Les étudiants de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et l'intelligence artificielle? C'est un véritable rapport amour-haine. D'après un grand sondage réalisé par un groupe de travail dédié à l'IA, durant le semestre d'hiver dernier, plus de 90% d'entre eux utilisent fréquemment des outils comme ChatGPT pour la planification des révisions, la prise de notes, la résolution des exercices, la simulation d'examens ou la gestion du stress.
En revanche, tous n'en sont pas friands, dans la mesure où certains étudiants préféreraient se passer de l'IA: «Si j'avais le temps de chercher l'info plutôt que de demander à ChatGPT, je le ferais», a notamment affirmé l'un des 359 sondés, selon un communiqué.
Les mathématiciens sont les moins enthousiastes
L'enthousiasme varie également selon les départements, dans la mesure ou les étudiants en informatique, génie civil et sciences de la vie sont les plus grands amateurs de l'outil. La section mathématiques, en revanche, n'est pas aussi fan.
Voilà qui rappelle les propos poignants du mathématicien français Hugo Duminil-Copin, au micro de Forum, sur la RTS: en découvrant qu'OpenAI avait publié une flopée de résultats à des problèmes mathématiques herculéens, le médaillé Fiels a décrit un «choc monumental» et avoué en avoir pleuré.
Efficacité ou valeurs personnelles? Gros dilemme
Une autre étudiante sondée affirme se sentir «un peu coincée», en évoquant le choix cornélien entre ses valeurs personnelles et le gain de temps que permet l'IA: «D’un côté, son utilisation est très utile et, la plupart du temps, elle aide beaucoup, note-t-elle. D’un autre, je ne souhaite pas utiliser d’IA à cause de sa consommation et son impact environnemental.»
Pour Olga Kasatkina, chercheuse et conseillère pédagogique au CAPE, la question est de savoir si l'IA «aide à apprendre» ou si elle remplace la réflexion: «Au cœur de nos préoccupations est la délégation cognitive, soit le fait de confier une partie de nos efforts mentaux à un outil ou à une machine, explique-t-elle dans le communiqué. Nous n’avons pas encore de recul sur les effets que l’IA peut avoir sur le processus d’apprentissage.»
En tout cas, l'EPFL semble rassurée par le fait que 40% des sondés n'utilisent jamais l'IA générative dans leur vie personnelle, avançant également que ces outils n'ont pas «remplacé le cerveau, ni la mémoire» de ses étudiants.