La Ville de Moutier est jurassienne depuis le 1er janvier. Des milliers de personnes massées devant l'Hôtel de Ville ont célébré à minuit dans la liesse le changement de canton de la cité prévôtoise et de ses 7300 habitants. Ce transfert met un terme à la Question jurassienne qui a alimenté l'histoire suisse durant des décennies.
Une énorme clameur s'est élevée de la foule quand Moutier a rejoint le canton du Jura pour devenir la 51e commune jurassienne. Pétards, cris et applaudissements ont retenti devant l'Hôtel de Ville. «On y est», a lancé le maire de la cité prévôtoise Marcel Winistoerfer, visiblement très ému, sous les acclamations.
Des bouchons de champagne ont explosé. La foule impressionnante brandissant des drapeaux jurassiens ou des torches avait auparavant entamé le décompte des dix dernières secondes avant la nouvelle année. Elle a ensuite entonné la Rauracienne, l'hymne jurassien.
Pour accompagner les derniers instants de la cité prévôtoise dans le canton de Berne, les autorités jurassiennes avaient offert au public un spectacle son et lumière retraçant le chemin parcouru jusqu'à l'accueil de Moutier. La nuit glaciale s'est poursuivie par un show laser et par un feu d'artifice. Les restaurants avaient nuit libre.
Police jurassienne
Premier signe tangible de ce transfert, la présence dans les rues de la cité prévôtoise de la police jurassienne. La police cantonale bernoise était responsable de la sécurité et des éventuelles interventions à jusqu'à 23h59. Les policiers jurassiens ont pris leurs quartiers dans les anciens locaux de leurs collègues bernois.
«Vous allez vivre un moment d'histoire, vous serez les premiers à vous déployer en Ville de Moutier», a expliqué le commandant de la police cantonale jurassienne Damien Rérat lors de la donnée d'ordre peu avant minuit aux agents engagés sur le terrain. La transition s'est déroulée sans problème.
Journée historique
Lors de la partie officielle, Marcel Winistoerfer, le vice-président du Gouvernement jurassien Stéphane Theurillat et le président du comité «Moutier Ville jurassienne» Cédric Erard ont souligné le caractère historique de l'événement et salué le retour de la cité prévôtoise dans la «maison jurassienne».
«Un demi-siècle après la création du canton du Jura, Moutier va le rejoindre. La ville retrouve sa patrie naturelle», a déclaré le maire autonomiste très sollicité lors de ces festivités. «C'est une émotion intense et exceptionnelle qui nous est donnée de vivre».
Pour l'élu, l'histoire du pays s'enrichit d'une nouvelle page, riche en émotions et en aventures. «On ne va pas au paradis, ça viendra bien assez tôt, mais on va au Jura», a ajouté Marcel Winistoerfer, en fonction depuis 2016.
Le vice-président du Gouvernement jurassien Stéphane Theurillat a aussi évoqué la portée historique de ce 31 décembre 2025. «Ce que nous vivons ce soir dépasse largement l'actualité immédiate et s'inscrit dans un temps long, celui de la lutte pour un Jura uni, menée avec conviction par des générations entières».
Moutier est la seule commune après Vellerat en 1996 à quitter le canton de Berne pour celui du Jura après l'entrée en souveraineté du dernier-né des cantons en 1979.
Ton militant
Le président du comité «Moutier Ville jurassienne» a réitéré au nom du mouvement sa solidarité avec Belprahon, commune qui avait refusé lors d'un vote de rejoindre le canton du Jura alors que le sort de Moutier était suspendu à des recours. «Leur volonté n'a pas été prise en compte avec un scrutin biaisé», a estimé Cédric Erard. «Chers amis de Belprahon, ne lâchez rien», a-t-il lancé sous les applaudissements.
Tant durant le cortège qui est parti du banquet au Forum de l'Arc pour rejoindre le centre-ville de Moutier que lors du rassemblement devant l'Hôtel de Ville pour accompagner les dernières minutes de la cité prévôtoise dans le canton de Berne, une partie de la foule a scandé «ce n'est qu'un début, continuons le combat» ou «libérons Belprahon».
L'événement auquel assistait la conseillère fédérale jurassienne Elisabeth Baume-Schneider à titre personnel se voulait avant tout festif avec notamment un grand banquet réunissant 1200 convives et un cortège aux flambeaux emmené par des militants du Groupe Bélier.
Même si toute la population était invitée à participer à cet événement, il semble peu probable que des antiséparatistes aient pris part à cette liesse populaire, estimant qu'il n'y avait rien à fêter. Certains ont même quitté la ville le temps des festivités.