Bras de fer sur le budget 2027
Genève veut économiser des millions sur le dos des communes... elles voient rouge

Avec un déficit annoncé à 550 millions de francs pour 2027, Genève change de ton. Entre économies XXL, tensions avec les communes et blocages au Parlement, l'automne politique s'annonce houleux.
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C’est le visage fermé que le Conseil d’État genevois a présenté son budget 2027 ce jeudi, lequel prévoit un déficit de 546,2 millions de francs.
Photo: Keystone

En bref

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  • Genève présente un budget 2027 déficitaire de 550 millions malgré 250 millions d’économies
  • Les mesures, soumises au Grand Conseil, visent des charges sociales, de santé
  • Les communes refusent des transferts de charges et préviennent d’une baisse des prestations
Toan Izaguirre - Journaliste Blick
Toan IzaguirreJournaliste Blick

«Pas très enthousiasmant», voici comment le gouvernement genevois décrit le budget 2027 qu'il a présenté ce jeudi 17 septembre. Avec un déficit de 550 millions de francs, et ce malgré près de 250 millions de francs d'économies supplémentaires annoncées, Genève a incontestablement changé de disque. Les «on peut se le permettre» ne résonnent plus à la Tour Baudet.

L'Etat entend prendre le problème à bras-le-corps: il a présenté un paquet d'économies face au caractère structurel de l'augmentation du déficit, due à des charges «contraintes et mécaniques». De ce jargon, comprenez: les prestations sociales, les dépenses de santé et la péréquation intercantonale (la contribution versée par Genève aux autres cantons) coûtent très cher, et ce n'est pas près de changer.

Mais voilà, la plupart des mesures annoncées nécessitent des modifications législatives. C'est donc au Grand Conseil qu'il reviendra de trancher. Le gouvernement anticipe déjà les blocages à venir et a insisté sur la nécessité pour le Parlement de «prendre ses responsabilités» et de suivre le «changement de cap» de l'exécutif. C'est d'ailleurs écrit noir sur blanc dans le rapport publié: «la réalisation de ces mesures est conditionnée à l'adoption des projets de loi par le Parlement».

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Le canton entend aussi transférer des charges aux communes et anticipe là aussi un blocage, ou, selon ses termes, un «certain nombre d'aléas». Si ces modifications législatives devaient être balayées, les conséquences seraient importantes: le déficit passerait à 717 millions de francs en 2027, puis à 1,18 milliard en 2030. Qu'en disent les communes et les députés? Tour d'horizon.

Qu'en disent les communes?

Le Conseil d'Etat lorgne sur le porte-monnaie des communes depuis longtemps. «On négocie depuis 2018, a souligné la magistrate chargée des Finances, Nathalie Fontanet. Genève est le seul canton où il n'y a pas de partage des charges, et cela alors qu'ensemble les communes sont plus riches que le canton.» Concrètement, l'Etat veut faire participer les communes à hauteur de 20% de la péréquation intercantonale (RPT), soit un transfert de charges de 134 millions. Un projet de loi en ce sens avait été déposé en juin 2025, mais il a été gelé par la commission des finances.

Par ailleurs, d'autres mesures d'économies tirées du rapport ECOGE concernent les communes. En figure de proue, le transfert complet de la Fondation pour l'animation socioculturelle (FASE) aux communes, qui permettrait au Canton d'économiser 27 millions en 2029. Trois autres mesures du rapport d'experts, sur les 24 adoptées, concernent aussi les communes.

Alors, que pense de tout cela Martin Staub, président de l'Association des communes genevoises (ACG)? Contacté par Blick, l'homme en a gros sur le coeur. «Ça s'appelle de l'imposition et une tentative de transfert de force», le ton est donné. Il ne décolère pas: «le Conseil d'Etat parle de mesures structurelles, j'appelle ça des transferts de factures. Quand on prend des décisions pour soi, on ne transfère pas la facture à son voisin.»

Pour lui, le gouvernement a été sans doute trop gourmand durant les années fastes, en choisissant de baisser les impôts – les communes s'étaient opposées à l'extension de cette mesure à l'imposition communale. «L'Etat doit maintenant assumer», tranche-t-il. Il dénonce le «manque d'anticipation» de l'Etat face à l'envolée des charges de la péréquation financière intercantonale (RPT), qui atteindra 670,3 millions de francs en 2027, soit une hausse de 23,4% par rapport aux 543 millions bruts de 2026.

Un éternel recommencement?

Karine Bruchez, l'ancienne présidente de l'ACG, tenait le même discours que Martin Staub, il y a tout juste un an, lors de la présentation du budget 2026. Alors, ne tourne-t-on pas en rond? «Le discours est le même parce que l'Etat refuse de nous entendre. Aujourd'hui, je veux sortir de cette position de réaction. Notre ligne est claire, pas plus de charges si elles ne s'accompagnent pas de nouvelles compétences et une réflexion plus large est nécessaire.»

Mais alors, Martin Staub ne peint-il pas un peu le diable sur la muraille? «Non. Les conséquences de tout ça, c'est une baisse des prestations ou une hausse d'impôts de la part des communes.» Le bras de fer entre les communes et le Canton promet de se poursuivre encore longtemps.

«Ça va être compliqué»

Plus largement, les réactions politiques ne se sont pas fait attendre: les communiqués de presse des différents partis s'érigent tous contre ce projet de budget. Les députés parviendront-ils à se mettre d'accord? «Ça va être compliqué», souffle à Blick la députée verte Emilie Fernandez, qui vient de présider la commission des finances.

«La commission travaille bien, on a tous conscience qu'on a un rôle important à jouer, explique-t-elle, et on doit sortir d'une posture politique déclarative et avancer.» La droite salue une partie des réformes et souhaite aller encore plus loin. Dans son communiqué, le Parti libéral-radical (PLR) glisse une pique à la gauche, qui soutient l'initiative pour une contraception gratuite, laquelle sera votée par les Genevois le 27 septembre prochain. «Il est surréaliste de voir des partis critiques envers les charges contraintes soutenir l'initiative sur la gratuité de la contraception.» L'automne s'annonce long, les fronts se tendent et Genève risque bien de finir à nouveau sans budget.

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