Pierre Maudet jubile, le MCG déchante
Douze ans après la claque, Genève se laisse séduire par les P+R français

Douze ans après un refus, les Genevois ont accepté dimanche de cofinancer, pour 39,5 millions de francs, des projets de mobilité en France voisine. Soulagement pour la vaste coalition du oui, revers pour le MCG, victoire importante pour Pierre Maudet. Pourquoi ce revirement?
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Au Stamm du MCG, peu après midi ce dimanche, c'est le silence qui règne. Les mines sont fermées face au verdict des urnes. Le parti était le seul à s'opposer à ce projet.
Photo: Toan Izaguire / Blick

En bref

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  • Genève accepte à 56,78% un crédit de 39,5 millions pour douze projets en France voisine
  • Soutenu par l’Etat, les partis et l’économie, le projet prévoit des paiements après travaux
  • Le MCG reste opposé, tandis que le «oui» espère 15'000 voitures de moins par jour
Toan Izaguirre - Journaliste Blick
Toan IzaguirreJournaliste Blick

Cette fois, c'est un grand oui. Douze ans après un premier refus, les Genevois ont accepté ce dimanche de passer à la caisse pour réduire le trafic transfrontalier. Le crédit de 39,5 millions de francs destiné à cofinancer des infrastructures de mobilité transfrontalières a été approuvé par 56,78% des votants. Le projet était soutenu par le Conseil d'Etat, la quasi-totalité de la classe politique et les milieux économiques. Seul le MCG s'y était farouchement opposé.

Le scénario rappelait celui de 2014, quand la population avait refusé à une courte majorité (51% de non) un projet similaire, d'un coût d'un peu plus de 3 millions. Mais alors, pourquoi un projet comparable, et plus cher, passe-t-il la rampe aujourd'hui? Les Genevois sont-ils moins vent debout contre les frontaliers, ou l'Etat est-il arrivé avec un projet plus solide? Analyse.

Deux salles, deux ambiances

Il est midi passé de quelques minutes. Au stamm du MCG, dans l'arrière-salle de la brasserie «Chez l'Père Glôzu», en face de l'Hôtel de Ville, les mines sont déconfites. Roger Golay, Ana Roch et Amar Madani, figures éminentes du parti, sont là. Il n'y a évidemment pas de champagne, juste deux Coca sur une table et une affiche frappée du slogan de campagne: «Genevois plumés par la France». Ici, ce sont plutôt les sourires qui semblent avoir été plumés par le verdict des urnes.

«C'est une déception énorme. On était confiants», admet d'emblée Roger Golay, conseiller national MCG. Il relativise toutefois la défaite, 43% des votants ont suivi son parti, et «ce n'est pas rien». Le MCG était seul contre tous. La quasi-totalité de la classe politique et les milieux économiques soutenaient le crédit, UDC comprise. Ce ralliement étonne Roger Golay. Il regrette que «le parti qui mène un combat pour les économies choisisse de dépenser des dizaines de millions pour l'étranger». Le résultat du jour ne le décourage pas. «On va continuer le combat. Le thème des frontaliers reste essentiel», assure-t-il.

Pourquoi une telle défaite? «Les analyses, on ne les a pas encore faites. Mais en 2014, il y avait beaucoup plus de chômage qu'aujourd'hui, et une réaction anti-frontaliers plus forte. Aujourd'hui, c'est clair que la situation a changé», analyse encore Roger Golay.

La victoire du «pragmatisme et du collectif»

A 13h45 précises, l'ambiance est tout autre à l'Hôtel de Ville. Là non plus, pas de champagne, mais des sourires. Face à la presse, Pierre Maudet ne parvient pas à cacher sa joie au moment d'évoquer le sujet. Anne Hiltpold, la présidente du Conseil d'Etat, le taquine en lui donnant la parole: «Satisfait?» «C'est une victoire collective, une victoire de la méthode, de la campagne et du projet», répond le magistrat du parti Libertés et justice sociale (LJS).

La méthode, justement, a consisté à ne pas répéter les erreurs de 2014, explique-t-il: mieux verrouiller les projets avec la France et les milieux économiques. «Cibler des projets précis, ne payer les factures qu'une fois les travaux réalisés.» Ce projet est le fruit d'une série d'accords visant à améliorer les infrastructures de mobilité du bassin lémanique, scellés en grande cérémonie en novembre 2025 par le canton et différents acteurs français.

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Pour rappel: le crédit couvre douze projets. Il ne s'agit pas seulement de parkings-relais (P+R) mais il finance notamment aussi le prolongement du tram jusqu'à Ferney et des lignes de bus à haut niveau de service. Genève paiera les factures au fur et à mesure, une fois chaque projet achevé, ce qui offre une garantie aux contribuables. Au total, l'opération coûte 182,7 millions de francs. La France en finance plus de 90 millions et la Confédération 44,7 millions. Genève prend en charge les 39,5 millions restants. Le tout pour quelque 15'000 véhicules en moins par jour à Genève.

Contrairement à 2014, le Conseil d'Etat a fait campagne

Cette fois, la campagne a été active. Outre les partis, les milieux économiques se sont mobilisés. «Ils nous ont beaucoup aidés, sur la campagne aussi», souligne le ministre en charge de la mobilité. En 2014, c'est justement l'absence de campagne qui avait coûté cher au projet, comme le relevait Blick.

Le camp du oui, qui avait donc la quasi-totalité de la classe politique dans la poche, se félicite donc du résultat. Mais les Vert-e-s, par exemple, veulent aller plus loin: «Les solutions doivent être pensées à l'échelle du Grand Genève.» Le PLR souligne que ces projets «vont permettre d'améliorer la qualité de vie des Genevois».

«Les défis de mobilité ne s'arrêtent pas aux frontières»

Les milieux économiques saluent eux aussi le vote. Pour Vincent Subilia, directeur général de la Chambre de commerce, d'industrie et des services de Genève (CCIG), «dans une métropole transfrontalière comme Genève, les défis de mobilité ne s'arrêtent pas aux frontières administratives».

Pierre Maudet résume: «On a labouré le terrain depuis un moment avec les différents acteurs. Aujourd'hui, on se rend bien compte que quand on arrive avec des arguments, ça paie.» Pour le maire d'Annemasse, Gabriel Doublet, présent devant l'Hôtel de Ville ce dimanche, c'est une victoire du «pragmatisme». A ses yeux, une chose a changé depuis 2014: le Léman Express. Son succès est aujourd'hui indéniable, et le report modal a bien eu lieu. «Quand on construit des infrastructures comme celle-ci, les résultats sont là. Aujourd'hui, ce train arrive presque à saturation», fait-il remarquer.

Mais alors, quelle suite pour les projets transfrontaliers? Le résultat du jour, qui brise la «malédiction» de 2014, doit-il se lire comme un feu vert des Genevois pour avancer sur d'autres dossiers? «Il faut être prudent en matière transfrontalière. Chaque victoire est une victoire d'étape», répond Pierre Maudet. Il donne rendez-vous dans trois ans. «D'ici là, les sommes auront été versées, si les projets ont bien été réalisés.»

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