Son élection au Conseil fédéral avait été une surprise. Son départ tenait désormais du secret de Polichinelle. Guy Parmelin s’en va.
Depuis quinze jours, les rumeurs allaient bon train. «Unsinn», nous avait alors répondu son entourage direct. A l’heure où Carlo Sommaruga veut pénaliser le mensonge politique, ce «Circulez, y’a rien à voir» fait partie du jeu communicationnel de la Berne fédérale.
Comme avec presque tous les conseillers fédéraux, le bilan de notre Vaudois est difficile à tirer. Même si, comme le bon vin, Guy Parmelin a plutôt bien vieilli dans la fonction.
A la Défense, d’abord. Il a certes très vite quitté le département militaire, mais il y aura fait mieux que son prédécesseur et sa successeure, qui ont tous deux vu voler bien bas les avions de combat. Entre le Gripen d’Ueli Maurer et les F-35 de Viola Amherd, Guy Parmelin aura été l’un des rares à ce poste à interroger les budgets, à instaurer un moratoire sur le système sol-air et à remettre certaines planifications financières à plat.
Déçu ni en bien, ni en mal
A l’Economie, ce vigneron spécialiste des assurances sociales n’aura ni déçu en bien, ni déçu en mal. Il a signé des accords de libre-échange, qu’on les aime ou non, dans une posture qui n’allait pas forcément de soi au vu de son parcours et de son histoire familiale.
Plus récemment, on l’a trouvé bien timide dans la gestion du fiasco du logiciel censé verser les prestations de chômage. Et face à Donald Trump et à ses droits de douane, on l’a d’abord présenté en pompier venu éteindre l’incendie provoqué par le «non» de Karin Keller-Sutter au président américain. Avant de constater que son intervention n’avait finalement pas servi à grand-chose. Idem avec Macron, puisqu’il n’aura pas obtenu de la France qu’elle rembourse les frais sécuritaires suisses du G7 d’Evian.
Une sympathie qui manquera
Guy Parmelin, c’est aussi un esprit libre à sa manière. Un homme qui ne lâche jamais un collègue lorsqu’il est en difficulté. Il part quand il l’a décidé, en toute indépendance, alors que son parti aurait préféré une démission à la fin juin, afin de lancer un ou une candidate UDC et d’en faire une locomotive pour les élections fédérales d’octobre. Il reste surtout le personnage.
Cet homme de terrain a tissé des liens transpartisans qui dépassent sa bonhomie naturelle. Lorsque Blick l’a filmé en train de commenter et de déguster des produits suisses, la vidéo est devenue virale, franchissant aussi bien les frontières linguistiques que celles entre gauche et droite.
Ce capital sympathie, qui fait tellement de bien au gouvernement et à son image parfois austère, va manquer. Forcément. Son «I can English understand, mais je préfère répondre en français» vaut largement mieux que le «Rire, c’est bon pour la santé» de Johann Schneider-Ammann.
Le bon moment pour une Alémanique?
Et maintenant? On voit mal comment l’UDC ne tenterait pas de conserver ce siège, alors que le Conseil fédéral compte déjà trois Latins. Côté romand, on peut bien sûr citer Céline Amaudruz, Yvan Pahud ou Nicolas Kolly.
Mais une autre partie se joue déjà en parallèle. Le Romand auquel on croit davantage pour la prochaine recomposition du Conseil fédéral est plutôt le PLR neuchâtelois Damien Cottier. Lui pour remplacer, un jour, un Ignazio Cassis devenu très exposé.
Outre-Sarine, l’UDC ne manque pas de poids lourds. Mais pour le plus grand parti du pays, le moment serait peut-être venu de choisir une femme alémanique. A notre modeste analyse, c’est bien ce qui pourrait sortir du chapeau.