionner comme un corridor naturel, précise Guillaume Garcia Mora, chef de projet. Son aménagement est conçu pour être attractif pour les animaux, avec des haies, des arbres indigènes, des dispositifs pour guider la grande faune, ainsi que des aménagements profitant aussi à la petite faune. Le projet vise également à limiter autant que possible les nuisances visuelles et sonores, afin d’encourager l’utilisation effective de l’ouvrage par les animaux.»
21'000 animaux écrasés chaque année
Le projet est notamment applaudi par le Centre national de données et d'informations sur la faune de Suisse (Info fauna): «Ce corridor est important pour l'ensemble de la faune, c'est-à-dire pour les grands, moyens et petits animaux sauvages, indique Sylvain Ursenbacher, porte-parole. En ce qui concerne les grands mammifères, il est essentiel pour le cerf élaphe, le chevreuil, le lynx, le sanglier, le renard, le blaireau, le lièvre brun et la martre des pins.»
En effet, selon les informations du projet participatif Nos Voisins Sauvages, 21'000 animaux de taille moyenne à grande meurent chaque année sur les routes suisses, avec une majorité de cas dans le Jura, à Fribourg et dans les Grisons. Pour les lynx, présents au nombre de 350 dans les zones forestières reliant les corridors faunistiques en Suisse, la collision avec des voitures fait partie des principales menaces, après les tirs illégaux, précise l'organisation Kora.
«Les routes, quel que soit leur trafic, font une barrière à la faune, que ce soit pour la grande faune que pour la petite faune, confirme Sylvain Ursenbacher. Plus le trafic est important, plus l'impact sur le fractionnement des populations est marqué.» D'autant plus que le corridor faunistique qui passait historiquement sous le viaduc de la Plaine du Rhône ne remplit plus sa mission, indique Guillaume Garcia Mora: le développement rapide de Villeneuve, Noville et Rennaz a rendu urgente la construction d'un nouveau passage, afin de rétablir le corridor faunistique dans la région.
Utile aussi pour les petits animaux
En plus de protéger la sécurité des animaux, ce passage permettra de réunir des populations séparées par l'A9, et de recoloniser des sites favorables créés pour différentes espèces, poursuit le porte-parole d'Info fauna. En effet, de nombreuses espèces doivent se déplacer sur de longues distances pour trouver de quoi manger: la densité du réseau routier peut bloquer ce comportement pourtant essentiel à leur survie.
«Ce pont aura une largeur de 45 à 50m, précise Sylvain Ursenbacher. Si les terres cultivées adjacentes sont valorisées à l’aide de structures de guidage et d’aires d’attente appropriées, il sera utilisé par toutes les espèces cibles ainsi que par de plus petits animaux, comme les reptiles, les amphibiens, les hérissons, les belettes, les musaraignes...»
Selon les données de l'Office fédéral des routes (OFROU), la Suisse compte 304 corridors faunistiques d’importance suprarégionale. Fin 2026, nous saurons si les animaux de la région apprécient cette nouvelle construction, grâce au suivi par pièges photographiques, typiquement installés sur ce genre d'infrastructures.