Jonas Schneiter se confie
«Je veux briser le tabou de l’infertilité»

Il y a quelques mois, l’animateur des «Beaux parleurs» Jonas Schneiter s’est retrouvé devant un test de sperme peu concluant. Il en tire aujourd’hui un livre passionnant. Il plaide pour rétablir le rôle de l’homme, exclu de ce domaine sensible qu’est l’infertilité.
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Jonas Schneiter a réalisé son livre selon une impressionnante approche scientifique afin de débusquer nombre de fausses vérités.
Photo: Julie de Tribolet
Marc David
Marc David
L'Illustré

Par la fenêtre de l’ancienne école de jeunes filles lausannoise où Jonas Schneiter a logé ses bureaux, on aperçoit un magnolia en fleurs. C’est la marque rosée du printemps, de la nature qui pousse et de la sève qui monte. C’est aussi la période choisie par le vibrant animateur des dominicaux Beaux parleurs pour publier un livre de près de 200 pages qui ressemble à une somme. Sujet? L’infertilité masculine, aussi grandissante que mal connue, ainsi que la myriade de questions qui préoccupent toute une génération de jeunes gens, au sperme décrit comme moins performant. 

Partant de son propre cas, l’auteur y a consacré six mois de recherches, a croisé une centaine d’études mondiales, rencontré une dizaine de scientifiques de pointe, mais aussi des hommes et des femmes concernés par ce trouble. Le tout est restitué non sans un humour sautillant, de la façon la plus abordable possible, tout en obéissant à l’approche scientifique qui caractérise ce grand curieux.

Comment vous êtes-vous rendu compte du silence qui entourait cette thématique?
Avant même de m’intéresser à ce thème, j’avais beaucoup entendu parler du «Spermageddon», la chute énorme de la qualité du sperme. Mais là, j’ai constaté à quel point le tabou était important.

Comment?
Dès le premier médecin que j’ai consulté pour moi. Après une échographie testiculaire, il m’a glissé: «Cela, en tout cas, vous n’en parlerez jamais à la télé...» Or s’il existe bien une personne pour qui un tel domaine ne devrait pas être tabou, c’est lui. Avec le temps, il avait intégré le fait que tout ce qui se passait chez lui était caché et il n’avait pas tort: on n’en parle jamais.

Pourquoi?
A cause notamment du lien avec la virilité, d’une forme de honte. L’idée qu’un homme moins fertile serait moins homme. Or beaucoup d’aspects montrent que rien n’est lié. Il existe même des cas où des figures fortes de la masculinité créent l’infertilité. A cause des produits qu’ils ingurgitent et des sports qu’ils font, ils peuvent devenir moins fertiles que la moyenne.

«
J'ai appris des choses sur la fertilité que les hommes ignorent et doivent savoir
Jonas Schneiter
»

Vous commencez par une liste de fausses vérités. Laquelle vous frappe le plus?
La fausse couche. C’est celle qui fait le plus parler, celle qui surprend le plus. Or, presque une fois sur deux, la fausse couche vient de l’homme, sans responsabilité liée au corps de la femme. Cette vérité change beaucoup sur la manière dont un couple peut vivre cette difficulté. Ainsi que sa prise en charge.

Que vous est-il arrivé personnellement pour entreprendre un tel travail?
Avec ma conjointe, Laure, environ une année après nous être dit que nous voulions un enfant, nous sommes allés consulter. Enfin, j’y suis allé surtout pour accompagner, avec en tête qu’il s’agissait surtout d’un truc de femme. Or on m’a fait un spermogramme et il n’était pas bon, juste au-dessous de la norme.

En chiffres

50%
Entre 1973 et 2017, les hommes des pays occidentaux produisent deux fois moins de spermatozoïdes. Et la baisse se poursuit. Certains scientifiques appellent ce phénomène le «Spermageddon».

40%
Le pourcentage de cas où la difficulté à concevoir est directement liée à la fertilité masculine. Pourtant, neuf fois sur dix, c’est la femme qu’on examine en premier.

17,5%
Le taux de la population adulte mondiale touchée par l’infertilité au cours de sa vie. Soit environ une personne sur six. Ce chiffre ne varie quasiment pas selon les régions du globe et les classes sociales.

12
Le nombre de mois après lequel un couple qui essaie sans succès de procréer serait avisé d’aller consulter un médecin.

50%
Entre 1973 et 2017, les hommes des pays occidentaux produisent deux fois moins de spermatozoïdes. Et la baisse se poursuit. Certains scientifiques appellent ce phénomène le «Spermageddon».

40%
Le pourcentage de cas où la difficulté à concevoir est directement liée à la fertilité masculine. Pourtant, neuf fois sur dix, c’est la femme qu’on examine en premier.

17,5%
Le taux de la population adulte mondiale touchée par l’infertilité au cours de sa vie. Soit environ une personne sur six. Ce chiffre ne varie quasiment pas selon les régions du globe et les classes sociales.

12
Le nombre de mois après lequel un couple qui essaie sans succès de procréer serait avisé d’aller consulter un médecin.

Comment avez-vous réagi?
J’ai procédé à quelques modifications dans ma vie, comme arrêter un médicament pour les cheveux ou prendre garde à la chaleur, les sièges chauffants, les bains chauds. Au bout d’environ six mois et du troisième test, tout est redevenu normal. Prudence: je ne veux pas faire croire que j’ai trouvé la méthode miracle, ce serait du charlatanisme. Mais j’ai appris des choses que les hommes ignorent aujourd’hui et doivent savoir. Parmi elles, il y a le chaud. D’autres aspects comptent. C’est ce que j’appelle le cumul des mandats. Après, on sait qu’on pourrait modifier des comportements dans la prévention, le style de vie, la consommation. Je donne des pistes dans le livre, même si la science n’est encore que partielle là-dessus.

L’homme est-il souvent exclu dans la quête de la fertilité?
Partout dans la médecine, le corps de l’homme est mieux étudié que le corps de la femme. Sauf dans le domaine de la fertilité. Là, c’est un terrain en friche, il est presque toujours exclu. On s’occupe en priorité de la psychologie de la femme. Le gynécologue ou le médecin va même être plus au courant de ce qui se passe. Avec la femme, il forme un duo complice qui se bat pour la vie de l’enfant. C’est ainsi qu’on distribue les rôles.

Quand, après une échographie testiculaire, son médecin a lâché au journaliste-producteur Jonas Schneiter qu’il ne parlerait «en tout cas jamais de cela à la télé», ce dernier l’a fait mentir…
Photo: Julie de Tribolet

La stérilité reste rare…
Oui, on ne parle pas vraiment d’une épidémie de stérilité. On constate seulement une moyenne de fertilité un peu molle, un peu basse. En réalité, on ne sait pas à quel point elle a un effet sur la capacité à faire des enfants. Il ne faut pas confondre la fertilité et la fécondité, qui ne vont pas ensemble; mon livre y répond.

Etes-vous pudique, a-t-il été facile de vous livrer?
Je suis motivé par le fait qu’il existe un immense tabou, sans raison. Et je ne voulais pas écrire un livre qui ne parle que de mes petites affaires. Il ne s’agit pas d’un témoignage. Cela serait desservir mon propos, introduire une dimension du courage, remettre l’idée que c’est honteux. Il faut casser cette dimension.

Toutes ces phrases sont fausses!

«L’infertilité, c’est rare. Ça n’arrive qu’aux autres»

«Quand ça ne marche pas, le problème vient généralement de la femme»

« Des microplastiques dans les testicules? C’est de la science-fiction»

«Les hommes n’ont pas d’horloge biologique. Charlie Chaplin est la preuve qu’on peut tout se permettre à 80 ans»

«Si vous y pensez trop, vous vous bloquez. Il suffit de se détendre et ça viendra»

«Tant que la libido est là, la fertilité suit»

«Un mauvais spermogramme, c’est une sentence définitive»

«Un spermogramme normal, ça veut dire que tout va bien»

«Si tout va bien des deux côtés, ça devrait marcher du premier coup»

«Une fausse couche, c’est un échec exclusivement féminin»

«Votre graisse abdominale n’a rien à voir avec votre fertilité»

«Le sperme ne transmet que des gènes, pas l’histoire du corps»

«Des compléments alimentaires peuvent booster la fertilité masculine»

«La technologie peut tout réparer»

«L’infertilité, c’est rare. Ça n’arrive qu’aux autres»

«Quand ça ne marche pas, le problème vient généralement de la femme»

« Des microplastiques dans les testicules? C’est de la science-fiction»

«Les hommes n’ont pas d’horloge biologique. Charlie Chaplin est la preuve qu’on peut tout se permettre à 80 ans»

«Si vous y pensez trop, vous vous bloquez. Il suffit de se détendre et ça viendra»

«Tant que la libido est là, la fertilité suit»

«Un mauvais spermogramme, c’est une sentence définitive»

«Un spermogramme normal, ça veut dire que tout va bien»

«Si tout va bien des deux côtés, ça devrait marcher du premier coup»

«Une fausse couche, c’est un échec exclusivement féminin»

«Votre graisse abdominale n’a rien à voir avec votre fertilité»

«Le sperme ne transmet que des gènes, pas l’histoire du corps»

«Des compléments alimentaires peuvent booster la fertilité masculine»

«La technologie peut tout réparer»

Un autre étonnement tient dans l’omniprésence des microplastiques dans les résultats...
Oui, alors pourtant que les bourses sont l’endroit du corps le plus protégé. Une telle présence signifie qu’on en trouve probablement dans l’embryon, dès le tout début de notre vie, en lien avec nos parents. On constate aussi l’effet des PFAS, ainsi que d’autres substances toxiques. D’où l’importance qu’on puisse en parler. Pour qu’on comprenne ce qui relève de la paranoïa ou de la responsabilité individuelle.

Qu’espérez-vous de ce livre?
Que davantage de gens se sentent concernés. Qu’il contribue à dissiper le brouillard chez plein d’hommes qui se posent des questions sur la fertilité, notamment dans la tranche d’âge des 30-45 ans.

Et du côté des femmes?
Qu’elles en tirent des arguments pour moins porter toute la responsabilité, et la culpabilité qui va avec. Les femmes, ainsi que les gynécologues, doivent prendre conscience de l’importance de mieux inclure l’homme dans ces discussions. Je peux le dire avec mon petit parcours.

L’injustice, c’est que beaucoup de gens procréent aussi avec légèreté...
Cette légèreté, c’est quelque chose de masculin. De manière générale, les femmes sont beaucoup plus conscientes de la problématique de la fertilité. Elles sont élevées avec cela, l’idée que tout est lié à l’âge. Alors que l’homme se croit une espèce dotée d’une réserve inépuisable. A cause d’exemples comme Charlie Chaplin, père à 73 ans, grâce sans doute beaucoup à sa jeune femme...

Cela dit, cela a marché pour vous?
Il faut accepter de ne pas tout maîtriser. Ce que je peux dire, c’est que le fait de comprendre ce qui se joue, d’avoir des clés, cela change la manière de traverser tout cela. A deux.

Un article de «L'illustré» n°13

Cet article a été publié initialement dans le n°13 de «L'illustré», paru en kiosque le 26 mars 2026.

Cet article a été publié initialement dans le n°13 de «L'illustré», paru en kiosque le 26 mars 2026.

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