Un an après, la douleur reste intacte pour la famille de Camila, décédée à 14 ans dans un tragique accident de scooter à Lausanne, dans la nuit du 30 juin au 1er juillet 2025, alors qu'elle était poursuivie par un policier à moto. «Depuis ce jour, on a laissé sa chambre comme elle était, avec toutes ses affaires», confie son grand frère à Blick.
Cette nuit-là, la vie de ses proches a basculé. Depuis, chacun tente d’avancer comme il peut. «On vit au jour le jour. La souffrance n’a pas changé depuis un an», ajoute le jeune homme. Pour ce triste anniversaire, la famille a choisi de rester entre elle et de traverser cette journée «remplie de tristesse» dans l’intimité.
Pour tenter de tenir debout, les proches de Camila s’accrochent aux gestes du quotidien et au soutien de leur entourage. «On est suivis psychologiquement. On a notre famille derrière nous, c’est super important et ça nous aide à avancer», explique son frère.
Tenter de pallier l'absence
Le 28 février dernier, date à laquelle Camila aurait dû fêter son anniversaire, ses proches ont organisé un moment de commémoration. Près de 200 invités étaient présents. «On voulait réunir toutes les personnes qui auraient dû être là si rien ne s’était passé», raconte son frère. Une journée «compliquée émotionnellement», mais aussi précieuse pour la famille. «Ça nous a fait comprendre que, d’un côté, on est seuls, mais pas complètement. Ça fait du bien de voir que des gens pensent à nous.»
Chacun tente, depuis, de trouver une manière de survivre à l’absence. Les parents de Camila ont peu à peu repris le travail, pour «s'occuper l'esprit», une partie de la semaine, et se sont tournés vers le jardin potager. Sa mère participe aussi à des rencontres avec d’autres parents endeuillés, notamment via l’association Arc-en-Ciel.
Son père, lui, peint des pierres au nom de sa fille. D’abord destinées aux proches et aux amis de Camila, ces oeuvres sont aussi offertes à d’autres parents touchés par la perte d’un enfant. «Ça l’aide à faire quelque chose de positif pour ma sœur», confie son frère.
La famille a également demandé à la Ville de Lausanne de lui dédier un lieu de commémoration. Camila ayant été enterrée au Portugal, ses proches souhaitaient disposer d’un endroit où se recueillir en Suisse. La Ville a accepté de planter un arbre à son nom près de chez eux. «C’est nous qui avons fait la demande, précise le jeune homme. On voulait un endroit pour nous, la famille, mais aussi pour ses amis.»
L'enquête toujours en cours
Sur le plan judiciaire, l’attente se poursuit. La famille a déposé plainte en juillet 2025 pour homicide par négligence et abus d'autorité, mais l’enquête est encore en cours. «Pour l’instant, on attend toujours l’avancement de la plainte», indique le frère de Camila. Il dit ne pas savoir si le policier impliqué dans l’accident a été suspendu ou s’il est toujours en fonction.
Pour rappel, l’agent était intervenu dans les hauts de Lausanne, près du quartier des Plaines-du-Loup, après le signalement de ce que la police qualifie de «rodéo urbain». A son arrivée, ayant aperçu un scooter partir précipitamment, il avait enclenché ses feux bleus et sa sirène, afin d’intercepter la très jeune conductrice, qui ne portait pas de casque.
Le policier a été auditionné par le Ministère public central vaudois comme «personne appelée à donner des renseignements». Il est également impliqué dans les affaires Mike Ben Peter, ainsi que dans la révélation des messages racistes et discriminatoires sur des groupes WhatsApp de la police municipale de Lausanne.
La famille ne réclame pas une réponse immédiate, même si elle espère comprendre un jour ce qu'il s’est passé. «On aurait bien sûr aimé avoir une réponse tout de suite, mais on sait que les procédures judiciaires prennent du temps», poursuit le grand frère de Camila. Pour l’instant, le dossier est entre les mains de leur avocat. «On le laisse gérer.»
«Ne pas oublier ma soeur»
Au-delà du cas individuel, la famille espère surtout que le décès de Camila ne restera pas sans conséquence. «On n’est pas là pour juger le policier, mais la police en général, le système, explique son frère. On espère que le drame de ma soeur ne passera pas inaperçu et qu’il pourra influencer un changement futur.»
Un an après, ses proches ne souhaitent pas lancer de grand appel. Leur message tient en quelques mots. «Ne pas oublier leur fille et ma sœur.»