Souvenez-vous: le 2 octobre 2025, lors d'une manifestation organisée en soutien à la flottille humanitaire pour Gaza, les militants présents au centre-ville de Genève s'étaient indignés de certaines méthodes utilisées par la police. Amnesty International avait exigé une enquête, dénonçant l'usage «de plusieurs armes à létalité réduite (gaz lacrymogène, matraques, canons à eau, flashballs) lors de la manifestation pacifique spontanée».
La police cantonale, de son côté, s'était aussitôt défendue, affirmant que tout avait été fait dans les règles et estimant que le rassemblement était loin d'être pacifique, avec la présence de militants masqués ayant lancé des engins pyrotechniques et blessé plusieurs agents. A noter que la manifestation n'avait pas été préalablement autorisée par les autorités.
Pour tenter d'y voir plus clair, l'émission Vraiment de la RTS s'est penchée, durant cinq mois d'enquête, sur plus de 1000 images et vidéos prises pendant l'événement. Résultat: l'analyse a révélé que la police a effectivement présenté des comportements jugés problématiques et non conformes.
Une erreur «incompréhensible»
Pour commencer, ainsi que l'expliquait Olivier Fillieule, professeur de sociologie à l’UNIL et spécialiste du maintien de l'ordre, auprès de la RTS, la police a commis une erreur «incompréhensible» en bloquant le pont du Mont Blanc à sa sortie, avant d'envoyer du gaz lacrymogène sur les militants: «Laisser s'engouffrer sur un tube entouré d'eau 3000 manifestants, ça provoque un phénomène d'accordéon, analyse-t-il. Tous ceux qui sont derrière ne comprennent pas ce qui se passe, alors ce qui en résulte, c'est de la panique. C'est une erreur gravissime qui aurait pu se solder par des morts.»
Autre problème: les mesures de sécurité appropriées n'ont pas été respectées, révèle l'enquête. A plusieurs reprises, au coeur du centre-ville, les forces de l'ordre ont envoyé des tirs de grenade par-dessus leur épaule, sans les rouler à terre, omettant ainsi de protéger les yeux des manifestants.
Un angle de tir «contraire aux règles»
Les autrices et auteurs de l'enquête ont ensuite soumis les images d'un tir de grenade lacrymogène réalisé dans la gare Cornavin à Neil Corney, chercheur à la fondation Omega, spécialisée dans l'analyse des armes de la police. Selon l'expert, il était «clairement contraire aux règles», puisque la doctrine policière exige que l'angle de tir pour ce type d'arme se situe entre 30 et 45 degrés, alors qu'il s'agissait, dans ce cas précis, d'un tir tendu.
Sans oublier que 12 palets de gaz lacrymogène ont été envoyés dans la gare, dépassant probablement le seuil critique fixé à 4 mg par mètre cube, et exposant ainsi les personnes vulnérables et les enfants à des risques graves pour la santé. Trois plaintes ont été déposées par des manifestants, tandis qu'une enquête de l'inspection générale des services est déjà en cours, conclut la RTS.